Écoutez-moi
À mon avis, ce n’est pas tant ce qu’on peut faire dans les écoles mais plutôt ce qu’on doit changer. La mentalité des professeurs
est une des choses qui doit changer. Un des professeurs de mon école était raciste ; il se moquait, entre autres, de la chevelure
des filles de race noire… Je ne suis pas étonnée que tant de jeunes femmes soient déprimées. Il est difficile de réprimander
un professeur ; même le directeur adjoint avait les mains liées. Personne ne s’est objecté. Les professeurs ont cru qu’ils
pouvaient dire n’importe quoi.
La race et la culture nous définissent en grande partie, et c’est une question qu’il faut aborder dans le traitement de la
dépression. Le racisme intériorisé peut mener à la haine de soi.
De nombreuses jeunes femmes vivent du racisme intériorisé. C’est un facteur contribuant à la dépression que l’on peut changer.
Il faudrait donc suffisamment de médecins provenant de toutes les cultures pour que chacun y trouve son compte. Ainsi, les
minorités visibles et les personnes d’autres cultures pourraient parler franchement et se sentir enfin comprises. Ou du moins
que les médecins comprennent l’influence de la culture sur la façon dont se manifeste la dépression, notre manière de communiquer,
les convenances culturelles, et aussi l’influence des expériences quotidiennes de racisme et de discrimination sur le comportement.
Comprenez-moi
Selon la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, le racisme se définit
comme « toute distinction, exclusion, restriction ou préférence fondée sur la race, la couleur, l’ascendance ou l’origine
nationale ou ethnique, qui a pour but ou pour effet de détruire ou de compromettre la reconnaissance, la jouissance ou l’exercice,
dans des conditions d’égalité, des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans les domaines politique, économique,
social et culturel ou dans tout autre domaine de la vie publique. »
Il est important de comprendre ce qu’est le racisme intériorisé pour avoir une meilleure idée de ses nombreux effets sur les
jeunes femmes de couleur. Il peut être défini comme l’acceptation par les membres de races stigmatisées des messages négatifs
véhiculés sur leurs propres capacités et valeur intrinsèque. Comme toute oppression intériorisée, il est invisible. Les jeunes
femmes de couleur peuvent ne pas être conscientes des effets et de l’étendue de l’influence sur elles des messages sur la
race véhiculés par la société. De plus, elles peuvent avoir à faire face à plusieurs oppressions intériorisées simultanément,
par exemple le sexisme. Étant donné qu’elles sont bombardées de messages limitatifs, à la fois par rapport à leur race et
à leur sexe, cela peut conjuguer leurs effets dommageables sur la confiance qu’elles ont en leurs capacités et en leur valeur
intrinsèque.
Il est très difficile de se mettre véritablement à la place d’une autre personne ; on ne peut pas se mettre dans sa peau pour
comprendre pleinement son vécu, ses racines, son histoire, sa dynamique familiale ou l’influence de ses expériences du concept
social de « race ».
Si toutes les jeunes femmes luttent pour s’épanouir et développer un sentiment de soi, les jeunes femmes de couleur se heurtent
à des difficultés accrues, par exemple en se faisant étiqueter comme « autres », « différentes » ou même « étrangères ». Elles
peuvent avoir survécu à un racisme manifeste et se débattre contre ses effets.
De plus, il existe au sein du système scolaire des barrières découlant de stéréotypes accolés aux groupes raciaux et ethniques.
Par exemple, l’orientation, consciente ou non, des jeunes femmes vers des cours de nature générale ou moins exigeants sur
le plan intellectuel en fonction de la couleur de la peau et de l’ethnicité est non seulement contraire à l’éthique mais peut
entraîner une démotivation, la dépression et le décrochage. Les conseillers en orientation doivent plus particulièrement être
sensibilisés aux suppositions souvent inconscientes qui se cachent derrière les stéréotypes ethnoraciaux.
Pour surmonter les problèmes qu’elles trouvent accablants (et qui peuvent s’aggraver si on n’y fait pas face), les jeunes
femmes ont besoin d’être écoutées et de sentir que leurs préoccupations concernant le racisme sont reconnues, validées et
acceptées, sans représailles. L’estime de soi d’une jeune femme peut être malmenée et écrasée par les pressions subies pour
répondre aux attentes de sa famille et de la communauté, par les conflits intergénérationnels, par les expériences fréquentes
de discrimination, par les messages négatifs flagrants ou subtils véhiculés dans les médias et ailleurs sur sa religion, ses
antécédents ethnoraciaux ou son sexe, par les barrières systémiques à la réussite scolaire et professionnelle, et par sa lutte
pour atteindre un équilibre entre son héritage racial et la société dans laquelle elle vit.
