Dans cette section, les participantes et les membres de CAMH de l’Équipe VALIDITY ont mis en commun leurs expériences et connaissances
afin de vous proposer des stratégies pour aborder la dépression avec les jeunes femmes. L’Équipe VALIDITY a aussi cerné les
moments dans la relation thérapeutique où les professionnels peuvent renseigner leurs clientes, faire preuve de compréhension
et leur offrir du soutien. Vous trouverez également les réponses des cliniciens à certaines des questions soulevées par les
jeunes femmes.
Écoutez-moi
Le réseau de santé semble être très orienté vers la consommation. Tu vas voir un médecin qui semble pressé de te faire sortir
du bureau, puis tu te retrouves à la pharmacie pour acheter ton médicament. Voilà, tu n’es qu’un cas et on ne te traite pas
comme une véritable personne. Les facteurs culturels et individuels influencent [la dépression], il faut en tenir compte.
Ce n’est pas qu’une question de mécanique défaillante.
Je crois que les femmes homéopathes et les guérisseuses naturelles devraient se regrouper, parce que la société ne les considère
pas comme de vrais médecins.
J’ai vu un médecin tellement condescendant et si sexiste. Ma mère avait tenu à venir avec moi au rendez-vous. Il considérait
qu’en tant que femmes, nous étions ignorantes et ne comprenions rien à rien. Lorsque je lui posais une question, il m’ignorait
ou encore répondait à ma mère. C’est pourtant moi qui ai consulté, non ?
Vous devez tout d’abord écouter les [jeunes femmes]. Vous devez tenter de comprendre quelle est la source de la dépression.
Ne nous jugez pas et ne soyez pas critiques à notre égard.
Ce désespoir… tu crois que tout est contre toi. Tu crois que personne ne peut te comprendre. Tu pleures beaucoup en raison
de cette boule d’émotions que tu as à l’intérieur et tu n’as personne à qui te confier.
Ne me regardez pas comme une jeune femme déprimée. Considérez-moi comme une jeune femme qui veut vous parler et avec qui vous
pourrez travailler. Ne faites pas de suppositions sur mon compte.
Écoutez vos clientes et faites preuve de patience à leur égard. Posez-leur des questions, soyez francs et sincères avec elles.
Reconnaissez leurs sentiments. Soyez holistiques dans votre approche : traitez-les au plan physique à l’aide d’un régime alimentaire
et de vitamines ; au plan mental à l’aide de counseling, de lectures et d’un journal personnel ; au plan émotif à l’aide de
soins de relève, de massages, de guérisseurs holistiques ; et au plan spirituel à l’aide du processus de guérison traditionnel,
de soutien confessionnel, de promenades en plein air, etc.
Les fournisseurs de services devraient vraiment porter attention à ce qu’on dit et essayer d’aller au-delà de ce qui se passe
à ce moment-là pour déterminer si d’autres facteurs externes pourraient influer sur la situation, comme des événements antérieurs,
des camarades de classe, la société en général.
Comprenez-moi
Les jeunes femmes ont fait part de leur crainte et de leur accablement. Les démarches qu’elles devaient entreprendre pour
obtenir de l’aide leur faisaient réellement peur. Elles nous demandent de les voir comme des personnes uniques ayant chacune
leur propre histoire. En prenant le temps de bien les écouter et de cerner leur réalité, vous pourrez peut-être déceler des
problèmes de violence physique, sexuelle ou psychologique ou d’autres facteurs de risque qui pourraient nécessiter une intervention
immédiate. Cela peut aussi faire ressortir d’autres facteurs contribuant à la dépression, tels les problèmes familiaux ou
de relations, la pression au conformisme, la discrimination, le racisme, les troubles de l’alimentation, les pressions scolaires,
les différences culturelles et la consommation d’alcool ou de drogues.
Dans son article Living as a chameleon: A feminist analysis of young women’s lived experience of anger ( PDF version only ) la Dre Cheryl van Daalen explique que la colère transmet un message : « Nous ne pouvons établir de véritable contact avec
les adolescentes et les jeunes femmes à propos de la dépression si nous ne comprenons pas bien leur expérience de la colère,
à savoir d’où elle vient, comment elle peut s’exprimer et l’incidence qu’elle peut avoir sur leur authenticité. Il faut pouvoir
comprendre la colère qui fait partie de leur être et non la rejeter. Tentez d’établir une relation de confiance auprès des
jeunes femmes et invitez-les à explorer toutes leurs émotions.
Soutenez-moi
Les jeunes femmes ont été très claires sur la façon dont elles veulent être traitées par les cliniciens. Voici quelques-unes
de leurs suggestions :
Votre salle d’attente et votre cabinet sont-ils des endroits accueillants pour les jeunes femmes ?
- Veillez à ce que les affiches et illustrations sur vos murs montrent des femmes de différentes cultures, races, orientations
sexuelles et tailles afin que les jeunes femmes puissent s’y identifier.
- Mettez à leur disposition divers types de lecture (p. ex. le magazine Shameless écrit par et pour les jeunes femmes). Évitez
d’avoir des magazines de mode qui affichent des images irréalistes de la femme.
- Si vous avez une télé et un magnétoscope, offrez des vidéos sur les questions de santé touchant les jeunes femmes.
