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1.6 Les problèmes de santé mentale concomitants les plus fréquents

Les jeunes, les drogues et la santé mentale : Ressource pour les professionnels

Il existe plusieurs problèmes de santé mentale qu’on retrouve souvent avec des problèmes d’usage d’alcool ou d’autres drogues. Certains comme le trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention (THADA), la dépression, l’anxiété, les troubles du comportement et les troubles d’apprentissage peuvent se manifester dans l’enfance et accroître par la suite le risque qu’un jeune développe des problèmes d’usage d’alcool ou d’autres drogues. D’autres troubles comme le trouble bipolaire et la schizophrénie tendent à se développer à l’adolescence et au début de l’âge adulte, soit à peu près au même moment où les problèmes d’usage d’alcool ou d’autres drogues ont tendance à se manifester.

Trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention (THADA)

  • Les symptômes de ce trouble sont l’impulsivité, l’inattention, l’hyperactivité et la distractibilité.
  • Le THADA se manifeste dès le jeune âge et doit être évident avant l’âge de sept ans pour être diagnostiqué correctement.
  • Les enfants atteints de THADA souvent ne se débarrassent pas complètement du problème en grandissant et développent un syndrome de THADA résiduel.
  • Le THADA, le trouble des conduites et les problèmes d’usage d’alcool ou d’autres drogues sont souvent concomitants.
  • Il arrive souvent que le THADA ne soit pas diagnostiqué et il peut en résulter que le jeune procède à l’automédication en prenant des stimulants ou des dépresseurs selon les symptômes qu’il veut modifier.
  • Le THADA est parfois confondu avec d’autres troubles ou comportements qui en imitent les symptômes ou qui coexistent avec lui comme l’usage d’alcool ou d’autres drogues, les difficultés d’apprentissage ou le trouble du spectre d’alcoolisation foetale (TSAF).
  • Les substances comme le cannabis sont utilisées par les jeunes ayant le THADA pour réduire l’impulsivité, bien que le cannabis puisse aussi faire augmenter l’inattention.
  • Le Ritalin, un stimulant communément prescrit aux jeunes atteints de THADA, est le traitement le plus efficace pour les symptômes de THADA, et ce même chez les jeunes qui ont des problèmes d’usage d’alcool ou d’autres drogues (Ballon, sous presse).

Trouble bipolaire

  • Le trouble bipolaire se manifeste par des états épisodiques d’irritation et d’euphorie alternant avec un état dépressif.
  • L’âge de l’apparition du trouble bipolaire est controversé bien que la plupart des cliniciens pensent que le trouble ne se manifeste pas complètement avant l’âge de 12 ans.
  • L’usage de drogues chez les jeunes atteints du trouble bipolaire peut débuter très tôt.
  • L’usage d’alcool ou d’autres drogues peut donner l’impression que les symptômes sont mixtes ou peut créer une succession rapide des états.
  • L’usage d’alcool ou d’autres drogues se constate plus souvent chez les personnes ayant des accés maniaques que chez les personnes souffrant de tout autre problème psychiatrique. Des stimulants peuvent être utilisés pour éviter ou retarder la phase dépressive et maintenir la phase maniaque. L’usage chronique de stimulants finit cependant par causer la dépression (Ballon, sous presse).
  • Le trouble bipolaire peut être difficile à diagnostiquer lorsqu’il y a intoxication à la cocaïne ou à d’autres stimulants majeurs. Une période d’abstinence est habituellement nécessaire.

Trouble des conduites

  • Ce terme désigne des problèmes comportementaux de longue durée comme la désobéissance, l’impulsivité ou le comportement antisocial qui peut comprendre le vandalisme, la pyromanie, l’intimidation et les combats, l’usage de drogues, l’activité criminelle et l’insouciance à l’égard des autres (Chaim et Shenfeld, sous presse).
  • Le trouble des conduites est étroitement lié à l’usage d’alcool ou d’autres drogues qu’il précède habituellement. Il est aussi communément associé au trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention.
  • Les jeunes qui souffrent du trouble des conduites aiment prendre des risques et sont souvent de grands usagers de drogues multiples par goût du sentiment d’excitation et d’euphorie qu’elles procurent (CAMH, 2002a).