Soutenez-moi
Les jeunes femmes de couleur n’abordent pas toujours le problème du racisme au moment de parler de leur dépression, peut-être
parce qu’elles ne savent pas si cela est approprié ou parce qu’elles l’ont intériorisé. Il est aussi possible que mentalement,
elles ne fassent pas le lien entre leurs expériences du racisme et la dépression ou, au contraire, que ce lien soit si évident
pour elles qu’elles ne voient pas la nécessité de le mentionner.
Une jeune femme de couleur se sentira plus à l’aise d’explorer la question du racisme et du racisme intériorisé lorsqu’elle
se sent comprise, soit parce que la personne avec qui elle discute a vécu les mêmes difficultés ou soit parce qu’elle lui
montre qu’elle comprend le racisme et le rôle que joue le privilège de la race dans le maintien du racisme.
Les jeunes femmes ont mentionné l’absence de représentants de leur culture ou de leur race parmi les professionnels de la
santé. Essayez d’atteindre une meilleure représentativité au moment d’embaucher du personnel afin que les jeunes femmes de
couleur puissent parler à des gens qui comprennent leurs difficultés face au racisme.
Les jeunes femmes ont aussi suggéré d’adopter une approche plus proactive mettant l’accent sur notre responsabilité de conscientisation
plutôt que sur les personnes dépressives. Par exemple, vous pouvez réfléchir au privilège que vous confère ou non votre race
dans la société. Renseignez-vous sur le privilège de la race et sur les répercussions du racisme chez les jeunes femmes. Posez-vous
des questions sur le racisme et l’oppression intériorisés. Renseignez-vous sur les politiques de lutte contre le racisme et
le harcèlement ainsi que sur les ressources disponibles dans les écoles et les milieux de travail.
Ces démarches vous aideront à écouter de façon sincère et respectueuse les jeunes femmes lorsque vous les invitez à parler
ouvertement du racisme et de ses répercussions sur leur vie. Les participantes du projet validity ont clairement souligné
le besoin de services plus sensibles à la culture et aux aspects raciaux de leur vie. Offrez aux jeunes femmes des endroits
sûrs où elles peuvent parler de leurs difficultés et où elles se sentiront comprises.
Pour de plus amples renseignements, consultez les ressources suivantes :
Diversité et multiculturalisme, site Web de Patrimoine canadien
http://www.pch.gc.ca/pc-ch/sujets-subjects/divers-multi/index_f.cfm
Ce site comporte plusieurs sections, dont une sur la lutte contre le racisme.
Fondation canadienne des relations raciales
4576, rue Yonge, bureau 701, Toronto (Ontario) M2N 6N4
Tél. : 1 888 240-4936 (sans frais) ou 416 952-3500 dans la région de Toronto
Téléc. : 1 888 399-0333 (sans frais) ou 416 952-3326 dans la région de Toronto
Courriel : info@crr.ca
http://www.crr.ca
Cette fondation octroie des subventions pour la recherche et les initiatives sur la lutte contre le racisme. Son site Web
propose des fiches de renseignements et des bibliographies.
Institut canadien de recherche sur les femmes
http://www.criaw-icref.ca/indexFrame_f.htm
Ce feuillet de renseignements de l’ICREF donne un aperçu du racisme vécu par les femmes en fournissant des statistiques et
des données de recherche ainsi que des ressources et l’action proposée.
L’antiracisme et l’équité ethnoculturelle dans les conseils scolaires
http://www.edu.gov.on.ca/fre/document/curricul/antiraci/antirf.html
Le Comité canadien d’action sur le statut de la femme (CCA)
234, avenue Eglinton Est, bureau 203, Toronto (Ontario) M4P 1K5
Tél. : 416 932-1718
Téléc. : 416 932-0646
Courriel : nac@web.ca
http://www.nac-cca.ca
Les lignes directrices du CCA sur la lutte contre le racisme et la discrimination représentent un modèle intéressant duquel
on peut s’inspirer.
Service d’information antiracisme
www.antiracism-info.org
Ce site, offert en français, en anglais et en espagnol, vise à mieux faire connaître la Déclaration universelle des droits
de l’Homme et la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale.
