Séance 1 : La décision de changer
Les jeunes, les drogues et la santé mentale : Premier contact
L’exercice La décision de changer a pour but de susciter une discussion sur l’ambivalence du client face au changement dans
le but de résoudre cette ambivalence. L’exercice amène le client à cerner le pour et le contre de son usage d’alcool ou d’autres
drogues ainsi que le pour et le contre du changement. Cet exercice vise principalement à démontrer clairement au client que
la décision de changer son usage d’alcool ou d’autres drogues exige certains compromis. Le simple fait de cerner et de prioriser
les avantages et les risques de l’usage d’alcool ou d’autres drogues facilite l’auto-réévaluation, processus qui joue un rôle
crucial pour accroître le désir de changement. La décision de changer donne au client l’occasion de discuter des difficultés
associées au changement et des conséquences qu’il y a pour lui à ne pas changer.
Le conseiller aura peut-être envie d’expliquer au client comment résoudre les problèmes ou surmonter les obstacles qui se
présentent à lui. Il est toutefois important qu’il commence par cerner avec le client ces obstacles et établir ce qu’il a
à perdre en changeant. Dans un programme de groupe, les membres du groupe parleront d’un obstacle au changement auquel ils
se sont heurtés. Le conseiller devra faire preuve de jugement clinique dans les situations où un client semble découragé par
les obstacles. Pour aider le client à mettre les obstacles en perspective, encouragez-le et appuyez son initiative personnelle
(ou demandez aux membres du groupe de le faire). A titre d’exemple, il est parfois utile d’appuyer le client dans sa décision
d’obtenir de l’aide, ou encore de faire un parallèle entre une réalisation précédente qui a exigé du temps et de l’effort
et sa situation actuelle. Le conseiller met ainsi en lumière les ressources dont le client dispose pour changer, sans toutefois
assumer le rôle d’enseignant.
Objectifs pour la séance 1
- Faire comprendre clairement la raison d’être, le déroulement et les objectifs de Premier contact.
- Faciliter la formation du groupe par les moyens suivants :
- présenter les chefs de groupe et les clients ;
- établir les règles, les normes et les attentes du groupe ;
- commencer à faire ressortir ce que les membres ont en commun pour favoriser le soutien mutuel.
- Créer une atmosphère agréable et un climat d’acceptation au moyen d’une activité pour « briser la glace » et encourager les
clients à discuter de ce qui les a amenés à participer au programme et de ce qu’ils espèrent tirer du traitement.
- Faire l’exercice La décision de changer. Objectifs :
- aider le client à prendre connaissance du processus de prise de décision ;
- offrir une occasion de parler des difficultés associées au changement ;
- mettre en lumière les conséquences du changement et du statu quo ;
- reconnaître ce que le client a à perdre à changer ;
- présenter l’idée du choix et du contrôle à l’égard de l’usage d’alcool ou d’autres drogues.
- Présenter l’exercice de contrôle (à faire chaque semaine/vérification des objectifs).
Directives à l’intention du conseiller
1. Présentez le programme.
« Ce programme s’adresse aux personnes âgées de 15 ans et moins (ou de 16 ans et plus). Vous allez vous réunir pendant deux
heures une fois par semaine pendant quatre semaines. Au bout de quatre semaines, le programme sera terminé et vous pourrez
décider ce que vous voulez faire à partir de là. »
« Ce programme a pour but d’examiner l’impact que l’alcool et les autres drogues ont sur votre vie ainsi que l’interaction
entre l’usage d’alcool ou d’autres drogues et les problèmes de santé mentale.Ce groupe est votre groupe et vous êtes ici pour
vous entraider. Ce que vous vous dites les uns aux autres est donc très important. Nous (les thérapeutes) sommes ici pour
vous aider à bâtir la confiance et pour vous encourager à participer aux discussions. Nous possédons aussi certains outils
de résolution de problèmes à vous proposer. En plus de participer aux séances de ce groupe, certains d’entre vous auront des
rendez-vous individuels au cours desquels nous discuterons avec vous de vos préoccupations à l’égard de votre santé mentale.
