Préserver la mémoire dans de nombreuses langues : Rapport annuel 2004
CAMH Annual Report
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| Anita McGann et le Dr Luis Fornazzari, de la clinique multilingue et multiculturelle de la mémoire, évaluant une cliente |
Imaginez la peur que vous ressentiriez si, soudainement, le fait d'organiser vos pensées devenait une tâche monumentale ou
si vous n'arriviez pas parfois à retracer le chemin du retour à la maison que vous habitez depuis 50 ans. Ajoutez à cela le
fait que votre langue maternelle n'est pas l'anglais et que vos proches, conscients de votre problème, n'ont pas réussi à
trouver un professionnel de la santé à qui vous pouvez parler de vos symptômes dans votre langue.
C'est ce qu'a dû ressentir Juanita*, 69 ans, originaire d'Amérique du Sud. Son mari l'a accompagnée à la Clinique multiculturelle et multilingue de la mémoire de CAMH, l'année dernière. Décrivant la triste détérioration de l'état de sa femme, qui l'empêchait notamment de prendre
le métro, il s'est mis à pleurer : " Nous sommes en train de la perdre. "
S'adressant à Juanita dans sa langue, le Dr Luis Fornazzari, neurologue du comportement et chef de clinique intérimaire du
Programme de neuropsychiatrie et de psychiatrie gériatrique de CAMH et professeur de la Division de neurologie de l'Université
de Toronto lui a fait subir plusieurs examens. Il s'est vite rendu compte que l'apparition soudaine de ses symptômes ne correspondait
pas avec la plupart des formes de démence. Se sentant en confiance avec le Dr Fornazzari, Juanita lui a avoué qu'elle avait
été violée par son père à l'âge de neuf ans.
Malgré cet événement traumatisant, Juanita s'est mariée, a eu deux filles merveilleuses et a déménagé au Canada où elle vit
depuis maintenant plusieurs décennies. Il n'y a pas très longtemps, des parents ont appelé pour lui annoncer le décès de son
père. Cinq jours plus tard, Juanita a reçu un autre appel, celui-là pour lui annoncer la mort de son frère. C'est peu après
qu'elle a commencé à se sentir désorientée et déprimée.
Le Dr Fornazzari sait que la dépression chez les personnes âgées prend souvent la forme des symptômes de démence. Il a conclu
que ces deux décès rapprochés avaient déclenché des souvenirs refoulés chez Juanita. Lorsqu'elle a été en mesure de composer
avec la cause de son stress post-traumatique et de sa dépression, Juanita a vu son état s'améliorer nettement.
Cette expérience, et beaucoup d'autres, ont amené le Dr Fornazzari et son équipe à se demander s'il existait une clinique
de la mémoire à Toronto (ou même au Canada) pouvant offrir des services dans plusieurs langues. Il n'en existait aucune. Croyant
qu'il y avait là un besoin, le Dr Fornazzari a mené une petite enquête au sein de la clinique et constaté que, parmi le personnel
du programme, 18 langues différentes, y compris le swahili, étaient parlées. Il s'est alors rendu compte qu'il pouvait grandement
améliorer sa clinique de la mémoire en offrant des services à la population multiculturelle grandissante de Toronto et de
la province dans des langues autres que le français et l'anglais. C'est ainsi qu'a vu le jour la Clinique multiculturelle
et multilingue de la mémoire.
Jusqu'à maintenant, la Clinique offre des services dans neuf langues : le français, l'anglais, l'italien, l'espagnol, le portugais,
le grec, le mandarin, le cantonais et l'hindi. Les clients de la Clinique, âgés de 60 à 85 ans, sont évalués par une équipe
multidisciplinaire qui leur propose un traitement. Ils sont suivis tous les six mois à des fins cliniques et de recherche.
Dans le cadre d'une initiative provinciale sur la maladie d'Alzheimer, les fournisseurs de soins de la clinique collaborent
avec des médecins de famille dans tout l'Ontario pour les sensibiliser à la maladie et à la démence et leur offrir une formation
et une éducation dans ces domaines.
La Clinique est aussi le lieu de recherches multidisciplinaires. À l'heure actuelle, le Dr Fornazzari et son équipe prennent
part à un certain nombre d'études multicentriques sur la démence, au Canada, aux États-Unis et à l'échelle internationale.
* pseudonyme