« Tu n’es pas assez bonne! » « Tu n’es pas capable. » « Tu peux faire mieux. » « Pourquoi ne pourrais-tu pas être comme… »
Les parents pensent souvent que leurs critiques aideront leurs enfants à mieux réussir. Ils ne réalisent pas que ce genre
de « motivation » nous colle à la peau et que plus nous les entendons, plus nous y croyons.
La violence verbale et psychologique que j’avais vécue, en plus d’être éprouvée par la discrimination à cause de mon embonpoint,
sont tous des facteurs qui ont contribué à ma dépression. Imaginez-vous à neuf ou dix ans et ne pas vouloir rentrer à la maison
parce que vous n’en pouvez plus de pleurer, d’être ridiculisée et de n’avoir personne à qui vous confier et, parce que vous
n’êtes qu’une enfant, vous ne comprenez pas ce que sont de véritables problèmes.
À 13 ans, je ne voulais plus aller à l’école pour faire rire de moi, mais je ne voulais pas non plus rester à la maison avec
papa. On m’a donc envoyé consulter. Même si cela m’a aidée pour les problèmes liés à l’école, cela a eu peu d’effets pour
les problèmes que je vivais à la maison, car mon père refusait de venir aux séances, et jusqu’à ce qu’il se décide, on ne
pouvait pas faire avancer les choses. Ma conseillère m’avait donné des trucs et des stratégies à utiliser pour m’aider à composer
avec les abus.
Malheureusement, elle ne m’a jamais posé de questions sur mon passé ni depuis combien de temps je vivais cette situation,
parce qu’elle disait avoir recueilli tous ces renseignements auprès de ma mère. Comme j’étais mineure, elle devait obtenir
la majorité des renseignements de ma mère. Je ne savais pas à l’époque par contre que ma famille me cachait de nombreuses
choses sur mon passé qui auraient pu expliquer en partie ce qui se passait à la maison. Des renseignements que toute ma famille
entière, mes proches et même ma conseillère connaissaient, mais qui m’étaient cachés parce que ma mère ne voulait pas que
je sois mise au courant. Ce n’est qu’à 15 ans que tous ces secrets et ces mensonges m’ont été dévoilés. J’ai alors appris
que mon père n’était pas en fait mon père biologique et qu’il vivait avec nous depuis que j’avais deux ans.
Ce n’est qu’à ce moment que les choses sont devenues plus claires. J’ai enfin compris pourquoi j’étais traitée différemment
de mon frère cadet, l’enfant légitime de mon beau-père. Je ne sais si j’aurais vécu les choses différemment si je l’avais
su depuis le début, mais je crois que si j’avais eu la chance de connaître ma famille biologique et d’avoir des contacts avec
elle, les choses auraient pu se passer autrement.
Je crois fermement que les relations familiales sont essentielles à un sain développement. L’honnêteté, l’ouverture d’esprit,
l’attention et le soutien sont des éléments centraux. De plus, je crois que si un fournisseur de services est au courant de
faits qui pourraient expliquer le comportement de l’enfant ou son humeur, il devrait discuter avec un parent et lui demander
s’il ne faudrait pas en parler à l’enfant pour qu’il sache la vérité. De prime abord, on pourrait penser que cela pourrait
faire du tort à l’enfant ; mais ce qui importe c’est de penser à ce qui convient à l’enfant à long terme.
J’aurais probablement pu recevoir un diagnostic de dépression vers l’âge de 14 ans, mais je ne comprenais pas ce qui m’arrivait.
Je me croyais seulement triste face à ma situation. Ce n’est que lorsque j’ai quitté la maison que j’ai vraiment eu le temps
de songer à ma vie, à ce que j’avais vécu et à ce que j’avais subi. Je m’étais « libérée » de la maison pendant un certain
temps. Ce n’est que lorsque je suis retournée à l’université après les vacances de Noël qu’on a diagnostiqué une dépression.
Il m’était difficile d’être éloignée de la maison et de mes amis, mais le plus accablant a été de réaliser tout ce que j’avais
vécu et « enduré » au fil des ans.
Les fournisseurs de services devraient vraiment porter attention à ce qu’on dit et essayer d’aller au-delà de ce qui se passe
à ce moment-là pour déterminer si d’autres facteurs externes pourraient influer sur la situation, comme des événements antérieurs,
des camarades de classe, la société en général. Au besoin, ils devraient réunir la famille pour discuter du problème afin
que tous sachent comment chacun se sent et comprennent vraiment ce qui se passe.
Il faudrait aussi qu’ils enseignent aux femmes des mécanismes de défense pour qu’elles soient en mesure de composer avec les
situations difficiles. Nous devrions participer aux décisions sur le traitement au lieu de n’avoir qu’à accepter ce que le
fournisseur croit être dans notre meilleur intérêt. Demandez-nous ce que nous voulons faire, comment nous aborderions telle
ou telle situation. Ne faites rien pour nous ; soyez plutôt notre guide. Soyez empathiques. Ne nous dites pas que vous savez
par quoi on passe si vous ne l’avez jamais vécu vous-même. Vous le comprenez peut-être, mais ne pouvez pas le ressentir. Donnez-nous
plutôt les moyens de nous en sortir, surtout lorsque vous traitez avec des jeunes femmes qui ont subi de la discrimination
à cause de leur poids. Il existe des sites Internet qui nous donnent des outils, comme ceux-ci tirés du site http://www.geocities.com/heidihoogstra/recoveryfromsizism.html (en anglais) :
- Apprends à t’aimer. Ne te hais plus et ne te méprise plus.
- Trouve-toi une communauté. Ne laisse pas l’oppression sociale te marginaliser.
- Défends-toi. Fâche-toi.
Même si j’ai vécu bien des choses difficiles, et qu’il m’arrivait de penser ne jamais pouvoir m’en sortir, je crois que ces
expériences m’ont rendue plus forte et ont fait de moi une meilleure personne. Si du dehors, on donne l’impression d’une personne
bien ordinaire, en dedans, on peut vivre des expériences bien pénibles. N’ayez pas peur de nous demander ce qui ne va pas.
Mais si vous posez la question, vous devez être intéressé à entendre la réponse !