»
« Pour ce qui est de l’usage d’alcool ou d’autres drogues, vous n’en êtes pas tous au même point
- certains d’entre vous n’ont aucune intention de changer leur usage ;
- certains d’entre vous sont ici pour essayer de surmonter leurs problèmes de santé mentale ;
- certains d’entre vous ont des sentiments partagés sur la question de changer leur usage d’alcool ou d’autres drogues ;
- certains d’entre vous pensent à changer, mais ne savent pas par où commencer ;
- certains d’entre vous ont déjà fait certains changements. »
2. Discutez de la participation au sein du groupe et de la question de la confidentialité.
« Dans ce groupe, vous pouvez commencer à résoudre certains des problèmes que vous éprouvez. Plus vous participerez, plus
vous allez tirer des résultats du programme. Au cours du programme, nous aurons l’occasion de parler de vos buts dans la vie
et de vos objectifs en ce qui concerne votre usage d’alcool ou d’autres drogues. Les décisions que vous allez prendre vous
appartiennent cependant. Étant donné que les membres du groupe vont parler de choses personnelles, il est important que nous
nous entendions sur un point : tout ce qui est dit dans ce groupe reste à l’intérieur du groupe. »
« Il est très important que nous parlions de confidentialité. Ce qui se dit dans cette pièce doit rester dans cette pièce.
Nous devons obtenir votre permission pour parler à d’autres personnes de vous ou pour divulguer de l’information vous concernant.
La confidentialité a cependant ses limites. Si vous risquez de vous faire du tort ou de faire du tort à autrui, ou si un enfant,
est maltraité, nous sommes tenus par la loi d’enfreindre la règle de la confidentialité. Dans tous les autres cas, la confidentialité
est de rigueur. »
3. Présentez les clients les uns aux autres.
« Dans ce groupe, nous allons beaucoup parler et nous allons apprendre à mieux nous connaître les uns les autres. Pour commencer,
nous allons briser la glace... » Exercice pour briser la glace—Les quatre coins
But
- Dissiper une partie de la tension que crée le fait de faire partie d’un groupe pour la première fois ou de faire partie d’un
groupe dont les membres nous sont inconnus.
- Expliquer aux clients ce qu’ils ont en commun avec les autres membres du groupe et aider chaque personne à comprendre qu’il
existe aussi des différences entre les membres du groupe. Cela peut être un bon point de départ pour parler des normes du
groupe et de comment faire en sorte que chacun se sente à l’aise, compte tenu de tout ce qui rapproche les membres du groupe
et de tout ce qui les distingue les uns des autres.
Méthode
Tout le monde est debout au centre de la salle. Les chefs de groupe indiquent aux membres du groupe dans quel coin de la salle
ils doivent aller (ce peut aussi être au centre) selon la réponse donnée à diverses questions. Exemple : Tous ceux qui se
sont réveillés entre 6 heures et 7 heures ce matin, allez dans ce coin ; tous ceux qui se sont réveillés entre 7 heures et
8 heures ce matin, allez dans ce coin ; et tous ceux qui se sont réveillés après 8 heures, allez dans ce coin. Si la pièce
est grande, il vaut peut-être mieux ne pas utiliser tous les coins puisque les membres du groupe seront alors trop éloignés
les uns des autres. Vous pouvez demander dans ce cas aux personnes de s’asseoir, de se lever ou d’aller près de la porte,
par exemple.
Il faut donner à chaque personne le temps de se rendre dans le coin voulu et donner aussi aux membres du groupe se retrouvant
dans le même coin le temps d’entamer une conversation. Les chefs de groupe peuvent ensuite favoriser le développement de l’esprit
de groupe en disant ceci : « À supposer que nous soyons samedi, dans quel coin seriez-vous ? » Ces exercices peuvent être
adaptés aux besoins du groupe qui les utilise. On peut ainsi demander qui vit près de l’eau ou d’un parc, qui va à la chasse
ou à la pêche ou encore qui fait de la motoneige ou du ski.