Dépression

  • La dépression se manifeste par une humeur irritable, des douleurs physiques (p. ex., maux de tête, crampes d’estomac), l’insomnie, des difficultés scolaires ou une diminution des activités sociales.
  • La dépression précède souvent le problème d’usage d’alcool ou d’autres drogues. Il arrive souvent que les jeunes fassent usage de drogues pour atténuer les sentiments négatifs qu’ils ressentent.
  • Les stimulants peuvent parfois être utilisés pour accroître le niveau d’énergie des clients souffrant de dépression, mais ces médicaments peuvent aussi accroître l’anxiété ressentie.
  • Bon nombre des drogues dont les jeunes souffrant de dépression font usage (p. ex., alcool, marijuana) peuvent aggraver la dépression si elles sont utilisées de façon chronique (CAMH, 2002a).
  • Il convient de noter que le sevrage de certaines drogues peut causer la dépression.

Troubles de l’alimentation

  • La probabilité qu’un jeune développe un problème concomitant d’usage de drogues augmente de 12 % à 18 % chez les personnes souffrant d’anorexie et de 30 % à 70 % parmi celles qui souffrent de boulimie.
  • Les troubles de l’alimentation apparaissent habituellement à l’adolescence.
  • Les jeunes ayant un trouble de l’alimentation ont tendance, pour couper leur appétit, à faire usage de drogues comme la nicotine, l’alcool ou les stimulants (p. ex., pilules amaigrissantes, comprimés de caféine, amphétamines et cocaïne) (CAMH, 2002a).

Trouble du spectre d’alcoolisation foetale (TSAF)

  • Le TSAF est un continuum de déficits neurologiques, comportementaux et cognitifs qui compromettent la croissance, l’apprentissage et la socialisation et qui découlent de l’usage par la mère d’alcool pendant la grossesse.
  • Les symptômes du TSAF peuvent imiter bon nombre des symptômes susmentionnés et coexistent souvent avec le THADA.

Troubles d’apprentissage

  • Les troubles d’apprentissage sont causés par des « conditions du cerveau » qui entravent la capacité d’assimiler, de traiter et d’exposer l’information.
  • Le taux d’usage d’alcool ou d’autres drogues est très élevé chez les jeunes qui ont des troubles d’apprentissage puisqu’ils sont susceptibles de connaître bon nombre des symptômes qui incitent un grand nombre de personnes à se tourner vers l’alcool ou d’autres drogues comme la faible estime de soi, les difficultés scolaires, la solitude et la dépression (Chaim et Shenfeld, sous presse).

Stress post-traumatique

  • Il peut se manifester par des symptômes associés à l’anxiété, à la dépression, à l’automutilation, à la préoccupation avec la mort, à des pensées ou à des gestes suicidaires et à des flashbacks.
  • L’incidence du stress post-traumatique est beaucoup plus élevée lorsque le jeune a fait l’objet de mauvais traitements affectifs, sexuels ou physiques.
  • Les personnes souffrant de stress post-traumatique font souvent usage d’alcool ou d’autres drogues pour arriver à apaiser leurs émotions et à contrôler leur colère (CAMH, 2002a).

Schizophrénie

  • Les symptômes de la schizophrénie comme la psychose, les hallucinations et la paranoïa, apparaissent habituellement à la fin de l’adolescence ou au début de la vingtaine.
  • Les personnes atteintes de schizophrénie consomment de l’alcool surtout pour ses effets euphoriques et relaxants. L’alcool peut accroître les effets secondaires sur le système nerveux central (SNC) des médicaments antipsychotiques, en empirer les effets secondaires extrapyramidaux (ESE) et accélérer également l’apparition de la dyskinésie tardive. L’alcool peut aussi accroître chez les personnes atteintes de schizophrénie les risques d’anxiété, de troubles du sommeil et de problèmes d’ordre sexuel.
  • Des recherches ont démontré que les personnes atteintes de schizophrénie qui font beaucoup usage de cannabis voient la maladie apparaître de 5 à 10 ans plus tôt que celles qui n’en font pas usage.
  • Le taux de tabagisme dans cette population est beaucoup plus élevé que chez le grand public, en partie du fait que la nicotine atténue les effets secondaires des médicaments antipsychotiques. Parmi les personnes atteintes de schizophrénie, l’incidence de dyskinésie tardive est beaucoup plus élevée chez les fumeurs que chez les non-fumeurs.
  • Les symptômes psychotiques qui imitent la schizophrénie (hallucinations, délire, anxiété, dépersonnalisation et paranoïa) peuvent être causés par l’usage d’hallucinogènes comme le cannabis. L’usage d’hallucinogènes produit habituellement des effets visuels et l’usage chronique de ces drogues peut causer le trouble des perceptions post-hallucinogènes (TPPH), ce qu’on appelle plus communément des « flashbacks », qui prennent la forme de pseudo-hallucinations visuelles comme des effets de traînée, des halos et des mouvements à partir du coin de l’oeil. Habituellement, les personnes atteintes de TPPH savent que ces phénomènes sont irréels, contrairement aux personnes souffrant d’une maladie psychotique (Ballon, sous presse).
  • L’usage de cocaïne peut atténuer les symptômes négatifs de la schizophrénie ainsi que le sentiment de dépression.

