Publications

A l'écoute

Écoutez-moi, Comprenez-moi, Soutenez-moi : Ce que veulent nous dire les jeunes femmes sur la dépression

Personnellement, je sais que le fait de me comparer aux top modèles a fait chuter mon estime de moi, ma confiance en moi, mon sentiment d’identité et de valorisation et, éventuellement, ma joie de vivre, mon amour-propre et mon bonheur, sans compter ma santé. Je suis devenue cliniquement déprimée alors que j’étais déjà aux prises avec un trouble de l’alimentation.

J’ai vécu une période très difficile il y a environ six ans. J’ai souffert du blues du post-partum après avoir sevré mon bambin. Je me demandais pourquoi je me sentais si seule, si triste, en colère et malheureuse.

Nous sommes tous, en quelque sorte, définis par nos relations, et si toutes les relations que nous entretenons ne sont pas conformes à ce que nous voulons qu’elles soient… cela a un effet sur nous parce que cela influence ce que nous sommes. Si nous ne pouvons établir le contact avec d’autres personnes, nous sommes automatiquement perdus et isolés.

La race veut dire tant de choses. La couleur de la peau est une de ses premières caractéristiques. L’habillement en est une autre. Certaines personnes sont si fières de qui elles sont, de leur patrimoine. Mais pour d’autres personnes, comme moi, il est plus difficile de s’affirmer, car on ne réalise pas que la race nous définit.

Pour bien des lesbiennes, c’est très difficile parce qu’elles ne sont probablement pas devenues ce que leurs parents voulaient qu’elles deviennent. J’ai eu beaucoup de difficulté à assumer cela. Ma mère s’attendait à ce que je sois une personne différente de celle que je suis devenue. De plus, la société s’attend à ce que les femmes trouvent un homme et se marient.

On les remarque instantanément lorsqu’on met les pieds dans n’importe quelle école secondaire du pays : les cliques qui peuvent enrichir ou ruiner la vie scolaire d’une jeune fille. C’est une énorme pression, car le groupe avec lequel une jeune fille se liera d’amitié déterminera son statut à l’école. L’acceptation de ses pairs et le statut d’élève « cool » peuvent s’avérer les plus importants motivateurs chez certains jeunes. Lorsque vous travaillez auprès de jeunes filles, vous devez comprendre la pression sociale qu’elles vivent pour comprendre leur dépression.

« Tu n’es pas assez bonne! » « Tu n’es pas capable. » « Tu peux faire mieux. » « Pourquoi ne pourrais-tu pas être comme… » Les parents pensent souvent que leurs critiques aideront leurs enfants à mieux réussir. Ils ne réalisent pas que ce genre de « motivation » nous colle à la peau et que plus nous les entendons, plus nous y croyons.

Je m’appelle Emandauwqua et Guawannaknowl, ou Neva Jane. Je suis une Anishinabe de la Première nation Cheppewa (Ojibway), et aussi Hodenashonee de la Première nation Oneida. Je fais partie du clan de la tortue et de celui du loup. Je suis à la fois fille, sœur, mère, épouse, aide communautaire et amie. Je suis allée à un pavillon de ressourcement où j’ai pu parler et exprimer mes sentiments ; j’ai aussi levé le voile sur des douleurs et blessures d’enfance.

Mes parents n’arrivaient pas à composer avec mes émotions, surtout la tristesse et la colère. Enfant unique et seule handicapée de la famille, j’aurais aimé pouvoir compter sur un adulte aimant et affectueux qui aurait pu valider mes sentiments et ce que je vivais. Mes parents, comme bien des parents d’enfants handicapés, faisaient tout pour me donner une vie aussi « normale » que possible. Ce qui fait que mon handicap a fini par me consumer entièrement.

On se sent parfois accablée par les tâches à accomplir qui s’accumulent. On a quelque chose à faire et on retarde, on retarde, puis, tout d’un coup, tout déborde…et on ne peut pas tout faire si on n’a pas beaucoup de soutien, en particulier lorsqu’on a un bébé. C’est la même chose quand on est seule. On devient très déprimée parce qu’on ne peut pas sortir avec ses amis et qu’il faut rester à la maison avec le bébé qui pleure, qui a tellement besoin de sa mère et qui y est tellement attaché à nous. On ne peut pas se débarrasser de lui quand on le voudrait, ou prendre son baluchon et partir, vous comprenez?

Les parents ont une telle influence sur nos vies. Certains s’adaptent plus facilement à d’autres cultures et d’autres suivent à la lettre leur religion et leur culture. Ces religions strictes dictent les soins médicaux et les types de relations acceptables, même jusqu’à l’usage des tampons. Certaines valorisent encore les mariages arrangés. Nous sommes constamment tiraillés par les pressions culturelles exercées par nos amis, notre famille et surtout par nous-mêmes.

J’aurais probablement pu recevoir un diagnostic de dépression vers l’âge de 14 ans, mais je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Je me croyais seulement triste face à ma situation. Ce n’est que lorsque j’ai quitté la maison que j’ai vraiment eu le temps de songer à ma vie, à ce que j’avais vécu et à ce que j’avais subi.

Je crois que de nombreuses jeunes femmes noires vivant une dépression sont considérées comme étant colériques, agressives et violentes. Si le médecin ne comprend pas pleinement le rôle que jouent la culture et la race dans la façon dont vous vous exprimez, alors il pourra sous-estimer ou passer outre des maladies comme la dépression. Les femmes noires ont beaucoup de difficulté à trouver un médecin qui peut les comprendre… Malheureusement, bien peu d’entre nous avons le privilège de pouvoir compter sur un médecin qui comprend notre réalité ethnique et culturelle.

Il serait peut-être utile d’éduquer le public plutôt que de s’attarder uniquement aux personnes dépressives; il faudrait expliquer ce qu’est la dépression aux personnes qui n’en souffrent pas pour qu’elles jugent moins et soient plus compréhensives.

Écoutez-moi, Comprenez-moi, Soutenez-moi

Liens apparentés