Écoutez-moi, Comprenez-moi, Soutenez-moi : Dans Leurs Mots: Récits, conseils et sagesse de jeunes femmes
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Je suis une lesbienne atteinte d’infirmité motrice cérébrale athé- tosique. Je me déplace en fauteuil roulant motorisé. Je
suis aux prises avec la dépression et le trouble de stress post-traumatique et vois une thérapeute depuis bientôt neuf ans.
Mon handicap physique n’a jamais été source de questionnement, sauf à l’occasion, dans le contexte de mon problème principal,
la violence psychologique.
La violence psychologique aurait existé dans ma famille, que je sois handicapée ou non, mais ma situation intensifiait le
problème. Mes parents n’arrivaient pas à composer avec mes émotions, surtout la tristesse et la colère. Enfant unique et seule
handicapée de la famille, j’aurais aimé pouvoir compter sur un adulte aimant et affectueux qui aurait pu valider mes sentiments
et ce que je vivais. Mes parents, comme bien des parents d’enfants handicapés, faisaient tout pour me donner une vie aussi
« normale » que possible. Ce qui fait que mon handicap a fini par me consumer entièrement. À l’âge de trois ans, je m’étais
totalement repliée sur moi-même. Ma « vraie » vie, je la vivais dans ma tête. J’ai donc développé d’excellentes aptitudes
dissociatives. Il m’arrivait même de confondre la réalité avec mon monde imaginaire. Adolescente, alors que je lisais des
livres sur la psychologie, je me suis rendu compte que cette vie imaginaire me servait en quelque sorte de parents. Cette
dissociation m’a causé néanmoins bien des problèmes psychologiques et émotifs. J’ai un jour décidé que la thérapie serait
ma façon de me guérir.
Une fois à l’université, je me suis cherchée une thérapeute. J’en ai consulté quelques-unes avant de m’arrêter sur ma thérapeute
actuelle. Elles étaient toutes incommodées par mon handicap. L’une d’elles était lesbienne et non handicapée. Cela n’a pas
fonctionné, car dès notre première rencontre, elle m’a demandé : « Alors, quel est votre problème ? » Alors que je lui expliquais
ce qui m’amenait, elle m’a arrêtée et m’a posé de nouveau la question en fixant mon fauteuil roulant. Je n’en croyais pas
mes oreilles, car je pensais que tous les thérapeutes, et surtout une lesbienne, n’auraient aucun problème avec les personnes
qui ont un handicap. Une autre thérapeute avait un handicap physique et était hétérosexuelle. Je l’ai laissée elle aussi car
durant nos rencontres, elle ne cessait de me raconter ses expériences. J’avais besoin d’une « véritable » thérapie, pas d’entraide
entre pairs.
Si on validait les expériences des jeunes femmes, elles ne seraient pas dépressives. Les fournisseurs de services doivent
écouter leurs clientes, même si elles ont des problèmes d’élocution. Le thérapeute ne devrait pas orienter la thérapie sur
le handicap physique. Il est essentiel de traiter une cliente qui a un handicap comme toute autre cliente et lui laisser déterminer
ses propres objectifs. Il doit se montrer patient envers elle, car elle n’est peut-être pas habituée à voir son expérience
validée. La cliente doit croire, peu importe son handicap, que sa vie a un sens. On doit lui donner les outils pour composer
avec le jugement des gens. Bref, on doit la considérer comme une personne à part entière.