Les chefs de groupe posent constamment de nouvelles questions pour que les personnes changent continuellement d’endroit dans
la salle et se joignent à un nouveau groupe. On peut aussi demander aux personnes de remarquer si elles se retrouvent souvent
dans le même coin que d’autres personnes, ou avec quelles autres personnes elles ont le plus en commun ou le moins en commun.
Les questions posées aux membres du groupe peuvent se rapprocher de plus en plus de la raison pour laquelle ils participent
à l’exercice. Les chefs de groupe peuvent notamment demander aux personnes qui veulent changer leur usage d’alcool ou d’autres
drogues, ou les deux, d’aller dans le même coin. Ils peuvent aussi dire ceci : « Si vous êtes ici par choix, allez dans ce
coin ; si vous ne vouliez pas venir ici aujourd’hui, allez dans ce coin ; si vous ne savez pas vraiment pourquoi vous êtes
ici, etc. »
Cet exercice peut déboucher sur une discussion sur ce qui pousse chacun à participer au groupe ainsi que sur les buts et les
objectifs que se fixe chacun de ses membres.
4. Présentez l’exercice La décision de changer.
« Nous aimerions parler de certaines difficultés que vous éprouvez pour décider d’arrêter ou de réduire votre usage d’alcool
ou d’autres drogues. Qu’est-ce que vous allez gagner, et perdre, en changeant ? Et si vous ne changiez pas ? »
Questions pour favoriser la discussion pendant cet exercice :
- « Quel inconvénient (ou quel avantage) est le plus important pour toi ? »
- « Pourquoi cet inconvénient te préoccupe-t-il ? »
- « À quel point tes sentiments sont-ils partagés sur la question de changer ton usage d’alcool ou d’autres drogues ? »
- « Quels sont certains des espoirs et des craintes que tu entretiens maintenant ? »
Les participants peuvent remplir leur propre feuille d’exercice et discuter ensuite de leurs réponses avec le groupe, ou l’exercice
peut être fait en groupe dès le départ. Dans ce cas, notez les réponses données sur un tableau à feuilles mobiles. Dans les
établissements, avec des clients qui ne consomment pas d’alcool ou d’autres drogues, il peut être préférable de ne faire que
la seconde partie de l’exercice, bien que la plupart des clients trouvent utile de se remémorer ce qu’ils pensaient lorsqu’ils
faisaient toujours usage d’alcool et de drogues.
5. Présentez l’exercice de contrôle.
Enfin, bien que l’exercice de contrôle doive être fait lors de la séance 2 et au début de chaque séance subséquente, il vaut
la peine de présenter cet exercice à la fin de la première séance. Les clients ont ainsi la possibilité de réfléchir à la
façon dont ils s’y prendront pendant la semaine pour contrôler leur usage et leur état de besoin, ce qui leur permettra de
s’en souvenir plus facilement lors de la séance 2. « Nous allons utiliser cette fiche chaque semaine afin que vous puissiez
dire au groupe ce qui a bien fonctionné et ce qui n’a pas bien fonctionné pendant la semaine. La semaine qui vient, pensez
à l’objectif que vous allez vous fixer en ce qui touche votre usage d’alcool ou d’autres drogues. Essayez aussi de vous souvenir
quand vous avez pris de l’alcool ou des drogues, quand vous étiez en état de besoin et ce que vous avez fait dans ces situations.
Essayez aussi de vous souvenir de votre état mental pendant la semaine. C’est ce dont nous allons parler à la séance de la
semaine prochaine. »
