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Psychothérapie et médicaments

Écoutez-moi, Comprenez-moi, Soutenez-moi : Ce que veulent nous dire les jeunes femmes sur la dépression

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Écoutez-moi

Ton médecin pourrait te conseiller de prendre des médicaments et de suivre une thérapie. Tu ne peux pas faire l’un et pas l’autre. Il faut faire les deux en même temps. Les médicaments t’aident à atténuer ta dépression pour qu’enfin tu puisses t’attaquer aux problèmes qui l’ont créée et tu peux alors t’adresser à ta famille pour qu’elle te vienne en aide… Il est bon de vouloir vaincre la dépression.

Les médicaments qui m’ont été prescrits ont été horribles, car on me les a prescrits après seulement une consultation de 10 minutes… [exclamation de consternation]… C’est comme cette psychiatre que j’ai vue… elle m’avait été recommandée comme étant très bonne, mais une fois dans son bureau, elle m’a pratiquement dit au bout de dix minutes : « Arrête de faire l’enfant et prends ceci, tu te sentiras mieux après. »

L’holisme : la façon de voir les choses comme un tout au lieu de tout décortiquer et de se faire dire : « Tiens, prends une pilule ! »

Je n’étais pas là depuis cinq minutes que déjà on m’offrait de prendre des pilules.

Avant de nous prescrire des médicaments, ils devraient toujours essayer de trouver une autre solution, comme le counseling. Déterminer l’origine du problème : voilà le plus important. Vous devez trouver la racine du problème, puis travailler dessus… Ça prendra peut-être plus de temps, mais ça donnera de meilleurs résultats.

[Ça aide de] parler avec un psychologue… Tu te rends compte que tu n’es pas la seule à vivre cette expérience.

Je crois que c’est une bonne idée le counseling par les pairs. Ils ont peut-être vécu les mêmes expériences que toi et pourraient alors montrer plus d’empathie envers ta situation.

Certaines personnes se sentent plus à l’aise de parler à un étranger… c’est comme si ce n’était qu’une voix au bout du fil… ils ne connaissent pas ton visage et ne savent pas qui tu es. Ils ne peuvent te rappeler ni aller répéter à ton entourage ce que tu as dit.

Je crois qu’il serait vraiment utile d’avoir des conseillers qui ont vécu une dépression et qui s’en sont sortis, parce qu’ils savent ce que c’est.

[Les antidépresseurs] ne font en fait qu’attaquer la personne. On leur fait prendre toutes ces pilules et le problème demeure.

J’ai connu des personnes qui prenaient des antidépresseurs et elles en sont devenues dépendantes. Elles devaient en prendre tous les jours pour se sentir bien. Les antidépresseurs étaient devenus en quelque sorte leur drogue.

J’étais à mon cours d’art un jour lorsque ma professeure a fermé la porte et m’a dit : « J’ai su que tu prenais des antidépresseurs... Je crois que tu es une fille brillante et je ne voudrais pas que les médicaments faussent ton art. »

Je ne crois pas qu’il faut absolument prendre des médicaments pour [la dépression]. Je crois qu’il y a d’autres moyens, comme la nutrition, les vitamines et l’exercice. Je préfère les méthodes naturelles.

Comprenez-moi

Dans l’ensemble, les jeunes femmes trouvaient que la psychothérapie était une approche efficace et positive pour traiter la dépression. Si quelques-unes d’entre elles pensaient que les médicaments pouvaient apporter une certaine aide, la grande majorité se montraient réticentes envers les antidépresseurs. Leurs commentaires indiquent qu’elles se préoccupaient davantage de la façon dont les médecins les prescrivaient - parfois après seulement quelques minutes de consultation - et moins de leurs effets secondaires potentiels. Les jeunes femmes veulent qu’on les écoute. Si vous établissez une relation de confiance avec vos clientes, vous pourrez explorer calmement les risques et bienfaits des médicaments.

Certaines femmes préfèrent le counseling individuel alors que d’autres préfèrent les thérapies de groupe. Certaines désirent parler à un « professionnel » tandis que d’autres préfèrent se confier à d’autres femmes comme elles qui ont vécu une situation semblable. Demandez à votre cliente ce qu’elle préfèrerait avant de l’aiguiller vers une personne ou un service en particulier. Deux types de psychothérapies se sont révélés efficaces dans le traitement de la dépression : la thérapie cognitivo-comportementale et la thérapie interpersonnelle. Il y a des cas toutefois où la pharmacothérapie devient nécessaire, comme lorsqu’une jeune femme est suicidaire ou manifeste des symptômes aigus de dépression, en présence ou non de psychose.

Nous voulons savoir

Réponses des cliniciens aux questions des jeunes femmes sur les médicaments

Ces réponses visent uniquement à clarifier certaines questions entourant les médicaments. Veuillez consulter un professionnel de la santé pour obtenir plus de détails.

Q : Est-il toujours nécessaire de traiter la dépression à l’aide de médicaments ? Dans la négative, à quel moment cela le devient-il ?
R : En général, la médication n’est pas nécessaire. Cependant, lorsque la dépression est profonde, constante et entrave le fonctionnement normal d’une personne, la médication se révèle alors souvent nécessaire. Une approche efficace est de combiner counseling ou psychothérapie et médicaments. Il arrive aussi, lorsque la personne est vraiment mal en point, qu’il faille initier le traitement avec des médicaments avant de procéder à la psychothérapie.

