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Attentes sur le plan culturel

Écoutez-moi, Comprenez-moi, Soutenez-moi : Ce que veulent nous dire les jeunes femmes sur la dépression

Écoutez-moi

Il paraît qu’on ne peut choisir ses parents, sa religion ou son sexe. Et si on pouvait ? Depuis mon plus jeune âge, je me demande constamment « comment auraient pu être les choses si… ». Mes parents m’auraient-ils traitée différemment si j’avais été un garçon ? Ou bien, les garçons m’auraient-ils mieux aimée si j’avais été une blonde aux yeux bleus ?... Peut-être est-ce un réflexe conditionné ou bien le besoin d’être comme tout le monde, mais venant d’une communauté très diversifiée, je n’ai jamais été fière de mon origine vietnamienne… Certaines personnes sont si fières de qui elles sont, de leur patrimoine.

D’autres cultures ont des règles plus strictes; c‘est beaucoup plus difficile pour [les parents] d’imposer ces règles lorsqu’ils vivent au Canada. Les enfants disent : « Mes amis n’ont pas à faire cela. »

Nos parents ont dû travailler tellement fort à leur arrivée au Canada et dans leur propre pays. Leur vie a été dure alors ils n’ont pas conscience de nos problèmes. [Leurs] propres difficultés étaient une source de tristesse.

Je crois que de nombreuses jeunes femmes noires vivant une dépression sont consi-dérées comme étant colériques, agressives et violentes. Si le médecin ne comprend pas pleinement le rôle que jouent la culture et la race dans la façon dont vous vous exprimez, alors il pourra sous-estimer ou passer outre des maladies comme la dépression. Les femmes noires ont beaucoup de difficulté à trouver un médecin qui peut les comprendre.

Nous devons voir plus de médecins de différentes origines dans les centres de santé communautaires, les hôpitaux et les cliniques. Les écoles et les centres de jour devraient aussi avoir du personnel venant des quatre coins du monde.

C’est encore plus dur pour moi qui vient d’une autre culture et qui vit au Canada parce que ma famille s’attend à ce que je [me conforme] aux règles de mon pays d’origine, pas celles du Canada… J’ai une très grande famille…Ils sont partout, alors j’essaie de m’enfuir, en quelque sorte.

Comprenez-moi

À quoi ressemble la vie d’une jeune femme aujourd’hui ? La culture, la race, la langue et la religion sont des facettes importantes de l’identité de toute jeune femme. Il est très important d’examiner les questions d’identité, les attentes et les expériences positives et négatives de la jeune femme par rapport à ses racines, sa langue, sa race, sa religion ou sa culture afin de comprendre pleinement sa réalité dans le cadre de son contexte social et familial. Nous encourageons l’exploration des attentes sur le plan culturel qui s’appliquent à toutes les jeunes femmes qui ont des racines, une langue ou une religion différentes par rapport à leur environnement et qui peuvent entrer en conflit avec les attentes de leurs parents ou miner, de quelque façon que ce soit, leur épanouissement en tant qu’adultes autonomes.

Nous sommes tous le produit de notre environnement et de notre éducation, de nos croyances, valeurs, attitudes, habitudes et traditions qui nous sont transmises de génération en génération. Toutefois, nombre de ces éléments culturels évoluent au fil du temps et diffèrent radicalement selon l’endroit. Les jeunes femmes dont les parents ont des croyances, valeurs, attitudes, habitudes et traditions très différentes de celles de leur entourage—y compris les amis et enseignants et les médias—peuvent se sentir déchirées. Il arrive que les parents s’attendent à ce qu’elles adoptent certains comportements et rôles très différents que ce qui est considéré comme « normal » dans la société canadienne. Cette situation peut être particulièrement difficile pour les jeunes femmes, qui sont souvent contraintes par les règles de n’importe quelle culture.

S’il existe des traditions qui encouragent le développement sain des jeunes femmes, toutes, sinon presque toutes les cultures véhiculent certains stéréotypes contradictoires qui imposent des limites aux jeunes femmes. La culture dominante encourage les jeunes femmes à être émotives (mais à ne pas afficher de la colère), à être attirantes et sensibles aux avances des hommes (mais la grossesse à l’adolescence est condamnée et la contraception parfois découragée) et à dépendre des autres (mais à en prendre soin). En outre, en raison de stéréotypes associées à certaines cultures (p. ex. le fait de considérer les Noires comme des femmes fortes pouvant faire face à n’importe quelle difficulté émotive), les jeunes femmes peuvent avoir encore plus de difficulté à exprimer leurs émotions de colère et de tristesse et à composer avec elles au quotidien, à reconnaître la dépression et à obtenir de l’aide. Lorsque les pleurs ou la tristesse sont considérés comme un signe de faiblesse, les jeunes femmes sont parfois réticentes à révéler leurs émotions ou reçoivent peu de sympathie si elles les expriment.

