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Quand on ne voit pas d'issue - Ida

Écoutez-moi, Comprenez-moi, Soutenez-moi : Ce que veulent nous dire les jeunes femmes sur la dépression

Dans cette section :

Je me souviens du jour où une conversation, entre deux camarades de classe a attiré mon attention. J’étais alors en 4e année du secondaire :

« Je ne crois pas qu’on devrait permettre les mariages entre personnes de même sexe ; ce n’est pas bon pour la société. »

« C’est contre nature. C’est dégoûtant. Penses-y, ils vont essayer de nous convertir. »

Cette conversation m’a rendue folle de rage et des milliers de questions se bousculaient dans ma tête : Que connais-tu des queers ? Qu’y a-t-il de mal aux mariages gays ? Pourquoi vous tous, hétéros, vous en prenez-vous toujours à nous ?

L’homosexualité existe depuis le début des temps. « Les sociologues et anthropologues ont documenté des comportements homosexuels dans tous les pays du globe, même dans les tribus qui n’avaient jamais eu de contact avec l’homme blanc jusqu’à l’arrivée des anthropologues, » a écrit Peter McWilliams dans son livre Ain’t Nobody’s Business If You Do.

Cependant, en raison des croyances des gens, surtout véhiculées par les religions qui considèrent comme un péché ce choix de vie, de nombreux queers font face à la discrimination et à l’oppression.

À l’adolescence, les queers sont souvent l’objet de ridicule, d’intimidation et de raclées. Certains parents chassent même leurs enfants de la maison pour un état qu’ils ne peuvent changer. Il s’agit de situations que bien des hétérosexuels n’auront jamais à vivre. Les hétéros ne ressentent pas le besoin de se renseigner sur l’orientation sexuelle ; les jeunes hétéros n’ont pas à s’interroger sur ce qu’est la vie dans la peau d’un queer ; et surtout, lorsqu’on fait allusion à l’oppression dans la société, on fait rarement cas des gays et des lesbiennes.

Même si les queers ne comptent que pour 10 p. 100 de la population adolescente, selon le ministère américain de la santé, le tiers des suicides chez les jeunes sont commis par les gays et les lesbiennes.

Voici un extrait de mes écrits remontant à deux ans :

Je ne peux m’empêcher de haïr ma vie et tout ce que je dois subir. Je ne cesse de me demander : Pourquoi, mais pourquoi donc ? Pourquoi ne puis-je être normale comme le reste du monde ? Pourquoi dois-je vivre toute cette merde ? Je me cache le visage dans les mains. Je n’en peux plus. Mon visage brûle. Une immense boule se forme dans ma gorge. Mes yeux se noient dans les larmes qui coulent le long de mes joues. Les pleurs me secouent interminablement. Après ce qui m’a semblé des heures, je relève enfin la tête et regarde le couteau qui attend paisiblement devant moi. La lame miroite sous le clair de lune. Je saisis le couteau et le dirige vers ma main droite. J’approche la lame de mon poignet. Elle coupe délicatement la première couche de peau pâle. Un liquide rouge en jaillit et dégouline le long de mon bras. Et ce n’est que lorsque mes larmes entrent en contact avec la blessure que je ressens la brûlure.

« Le suicide est un acte désespéré », explique la conseillère d’orientation du Jarvis Collegiate Institute, Mme Fricker. « Il survient lorsque les gens ne trouvent pas d’autres solutions, qu’ils ne pensent pas pouvoir changer d’orientation sexuelle, qu’ils ne voient pas d’autres issues. Ils croient devoir s’échapper en raison de leur nature. Ils en viennent à désespérer d’une situation pour laquelle ils ne peuvent rien. Je crois que la jeunesse gaie et lesbienne est le groupe qui souffre le plus. Ils souffrent davantage au plan psychologique et émotif parce qu’on ne reconnaît pas qui ils sont. »

Les jeunes queers ne croient pas pouvoir exercer un contrôle sur leur orientation sexuelle. C’est juste quelque chose qui leur arrive. Et étant donné toutes les connotations négatives associées à l’attirance vers une personne de même sexe, c’est une réalité difficile à accepter. Les jeunes gays et lesbiennes doivent souvent vivre avec le déni, la confusion, la dépression et la frustration au cours de leur cheminement pour comprendre leurs propres sentiments « immoraux ».

« Les Américains hétéros ont besoin de se faire attendrir le cœur et l’âme. Ils doivent comprendre—en premier lieu—ce qu’on peut ressentir à nier pendant des années sa propre réalité, à garder le silence en classe, aux repas et à l’église lorsque des gens que vous aimez lancent en l’air des remarques qui vous blessent au plus profond de votre âme », a écrit Bruce Bawer dans The Advocate (le 28 avril 1998).

Lorsque les gens comprendront enfin ce que les jeunes queers doivent endurer chaque jour de leur vie, alors peut-être les gays et lesbiennes souffriront-ils moins et pourront-ils vivre dans un milieu plus sécuritaire et plus sain, et ne songeront-ils plus à prendre la voie de l’autodestruction.

Écoutez-moi, Comprenez-moi, Soutenez-moi

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