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Éducation des élèves sur la toxicomanie et la santé mentale - Facteurs de risque et de protection: Les jeunes et la toxicomanie

Facteurs de risque et de protection: Les jeunes et la toxicomanie

Quels sont ces facteurs? Changent-ils quelque chose? Que peuvent faire les enseignants et les écoles?

Pourquoi Robert a-t-il commencé à prendre de la drogue alors que son copain Marc s'est abstenu de le faire ? Robert était-il plus susceptible de prendre de la drogue à cause de sa famille ou à cause de sa personnalité ? L'école aurait-elle pu faire quelque chose pour éviter qu'il ne décroche ? Ce sont de bonnes questions… mais quelles sont les réponses ?

Depuis une vingtaine d'années, des chercheurs tentent de déterminer ce qui amène une personne à commencer à prendre de la drogue et la façon dont cette consommation évolue. La question est simple mais, malheureusement, la réponse ne l'est pas. Pour comprendre les facteurs qui influencent la consommation de drogue, il faut examiner plusieurs aspects de la vie de la personne, notamment sa famille, la collectivité et l'ensemble de la société. Il faut également évaluer les facteurs de risque et de protection qui ont une incidence sur chaque aspect. Autrement dit, les facteurs de risque accroissent les risques qu'une personne prenne de la drogue et les facteurs de protection réduisent ces risques.


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Il faut préciser que, lorsqu'on examine le diagramme précédent ou qu'on évalue la situation d'un élève, on doit tenir compte du fait que les facteurs de risque ne sont pas nécessairement la cause de la consommation de drogue, mais qu'ils accroissent le risque que la personne se mette à consommer de la drogue. Inversement, s'il y a plusieurs facteurs de protection, il est moins probable que la personne adopte certains comportements (p. ex., la consommation de drogue).

Facteurs personnels :
En ce qui concerne la personne, les facteurs de risque peuvent comprendre une initiation aux drogues à un âge précoce, la faible estime de soi, le manque d'aptitudes sociales et l'hérédité. Les facteurs de protection peuvent comprendre les compétences personnelles et sociales, une attitude optimiste envers l'avenir, de bonnes aptitudes à la résolution de problèmes et la participation à des activités prosociales. Cette liste n'est évidemment pas complète. Toutefois, on peut voir que même si plusieurs facteurs de risque sont présents, les facteurs de protection font en sorte que la personne n'aura pas nécessairement un problème de drogue. La résilience est un autre facteur personnel clé. On entend par cela la capacité de faire face à l'adversité dans une situation que l'on ne peut pas nécessairement modifier (p. ex., le fait de vivre avec une mère ou un père alcoolique). Certains enfants survivent et s'épanouissent dans des situations impossibles en ayant recours à leurs forces et à leurs qualités, en s'adaptant et en allant de l'avant.

Les compétences et la résilience dont font preuve les enfants reposent sur les bases qui ont été établies pendant la petite enfance. Par exemple, l'attachement à la personne qui prodigue des soins en bas âge et pendant la petite enfance remplit plusieurs fonctions ; il apprend notamment à l'enfant à s'adapter. Les parents qui sont chaleureux, mais qui appliquent des règles de façon uniforme et qui ont des attentes élevées concernant le comportement de l'enfant aident ce dernier à développer un comportement prosocial. On entend par l'autorégulation les aptitudes qui permettent à l'enfant de maîtriser ses émotions et son comportement et d'être attentif. Tous ces éléments facilitent l'acquisition de compétences et de la résilience qui protégeront l'enfant contre les facteurs de risque.

Facteurs interpersonnels :
Le meilleur indice permettant de prédire si un jeune développera une dépendance à la drogue est le fait que des membres de la famille aient pris ou prennent de la drogue. La capacité générale des parents d'assumer leur rôle et le fonctionnement de la famille exercent également une influence considérable. La perturbation de la " gestion familiale ", par exemple sous forme de désorganisation ou de chaos, des règles mal définies et une communication inadéquate peuvent entraîner des problèmes de comportement. La structure ou la composition de la famille (c.-à-d. famille biparentale ou monoparentale) peut avoir une incidence sur les agents stressants (facteurs de risque) auxquels les membres de la famille sont exposés, au même titre que les forces (facteurs de protection) de la famille étendue et sa participation à la vie du jeune.

Les autres facteurs de risque sont la violence (physique, sexuelle et psychologique), la prévalence perçue de la consommation et l'usage de drogue par les amis. L'attachement à un groupe de camarades qui consomment de la drogue et qui y sont accoutumés est un autre moyen efficace de prédire la consommation de drogue chez les adolescents.