6. Récapitulation.
- « Indiquez une chose que vous allez faire cette semaine pour atteindre votre objectif en matière d’usage d’alcool ou d’autres
drogues. »
- « Le groupe répond-il à vos attentes ? Avez-vous des questions ? »
- « Qu’est-ce que vous allez vous dire à votre sortie, en vous rendant à l’ascenseur ? Il est important de le dire ici dans
le groupe. »
- « Qu’est-ce qui vous a frappé le plus dans cette séance ? Si vous parliez à quelqu’un d’autre au sujet de la séance d’aujourd’hui,
qu’est-ce que vous lui diriez ? »
Etablissement d’objectifs
Au début du traitement, le client devrait définir clairement son intention d’arrêter ou de réduire son usage d’alcool ou d’autres
drogues. Un grand nombre de clients refuseront peut-être de viser l’abstinence. Le programme Premier contact adopte une approche
pratique en ce sens qu’il aide les clients à établir des objectifs relatifs à leur usage d’alcool ou d’autres drogues et à
atteindre ces objectifs. À court terme, cette stratégie a pour but de réduire l’impact négatif de l’usage d’alcool ou d’autres
drogues d’une manière qui favorise l’autonomie des clients. À long terme, l’établissement et la révision d’objectifs aide
les clients à se motiver et à acquérir les compétences dont ils ont besoin pour réduire ou même cesser complètement leur usage
d’alcool ou d’autres drogues.
Les résultats de recherches appuient la validité du principe voulant qu’on donne aux clients le choix des objectifs qu’ils
veulent atteindre, car :
- rien ne semble prouver que les objectifs de traitement fixés par le thérapeute pour le compte du client seront atteints (Sanchez-Craig,
Annis, Bornet et MacDonald, 1984) ;
- il est plus probable que les clients observeront le traitement lorsqu’ils ont pris eux-mêmes la décision de le suivre (Sobell
et Sobell, 1993).
Lorsque vous discutez des objectifs en matière d’usage d’alcool ou d’autres drogues, il est important d’expliquer clairement
au client que le fait que vous lui permettiez de choisir ses objectifs ne signifie pas que vous approuvez ou encouragez l’usage
d’alcool ou d’autres drogues, surtout si le client est un jeune qui n’a pas l’âge légal pour consommer de l’alcool ou s’il
consomme des drogues illicites, et cela quel que soit son âge. Pour aider les jeunes à faire des choix éclairés, vous pouvez
dire que le meilleur moyen d’éliminer complètement le risque que l’usage d’alcool ou d’autres drogues entraîne pour eux des
conséquences négatives est de cesser complètement cet usage. Lorsque le client ne choisit pas l’abstinence, il est toutefois
important de faire sentir qu’une réduction de son usage permettra aussi sans doute de réduire les méfaits causés par cet usage.
Le programme Premier contact peut aider tant les personnes qui ne se fixent pas l’objectif de l’abstinence que celles qui
sont prêtes à cesser complètement de faire usage d’alcool ou d’autres drogues.
Lorsque le client pense à réduire son usage d’alcool ou d’autres drogues, le conseiller devrait mettre l’accent sur le fait
que cet objectif est tout à fait raisonnable et réaliste. Ainsi, si pour une raison ou pour une autre, l’usage d’alcool ou
d’autres drogues pose un risque trop grand (s’il entraîne, par exemple, des problèmes judiciaires graves ou s’il risque de
couper le client de sa famille), le conseiller a l’occasion de déterminer comment le client perçoit les risques éventuels
de son usage, même réduit, ainsi que les avantages de l’abstinence.
Comme la plupart des clients ne sauront pas au début ce que constitue un objectif réaliste dans leur cas, nous recommandons
de revoir avec eux leurs objectifs chaque semaine. Il convient que les objectifs du client au sujet de la réduction de son
usage d’alcool ou d’autres drogues soient clairs afin que :
- le client puisse observer des règles précises et réfléchies concernant les limites de son usage d’alcool ou d’autres drogues
lorsqu’il se trouve dans des situations qui l’incitent à consommer ;
- l’objectif relatif à l’usage d’alcool ou d’autres drogues ne se transforme pas, avec le temps, pour éviter que le client reprenne
les habitudes qu’il avait avant le début du traitement.

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Table des matières (En version PDF seulement )
Chapitre 1 : Aperçu des problèmes d'usage d'alcool ou d'autres drogues et de santé mentale chez les jeunes
Premier contact : Traitement de courte durée pur les jeunes usagers d'alcool et de drogues ayant des problèmes de santé mental