Q : Comment évaluez-vous le besoin de médicaments chez un patient ?
R : Il faut souvent plusieurs séances avant de confirmer que la dépression ne se résorbe pas d’elle-même et d’en évaluer la gravité et la persistance. Avec l’accord de la jeune femme, les membres de sa famille peuvent alors fournir leurs impressions et leurs observations par rapport à sa dépression. Il est important de chercher à savoir ce qui se passe dans la vie de la jeune femme. Cela prend du temps.

Q : Pourquoi prescrit-on plus d’antidépresseurs aux femmes qu’aux hommes ?
R : La dépression est plus fréquente chez les jeunes femmes et ces dernières ont plus tendance à recourir à la consultation que les hommes. Les taux les plus élevés de dépression chez les jeunes femmes surviennent à la puberté et sont probablement d’origine génétique, biologique et psychologique, sans oublier les pressions sociales auxquelles font face les femmes.

Q : Pouvez-vous décrire le mécanisme d’action des antidépresseurs ?
R : Les antidépresseurs agissent sur les neurotransmetteurs (messagers chimiques) dans le cerveau, notamment sur la sérotonine, la noradrénaline et la dopamine. Certains médicaments ne visent qu’un de ces neurotransmetteurs alors que d’autres agissent sur plusieurs. L’effet thérapeutique est toutefois complexe et fait entrer en action d’autres agents chimiques dans les neurones (cellules nerveuses) qui sont essentielles au bon fonctionnement du cerveau. Les médicaments entraînent parfois des effets indésirables sur l’organisme, comme l’accélération de la fréquence cardiaque, de l’agitation, de l’anxiété, la perte ou l’augmentation de l’appétit, la prise de poids ou une baisse de libido. Les effets secondaires diffèrent selon les médicaments et n’affectent pas nécessairement tout le monde. Nous vous conseillons de vérifier auprès de votre médecin ou pharmacien pour vérifier si un symptôme est causé par vos médicaments.

Q : Les médias ont beaucoup parlé des dangers associés à la prescription de médicaments aux jeunes. Que devraient savoir les intervenants qui travaillent auprès des jeunes femmes à ce sujet ?
R : Les fournisseurs de service doivent être au courant des avantages et des inconvénients de ces médicaments et en parler avec les jeunes femmes et, si elles sont d’accord, avec leur famille. Ils doivent également parler des conséquences qui peuvent survenir si l’on s’abstient de prendre des médicaments. Dans la plupart des cas de dépression modérée à grave, il est plus avantageux et moins risqué de prendre des médicaments que de choisir de s’en passer et de continuer à souffrir des effets accablants de la dépression. Une meilleure humeur, la réussite scolaire et la sociabilité sont toutes des effets possibles des médicaments qui sont importants aux yeux de nombreux jeunes.

Les médicaments se sont révélés utiles pour alléger les symptômes de dépression. Nous savons que ces symptômes peuvent entraîner des idées suicidaires, qui sont parfois menées à terme. Il y a eu quelques cas où des personnes prenant des ISRS (inhibiteurs spécifiques du recaptage de la sérotonine) ont eu plus d’idées suicidaires et ont commis plus de tentatives. Au cours des essais cliniques, aucun suicide n’a pu être attribué clairement à la prise de ces médicaments. Les chercheurs tentent de découvrir si le suicide est vraiment un effet indésirable et, si c’est le cas, dans quelle mesure le médicament peut y contribuer. On ignore également les effets à long terme de la prise de ces médicaments sur un cerveau en pleine croissance. Jusqu’à présent, aucun changement permanent au cerveau chez les jeunes n’a pu être associé à la prise de ces médicaments. Le médecin et la personne elle-même doivent surveiller l’apparition des effets secondaires.

Remarque : L’âge n’est pas un facteur de risque dans l’administration des antidépresseurs. Les ISRS ont été utilisés avec succès et en toute sécurité chez des enfants de trois ans (pour l’autisme, pas la dépression) et sont très bien tolérés par les personnes de 93 ans. Le Compendium des produits et spécialités pharmaceutiques émet un avertissement au sujet de l’âge, mais seulement pour préciser que « l’innocuité et l’efficacité n’a pas été établie chez les personnes de moins de 18 ans ». Ceci ne veut pas dire que ces médicaments sont dangereux pour les enfants et les adolescents, mais plutôt qu’ils devraient faire l’objet de plus amples recherches chez ce groupe d’âge.

Soutenez-moi

Discutez ouvertement des options de traitement - dont les médicaments, la psychothérapie et d’autres pratiques culturelles - qui pourraient favoriser le rétablissement des jeunes femmes. Soyez conscients des préjugés et craintes entourant les médicaments. Prenez le temps de discuter franchement de ces questions et des préoccupations des jeunes femmes.

Renseignez-vous sur les méthodes adaptées aux jeunes femmes et les études de cas à ce sujet. Consultez entre autres les deux ressources ci-dessous. Leurs auteurs préconisent l’utilisation d’approches respectueuses à l’endroit des jeunes femmes :

  • prenez conscience de leurs forces et de leur résilience ;
  • explorez leur vécu et leurs sentiments ;
  • discutez du rôle que peuvent jouer les parents et autres membres de la famille dans ce type d’approche.

Pipher, M. Reviving Ophelia: Saving the Selves of Adolescent Girls, New York, Ballantine, 1994.

Lisez particulièrement le chapitre 13 portant sur l’écoute. L’auteure offre des suggestions concrètes sur la façon de parler aux jeunes filles. Elle donne aussi une liste de questions auxquelles elle leur demande de réfléchir.

Johnson, N.G. « On treating adolescent girls: Focus on strengths and resiliency in psychotherapy », Journal of Clinical Psychology, vol. 59, no 11 (2003), p. 1193-1203.

Dans cette étude de cas, l’auteur donne des exemples de questions à poser aux jeunes femmes.

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