- Si vous avez une unité murale de dépliants, assurez-vous qu’elle contient de la documentation qui peut intéresser les jeunes
femmes (p. ex. information sur les relations sexuelles, la contraception, l’autodéfense, la dépression, l’alcool et les autres
drogues, ainsi que des renseignements sur les mesures de prévention comme le programme Entre filles [clic ici pour plus de
détails Entre Filles], les ressources sur les loisirs et la nutrition).
Comment aborder la dépression avec les jeunes femmes ? Voici ce que les jeunes femmes suggèrent :
- Respectez la confidentialité des jeunes femmes. Et quel que soit votre rôle (médecin, conseiller, enseignant), précisez-leur
dans quelles circonstances la loi vous oblige à faire un signalement (si elles vous disent vouloir se faire du mal ou faire
du mal à autrui et lorsque la vie d’un enfant est en danger). Vous devriez en parler dès la première séance (de façon formelle
ou informelle).
- Écoutez-les ! Ça peut sembler évident, mais l’écoute prend du temps. Les jeunes femmes ont besoin de vous raconter leur histoire,
et il leur sera difficile de tout déballer en une seule séance. Si vous leur posez des questions tirées d’une liste sans jamais
lever les yeux de votre papier, elles auront l’impression que vous êtes une personne froide et insensible. Renseignez-vous
plutôt sur la vie de la jeune femme en prêtant attention à l’influence que peuvent avoir la race, la culture, le statut socioéconomique,
l’identité sexuelle, la sexualité, les capacités physiques et intellectuelles, la religion, les relations et l’école. En explorant
toutes ces facettes, vous apprendrez quels sont ses intérêts, passe-temps et points forts, et les difficultés qu’elle a surmontées
par le passé. Posez des questions ouvertes ; vous lui démontrerez ainsi votre intérêt et votre respect. Au fur et à mesure
que vous apprendrez à connaître la jeune femme et son monde, vous aurez une meilleure idée des mesures à prendre et des services
vers lesquels vous pouvez l’orienter. Si vous prenez le temps de rendre la jeune femme à l’aise en votre compagnie, vous aurez
déjà fait un pas dans la bonne direction pour garder le dialogue ouvert.
- Les jeunes femmes veulent que vous adoptiez une approche neutre : « Nous ne voulons pas être étiquetées. » « Nous ne sommes
pas toutes pareilles. » « Ne faites pas de suppositions en raison de mon habillement ou de mon apparence. » Lorsque les jeunes
femmes expriment leurs émotions, elles ont besoin d’un « aidant » attentif, sensible et empathique. Elles ne veulent pas se
faire presser ni se sentir ignorées lorsqu’elles parlent de leurs émotions.
- Faites participer les jeunes femmes. Offrez-leur diverses options de traitement et respectez leur droit de choisir celle qui
leur convient le mieux.
Troubles concomitants
Soyez conscients que la présence de plusieurs problèmes à la fois, comme la toxicomanie et un trouble de l’alimentation, peut
aussi signaler une dépression sous-jacente. Le terme « troubles concomitants » désigne la présence simultanée de troubles
de toxicomanie ET de santé mentale. Il existe sûrement dans votre collectivité des professionnels (p. ex. dans les organismes
de services aux jeunes ou de toxicomanie) qui peuvent vous conseiller dans ces secteurs. Ces professionnels peuvent être une
bonne source d’information et vous aider à soutenir vos clientes. Nancy Poole, conseillère en recherche sur la toxicomanie
chez les femmes à l’hôpital pour les femmes de la C.-B. et au centre d’excellence de la C.-B. pour la santé des femmes a écrit
des articles sur les troubles concomitants chez les femmes :
Poole, N. « Substance use by girls and young women: Taking gender into account in prevention and treatment », Visions: BC’s Mental Health and Addictions Journal, vol. 2, no 1 (2004), p. 15-16.
Poole, N. « Women’s Pain: Working with women concurrently on substance use, experience of trauma and mental health issues », Visions: BC’s Mental Health and Addictions Journal, vol. 2, no 1 (2004), p. 29-30.
Autres ressources sur les troubles concomitants :
Skinner, W. (éd.) Treating Concurrent Disorders: A Guide for Counsellors , Toronto, CAMH , 2005.
Cette publication donne un aperçu sur les troubles concomitants ainsi que sur la façon de les traiter. Elle contient aussi
de l’information détaillée et pratique qui aidera les fournisseurs de soins de première ligne à intégrer dans leur quotidien
les meilleures pratiques recommandées par Santé Canada.
Santé Canada. Explorer les liens entre la santé mentale et l’usage de substances : Une bibliographie annotée : Une analyse détaillée, 1997.
http://www.hc-sc.gc.ca/ahc-asc/pubs/drugs-drogues/mental-mentale/index_f.html.
Tupker, E. (éd.) Les jeunes, les drogues et la santé mentale: Ressource pour les professionnels, Toronto, CAMH , 2005.
Cette ressource contient des renseignements à jour sur la façon d’aborder les problèmes de toxicomanie et de santé mentale
chez les jeunes. Clic ici pour plus de détails ( Lien critique - Orientation et ressources supplémentaires ).
Pour des ressources sur la toxicomanie, consultez la section
Lien critique—Aiguillage et ressources supplémentaires, ( Une Relation D'aide Saine - Le Relation Thérapeutique )
Pour plus de détails sur les troubles de l’alimentation, consultez le site Web de Sheena’s Place à www.sheenasplace.org ou appelez au 1 888 743-3627.