Dans cette section :

Je m’appelle Emandauwqua et Guawannaknowl ou Neva Jane. Je suis une Anishinabe de la Première nation Cheppewa (Ojibway), et
aussi Hodenashonee de la Première nation Oneida. Je fais partie du clan de la tortue et de celui du loup. Je suis à la fois
fille, sœur, mère, épouse, aide communautaire et amie.
J’ai vécu une période très difficile il y a environ six ans. J’ai souffert du blues du post-partum après avoir sevré mon bambin.
Je me demandais pourquoi je me sentais si seule, si triste, en colère et malheureuse. Dieu merci, ma famille et ma communauté
m’ont beaucoup aidée à prendre conscience de ce qui m’arrivait. Je gardais tout en dedans ; je ne voulais pas que les autres
se rendent compte de mes sentiments. Ceci m’épuisait, au point d’en tomber malade. J’ai passé quelques années à panser piètrement
mes blessures et me sentais toujours aussi déprimée. Je pensais au suicide et j’ai même posé des gestes suicidaires. J’ai
enfin pris conscience de mes sentiments et ai voulu m’en sortir.
Je suis allée à un pavillon de ressourcement où j’ai pu parler et exprimer mes sentiments ; j’ai aussi levé le voile sur des
douleurs et blessures d’enfance. Je viens d’une famille dysfonctionnelle et je reproduisais des générations de comportements
malsains. J’ai fait un grand ménage intérieur durant le programme de trois semaines au pavillon de ressourcement. J’ai appris
que je devais prendre mieux soin de moi et me faire passer en premier. Lorsque j’étais à plat, on me disait : « Reprends du
mieux car tes enfants ont besoin de toi. » Ceci ne m’aidait en rien ; cela m’indiquait que je venais au deuxième rang. Je
devais me trouver du temps à moi ; je devais prendre des dispositions pour avoir du temps pour moi. Maintenant, ça fait partie
de mes priorités de me réserver du temps.
Le stress occupait une grande place dans ma vie. Le stress peut physiquement affaiblir notre système immunitaire et jouer
sur notre alimentation et notre sommeil. C’est l’effet qu’il a eu sur moi, entraînant avec lui un raz-de-marée de problèmes
et de sentiments.
Je voudrais dire aux professionnels de la santé, fournisseurs de service et intervenants auprès des jeunes femmes de les écouter
et de faire preuve de patience à leur égard. Posez-leur des questions, soyez francs et sincères avec elles. Reconnaissez leurs
sentiments. Soyez holistiques dans votre approche : traitez-les au plan physique à l’aide d’un régime alimentaire et de vitamines
; au plan mental à l’aide de counseling, de lectures et d’un journal personnel ; au plan émotif à l’aide de soins de relève,
de massages, de guérisseurs holistiques et au plan spirituel à l’aide du processus de guérison traditionnel, de soutien confessionnel,
de promenades en plein air, etc.
Si vous le pouvez, aiguillez-les vers tous les spécialistes que vous connaissez. Misez sur leurs forces et non sur leurs faiblesses
; si une d’elles a un penchant artistique, aiguillez-la vers l’art thérapie. Ayez une approche exhaustive.
Il m’était très difficile de travailler, de prendre soin de ma famille et de moi-même. Cela commençait à se ressentir dans
toutes les sphères de ma vie. J’étais complètement dépassée. Je suis allée voir mon médecin en pleurs et lui ai expliqué en
détail que j’avais besoin d’un congé lié au stress. Il a refusé et m’a dit que je devrais plutôt continuer à travailler, puis
m’a prescrit des antidépresseurs. J’ai quitté son cabinet sans avoir été aidée ou qu’on ait pris en considération ce que je
ressentais. J’attendais bien plus de mon médecin ; il aurait dû me recommander à un praticien de médecine holistique, exiger
un examen sanguin et me laisser savoir qu’il se préoccupait de mon état. J’ai fait remplir l’ordonnance, mais me sentais pire
qu’avant. J’ai donc cessé de prendre les antidépresseurs.
Ma famille et les guérisseurs de ma communauté sont ceux qui m’ont vraiment aidée. Comme je n’ai pu obtenir de congé de mon
médecin, j’ai quitté mon emploi. J’étais complètement désemparée et ne pouvais m’occuper de mes enfants, faire à manger et
nettoyer la maison. J’étais inutile. Ma mère m’a emmenée voir un guérisseur traditionnel qui m’a donné un plan d’autotraitement
très simple. Je devais prendre des bains de pieds dans l’eau salée chaude pendant deux heures, deux fois par jour. Je devais
aussi boire quatre verres d’eau et de jus de citron par jour et autant de tisane de cèdre que je le pouvais. Je devais me
nourrir de soupes à base de bouillon d’os. Ma mère a emménagé chez moi pendant quelques semaines pour s’occuper des enfants
et de la maison. Au bout d’une semaine de ce traitement, je me sentais déjà mieux à 200 p. 100.
Mon premier bain de pieds n’a pas été des plus agréables. Il m’a tellement drainée que mon mari a dû m’aider à m’étendre sur
le canapé. Il a appelé ma tante qui est aide communautaire. Elle m’a examinée et a expliqué à mon mari l’état de mon épuisement.