The National Resource Center for the Healing of Racism
www.nrchr.org/default.asp
Ce site propose de nombreuses ressources sur la lutte contre le racisme et le racisme intériorisé.
Across Boundaries
A Guide to Anti-Racist Organizational Change in the Health and Mental Health Sector, Toronto, 1997.
Almeida, R.V. (éd.). Transformations of Gender and Race: Family and Developmental Perspectives, New York, Haworth, 1998.
Un ouvrage vise à aider les thérapeutes et les travailleurs sociaux à aborder les questions de race, de classe sociale, de
sexe, d’hétérosexisme et de culture dans le cadre de la thérapie conjugale ou familiale.
Bui, K. Racism and Mental Health, London, Jessica Kingsley, 2002.
Campbell, D., et B. Dhaliwal. Défiez les présomptions !, Toronto, La Commission des étudiants.
Il s’agit d’une trousse féministe antiraciste, créée par et pour des jeunes femmes, qui aborde les questions du travail, des
médias, de l’estime de soi, de l’image corporelle, de la violence sexuelle, du racisme, du sexisme et de l’activisme dans
une perspective canadienne et planétaire. Offert aussi en anglais.
http://www.nrchr.org/default.asp
Canada, Santé et Bien-être social et Multiculturalisme et Citoyenneté. Puis… la porte s’est ouverte : problèmes de santé mentale des immigrants et des réfugiés, rapport du Groupe chargé d’étudier les problèmes de santé mentale, Ottawa, 1988.
Comité canadien d’action sur le statut de la femme. Anti-Racism Educational Kit, Toronto, 2000.
Un recueil de matériel photocopié pour appuyer la conscientisation sur la lutte contre le racisme.
Cummings, C.M., A.M. Robinson et G.E. Lopez. « Perceptions of discrimination, psychosocial functioning and physical symptoms
of African American women », dans Wings of Gauze: Women of Colour and the Experience of Health and Illness, sous la direction de B. Blair et S.E. Cayleff, Detroit, MI, Wayne State University Press, 1993, p. 53-67.
Derman-Sparks, L., et C. Brunson Phillips. Teaching/Learning Anti-Racism: A Developmental Approach, New York, Teachers College Press, 1997.
Fernando, S. Cultural Diversity, Mental Health and Psychiatry: The Struggle Against Racism, London, Brunner-Routledge, 2003.
Hong Fook Mental Health Association. Cultural Diversity and Mental Health: Families in Transition, Toronto, 2000.
Kafele, K. Racism and Mental Wellness: African Canadians Reconnecting the Circle. A Community Report, manuscrit non publié, 2003.
Pour plus de renseignements, communiquez avec Kwasi Kafele du Centre de toxicomanie et de santé mentale.
Tél. : 416 535-8501 ext. 6539
Courriel : www.nrchr.org/default.asp
Kafele, K. La discrimination raciale et la santé mentale : les communautés racialisées et autochtones, Toronto, Commission ontarienne des droits de la personne, 2004.
Disponible à http://www.ohrc.on.ca/french/consultations/race-policy-dialogue-paper-kk.shtml. Consulté le 26 octobre 2005.
Kirmayer, L. J. « Suicide attempts of Canadian Aboriginal peoples », Transcultural Psychiatric Review, vol. 31, 1994, p. 3-45.
Lee, E., D. Menkart et M. Okazawa-Rey (éd.). Beyond Heroes and Holidays: A Practical Guide to K - 12 Anti-Racist, Multicultural Education and Staff Development, Washington, DC, Network of Educators on the Americas, 1998.
Ng, R., P. Staton et J. Scane (éd.). Anti-Racism, Feminism, and Critical Approaches to Education, Toronto, OISE Press, 1995.
Razack, S. Looking White People in the Eye: Gender, Race and Culture in Courtrooms and Classrooms, Toronto, University of Toronto Press, 1998.
Taylor, J.M., C. Gilligan et A. Sullivan. Between Voice and Silence: Women and Girls, Race and Relationships, Cambridge, MA, Harvard University Press, 1997.
Women’s Health in Women’s Hands. Racial Discrimination as a Health Risk for Female Youth: Implications for Policy and Healthcare delivery in Canada, Toronto, Fondation canadienne des relations raciales, 2003.
Disponible à http://www.whiwh.com/Research/ePub_RacialDiscrimination.pdf.
Consulté le 1er septembre 2005.