Facteurs communautaires/sociétaux :
L'exposition à la vente ou à la consommation de drogue dans la collectivité, la perception selon laquelle une consommation élevée de drogue dans la collectivité constitue la " norme ", une application inadéquate de la loi et les difficultés économiques sont autant de facteurs de risque au niveau communautaire. On doit tenir compte de ces facteurs lorsqu'on travaille avec des jeunes ou qu'on élabore des politiques.

Les facteurs de risque et de protection peuvent influencer les jeunes à diverses étapes de leur vie. Les risques qui se manifestent à chaque étape peuvent être modifiés grâce à des mesures de prévention. Par exemple, les risques présents pendant la petite enfance, comme les comportements agressifs, peuvent être modifiés ou évités si la famille, l'école et la collectivité interviennent en aidant les enfants à adopter des comportements appropriés et positifs. Si on ne prend aucune mesure pour les rectifier, les comportements négatifs peuvent faire apparaître d'autres risques comme l'échec scolaire et les difficultés sociales, qui accroissent les risques que les enfants prennent de la drogue plus tard au cours de leur vie. Par conséquent, un des objectifs importants de la prévention est de faire pencher la balance en faveur des facteurs de protection plutôt qu'en faveur des facteurs de risque1.

Quand les jeunes risquent-ils le plus de prendre de la drogue ?

Des recherches ont démontré que les risques de consommation de drogue sont plus élevés pendant les transitions importantes de la vie. Pour les enfants, la première transition importante a lieu lorsqu'ils quittent le milieu familial, où ils se sentent en sécurité, et commencent l'école. Par la suite, lorsqu'ils quittent l'école élémentaire, les enfants sont souvent plongés dans un nouveau milieu scolaire et social. Par exemple, ils doivent apprendre à vivre avec un plus grand nombre de jeunes de leur âge. C'est à cette étape, soit au début de l'adolescence, que la plupart des enfants sont exposés à la drogue pour la première fois.

Lorsqu'ils commencent leurs études secondaires, les adolescents font face à d'autres défis sur le plan social, affectif et éducatif. Il se peut qu'il leur soit plus facile de se procurer des substances illégales et de l'alcool et qu'ils soient exposés à des personnes qui prennent de la drogue et à des activités sociales au cours desquelles on en consomme. Ces défis peuvent accroître le risque que les jeunes consomment de l'alcool et de la drogue et commencent à fumer. Lorsque les jeunes adultes quittent la maison pour aller étudier ou travailler, le risque de consommer de l'alcool ou d'autres drogues est très élevé. Il faut donc intervenir également auprès des jeunes adultes2.

Qu'est-ce que cela signifie pour les enseignants et les écoles ?

Le milieu social de l'école est un facteur clé qui influence le bon développement des jeunes. Des recherches ont démontré que les élèves qui ont un sentiment d'appartenance à leur école risquent moins d'adopter des comportements anti-sociaux ou de prendre de la drogue. Inversement, les élèves qui se sentent aliénés ou qui n'ont pas ce sentiment d'appartenance peuvent adopter des comportements problématiques, prendre de la drogue et se livrer à des activités anti-sociales.

On considère maintenant l'école comme une communauté et non uniquement comme un établissement d'enseignement. Dans ce contexte, la communauté est l'expression de la culture de l'école, qui diffère de l'ambiance de l'école. La culture de l'école repose sur un ensemble de questions et de rapports et est définie par les personnes qui s'y trouvent à un moment donné. C'est un processus qui ne se limite pas à la somme des contributions individuelles. Il existe un lien entre une culture scolaire positive et l'amélioration des résultats scolaires et des comportements. On s'attend à un plus petit nombre de problèmes, car une culture scolaire socialement cohésive et démocratique fait naître chez les élèves un sentiment d'appartenance, d'acceptation sociale et d'attachement à la vie de l'école. En particulier, le milieu influence les sentiments et les attitudes des élèves, ce qui a un effet direct sur leur rendement scolaire, leur santé mentale et leurs tendances comportementales.

La qualité des liens que les élèves nouent avec l'école, le directeur ou la directrice, le personnel enseignant et leurs camarades, et leur attitude à l'égard des règles de l'école influencent leur sentiment d'appartenance. L'effet protecteur de l'attachement des élèves s'explique comme suit :

  • les relations chaleureuses fondées sur le respect mutuel ;
  • les enseignants qui reconnaissent que les jeunes contribuent aux solutions où il y a un équilibre entre la justice, l'attention et la vérité, et qui appliquent cette philosophie dans leurs classes ;
  • les enseignants qui donnent l'exemple de relations interpersonnelles positives ;
  • les styles d'enseignement qui favorisent la participation active des élèves ;
  • les classes qui encouragent l'adoption d'attitudes et de valeurs axées sur la démocratie ;
  • les classes qui mettent l'accent sur la valeur normative de l'entraide.