Trois régions de mon corps étaient à leur plus bas. Je les entendais parler de moi, mais étais incapable de réagir. Ma tante
m’a dit de me reposer pour la nuit, mais je me suis réveillée le lendemain en douleurs. Mon mari a rappelé ma tante qui est
arrivée rapidement accompagnée de mon oncle. Ils m’ont massée avec du cèdre et ont rassuré mon mari qui était très effrayé
par mon état.
Ils m’ont beaucoup aidée, mais surtout, ils m’ont permis de prendre conscience que c’était à moi de choisir entre vivre en
douleurs ou vivre sans douleur et heureuse. J’ai choisi de vivre heureuse.
Je devais donc continuer mon autotraitement et me débarrasser des douleurs de mon passé pour vaincre ma dépression et les
autres problèmes qui m’assaillaient. Au cours des semaines suivantes, j’ai confié à mes proches tout ce qui me faisait mal
et leur ai demandé pardon pour toute la souffrance que j’avais pu leur causer. C’est quelque chose que je devais faire pour
moi. J’avais des besoins inassouvis depuis mon enfance et avais de fausses croyances sur moi-même. Je croyais entre autres
devoir être parfaite. Il est insensé pour une jeune femme de vouloir atteindre la perfection. C’est un objectif épuisant.
Il ne m’a rendue que malheureuse. Je visais la perfection depuis mon tout jeune âge, car je recherchais la reconnaissance
de mes parents que j’aimais. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui, comme moi, ont fait appel à de l’aide pour devenir
des personnes plus saines. J’ai pu leur parler souvent de mes besoins inassouvis et de mes croyances sur moi-même durant mon
enfance, et ils m’ont aidée à comprendre notre dynamique familiale.
Les professionnels de la santé occidentaux sont différents des guérisseurs traditionnels en ce sens que les premiers ne prennent
au sérieux que les signes physiques du patient. S’il se présente avec un bras cassé, le médecin occidental reconnaît sa douleur
; s’il présente de la fièvre, le médecin observe les autres symptômes afin de poser un diagnostic et traiter le mal. Lorsque
je suis allée voir mon médecin, il n’a pas pris en considération mes symptômes, car ils n’étaient pas physiques. Un guérisseur
traditionnel traite le patient dans sa globalité : physiquement, mentalement, émotionnellement et spirituellement. Le guérisseur
traditionnel vient aussi en aide à sa famille, car croyez-le ou non, si un membre d’une famille vit une dépression, toute
la famille est touchée. Pour composer avec la situation, elle adopte des mécanismes d’adaptation qui peuvent à la longue devenir
dysfonctionnels. Il faut s’attarder aux sentiments de tous les membres de la famille, les rassurer et leur faire comprendre
la dépression que vit leur proche.
Je suis devenue une personne plus saine depuis les six dernières années. J’ai appris des techniques d’adaptation et acquis
des aptitudes quotidiennes pour mener une vie équilibrée et non dépressive. Je participe donc à des cercles de la parole entre
femmes, j’utilise des méthodes de relaxation et de déblocage émotionnel, j’assiste à des cérémonies traditionnelles, je prends
des marches de santé, je pratique mon plan d’autotraitement, je côtoie des personnes positives, je m’absorbe dans des passe-temps
et je vais à l’école. Je mesure mes efforts à la maison, au travail et dans ma vie sociale pour éviter le stress. J’ai dû
laisser tomber mon bénévolat dans des comités et conseils d’administration de groupes de réseautage provincial pour faire
plus de place à mes besoins personnels, à ma famille et à la vie en général. J’en faisais beaucoup trop avant. Lorsque j’ai
quitté mon emploi d’intervenante en soutien familial, j’ai pris les choses tranquillement. On m’a offert des emplois contractuels
et des petits emplois dans la restauration. Je les ai essayés et quand le contrat se terminait, je prenais une pause. Lorsque
j’ai eu l’impression de pouvoir occuper un emploi tout en gardant un juste milieu entre vie de travail et de famille, j’ai
postulé un emploi à temps plein. Je travaille actuellement comme éducatrice de la petite enfance et je profite de la souplesse
des horaires et du soutien que je reçois au travail. Je n’hésiterai jamais plus à abandonner un travail qui nuit à mon bien-être
physique, mental, émotif et spirituel. Nous devrions toutes savoir que nous avons toujours le choix dans la vie. Nous pouvons
choisir de vivre sainement et de nous faire du bien.
J’ai choisi de vivre et d’être heureuse et je ne voudrais jamais y renoncer pour prendre des médicaments—qui ont empiré mon
état—et revivre une dépression. J’ai repris mes études pour devenir travailleuse sociale. Je devrais recevoir mon diplôme
en janvier 2006. Le programme de mon école avait une composante autochtone. Au cours de mes trois années d’études, j’ai eu
l’occasion de me décharger des souffrances de mon passé. J’ai choisi de laisser tomber les anciennes façons de faire et la
douleur. Je devrai poursuivre ce processus de guérison jusqu’à ce qu’il fasse partie intégrante de ma vie. Ce processus m’a
permis d’être qui je suis aujourd’hui.