Anxiété sociale

  • Elle se manifeste habituellement par des comportements liés au désir d’éviter d’aller à l’école, une mauvaise image de soi et l’isolement social, et la crainte intense d’être humilié et d’être jugé de façon négative par les autres.
  • Le comportement d’évitement peut au départ protéger le jeune contre l’usage d’alcool ou d’autres drogues. Cependant, lorsqu’un jeune fait l’essai de l’alcool ou d’autres drogues, l’effet anxiolytique de la substance peut l’inciter à poursuivre son usage (CAMH, 2002a).
  • L’usage d’alcool ou d’autres drogues peut atténuer les symptômes que ressent le jeune et le recours de cette façon à l’automédication peut donner l’impression que le jeune fonctionne assez bien. Cependant, au fur et à mesure que la tolérance croît, les effets des drogues diminuent et il peut y avoir aggravation des symptômes.
  • L’anxiété sociale peut être confondue avec la timidité ou des déficits au plan des aptitudes sociales, déficits développementaux qui sont communs chez les adolescents.
  • La consommation excessive de caféine ou de stimulants par une personne souffrant du trouble anxieux peut imiter les symptômes de l’anxiété et accroître l’insomnie. Elle peut aussi faire augmenter le rythme cardiaque, la nervosité, la rougeur faciale, les troubles gastro-intestinaux, les tics nerveux, les palpitations et la transpiration.

Double diagnostic

  • On parle de « double diagnostic » dans le cas des jeunes ayant des troubles développementaux ainsi que des troubles mentaux.
  • Les jeunes ayant des troubles développementaux qui font usage d’alcool ou d’autres drogues présentent des caractéristiques particulières.
  • Les troubles liés à l’usage d’alcool ou d’autres drogues comme d’autres problèmes de santé mentale sont liés au degré de déficience/potentiel cognitif. Plus le QI d’un jeune ayant des troubles développementaux est élevé, plus la prévalence de ces troubles est élevée (Campbell et Malone, 1991 ; Edgerton, 1986).
  • La croyance populaire voulant que les personnes auxquelles s’applique un double diagnostic et qui font usage d’alcool ou d’autres drogues soient plus vulnérables à l’effet intoxicant de ces substances a été confirmée en partie.
  • Les personnes ayant des troubles développementaux ont tendance à faire usage d’alcool ou de drogues illicites en quantité plus grande que la population générale. Elles sont donc plus difficiles à identifier. Les fournisseurs de soins considèrent souvent que cet usage fait partie du « mode de vie » de ces personnes.
  • Les contraintes inhérentes auxquelles sont confrontées les personnes ayant des troubles développementaux au cours de leur vie et l’anxiété et la dépression qui en résultent (Stavrakaki, 1999 ; Stavrakaki et Mintsioulis, 1995 ; 1997) tendent à inciter ces personnes plus que les autres à faire usage d’alcool ou d’autres drogues comme moyen d’automédication ou pour atténuer le stress qu’elles ressentent. (Longo, 1997 ; Ruf, 1999).
  • Les troubles mentaux qu’on retrouve le plus souvent chez cette population, comme le trouble bipolaire et la schizophrénie, ont tendance à faire augmenter la prévalence des troubles liés à l’usage d’alcool ou d’autres drogues dans cette population (Longo, 1997 ; Stavrakaki, 2002 ; Westermeyer et coll., 1988).

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