Que peuvent faire les écoles ?

On encourage les écoles à mettre en oeuvre des programmes qui permettent aux enseignants et aux élèves d'interagir de façon informelle ou à renforcer les programmes existants. On les encourage également à fournir aux élèves des ressources et des activités qui leur permettent d'établir des liens positifs avec leurs camarades (p. ex., programmes de jumelage scolaire, activités parascolaires ou clubs scolaires). Les écoles devraient renforcer les politiques et programmes qui favorisent l'obtention d'excellents résultats par les élèves.

En outre, le renforcement des objectifs d'apprentissage qui attachent plus d'importance à la maîtrise et à la compréhension de la matière et moins d'importance à la compétition et à la capacité relative lors de l'évaluation de la performance des élèves peut donner des résultats positifs.

En ce qui concerne les normes applicables aux comportements négatifs, les écoles devraient envisager de mettre en oeuvre des programmes de lutte contre l'intimidation et avoir davantage recours aux surveillants dans les écoles. Les programmes de lutte contre l'intimidation pourraient être efficaces pour réduire le nombre élevé de cas de violence verbale qui sont déclarés. L'utilisation accrue des surveillants dans les écoles peut être un moyen efficace de prévenir ou de réduire l'absentéisme scolaire, la consommation de drogue à l'école et la violence verbale. Ces moyens pourraient également être utiles pour régler d'autres problèmes mentionnés par les élèves comme les bagarres, le vol de biens personnels et le vandalisme.

Les écoles peuvent définir un cadre du type " les écoles en tant que collectivités ", qui repose sur les qualités et principes suivants : appartenance, égalité, équité, respect, attention, coopération, confiance, reconnaissance, et croyances et valeurs communes3.

Que peuvent faire les enseignants ?

La qualité des liens que les élèves nouent avec l'école dépend notamment des liens qu'ils nouent avec les enseignants, car une relation positive avec au moins un adulte qui n'est pas le père ou la mère renforce les facteurs de protection. Les enseignants peuvent apporter une contribution au cadre qui accroît le sentiment d'appartenance communautaire et l'attachement de l'élève en intégrant les qualités et les principes de ce cadre à leur classe. Ils peuvent également mettre l'accent sur les aspects du milieu scolaire qui génèrent un sentiment d'appartenance et de protection chez les élèves, notamment en prenant les mesures suivantes :

  • définir clairement les limites et les règles qu'il faut respecter en classe, et les conséquences auxquelles s'exposent les élèves qui ne les respectent pas ;
  • encourager une utilisation constructive du temps des élèves ;
  • favoriser un milieu qui encourage les élèves à prendre un engagement à l'égard de l'apprentissage ;
  • encourager les élèves à lire pour le plaisir ;
  • souligner les réalisations des élèves ;
  • reconnaître les réussites et les capacités des élèves ;
  • faire preuve d'optimisme et avoir une opinion positive de l'apprentissage ;
  • garder les voies de communication ouvertes ;
  • être à l'écoute des élèves ;
  • garder l'esprit ouvert ;
  • demander l'avis des élèves ;
  • encourager les élèves à participer aux activités parascolaires.

Les enseignants et les écoles doivent s'efforcer de créer un sentiment d'appartenance communautaire caractérisé par l'attention et le soutien. En règle générale, lorsqu'une culture positive a été établie dans les classes et ailleurs à l'école, lorsque les enseignants, le personnel administratif et les autres employés de l'école ont des attentes élevées, lorsque des normes et des règles régissant les comportements ont été clairement établies et lorsqu'on les applique de façon uniforme, on réduit les facteurs de risque et on intensifie les facteurs de protection des élèves.

Références :

1 et 2 Preventing Drug Abuse Among Children and Adolescents: A Research-Based Guide for Parents, Educators, and Community Leaders, Second Edition
National Institute on Drug Abuse (NIDA), 2003

3 The Critical Role of School Culture in Student Success
David DeWit, Ph.D., Christine McKee, M.A., Jane Fjeld, M.A., Kim Karioja, M.B.A.
Centre de toxicomanie et de santé mentale, décembre 2003

Prevention in the Classroom: Drug Education and Gambling Workshops for Educators Influences on Substance Use: Risk and Protective Factors  Centre de toxicomanie et de santé mentale, 2002

Mother and teen daughter

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