La pression et les attentes de la famille et de la communauté peuvent être des causes de stress chez certaines. Leurs parents envisagent parfois leur choix de carrière d’un autre œil et les poussent à rechercher un emploi plus traditionnellement féminin. Ils peuvent également s’attendre à ce que leurs filles assument une part disproportionnée des tâches domestiques par rapport aux garçons. Les attentes divergentes sur le plan culturel peuvent accentuer les tensions par rapport aux relations intimes. Les relations revêtant une très grande importance dans la vie de toute jeune femme, les fréquentations, les relations entre membres du même sexe et le libre choix ou non d’un partenaire sont autant de causes possibles d’un stress considérable.

Les idéaux et les stéréotypes culturels peuvent être des sources de conflit intergénérationnel, plus particulièrement dans les familles ayant immigré au Canada où parents et grands-parents peuvent faire peu de cas des difficultés que connaissent les jeunes femmes, qui ne se comparent en rien à leurs propres épreuves. À leurs yeux, leurs filles et petites-filles n’ont aucune raison de se plaindre.

Les participantes au projet VALIDITY ont souligné combien il était important de reconnaître la diversité, de reconnaître que chaque femme vit et exprime ou manifeste sa dépression de façon différente. Si les maladies mentales possèdent un profil de symptômes similaire quelle que soit la culture, la façon de décrire, d’interpréter et de manifester ces symptômes varie selon la race, l’ethnie et la culture. Elle peut aussi dépendre de la façon dont la personne communique, des tabous culturels et de l’influence des préjugés, des barrières linguistiques, de l’intolérance religieuse, du racisme et de la discrimination sur le comportement de la personne au quotidien.

La dépression ou d’autres maladies mentales sont parfois perçues comme des situations honteuses qu’il faut dissimuler. Dans certaines cultures, une personne dépressive peut être vénérée et considérée comme « spéciale » et recevoir le soutien de la famille et des amis. Il est donc important de prendre le temps d’établir une relation de confiance avec les jeunes femmes pour leur permettre de parler des attentes auxquelles elles font face dans leur culture et de ce qui peut les rendre vulnérables à la dépression.

La perception d’une culture vis-à-vis la maladie mentale influence ce qui est considéré comme un problème de santé mentale et quel type d’aide est privilégié. Les approches thérapeutiques traditionnelles d’ici, comme la psychothérapie et la pharmacothérapie, peuvent ne pas avoir la même efficacité chez les personnes provenant de différents milieux ethniques et culturels. Ces approches peuvent être inefficaces, voire même dommageables dans certains cas, et ignorer certains aspects cruciaux de la vie d’une jeune femme.

Soutenez-moi

Familiarisez-vous avec les diverses cultures, y compris la culture dominante, et leurs attentes par rapport aux jeunes femmes. Renseignez-vous sur la façon dont la dépression est perçue au sein de ces cultures et dont les attentes de ces cultures envers les jeunes femmes peuvent contribuer à la dépression. Abstenez-vous de juger les différences culturelles ; écoutez plutôt ce que la jeune femme a à dire et tenez compte du fait que son anxiété, sa dépression ou sa colère peuvent exprimer une lutte intérieure par rapport à des attentes culturelles conflictuelles.

Ne faites pas de suppositions et évitez les stéréotypes. Il n’existe pas de communauté homogène. Il y aura des différences entre les jeunes femmes d’une même culture sur le plan de la maîtrise du français ou de l’anglais, de l’éducation, du niveau d’acculturation, de la situation familiale, etc.

Accordez la priorité à l’établissement d’une relation de confiance. Cela peut présenter des défis, surtout lorsque les jeunes femmes et les professionnels qui travaillent auprès d’elles ne font pas partie du même groupe d’âge et ont des antécédents socioéconomiques, raciaux et ethniques différents. Écoutez les jeunes femmes avec empathie et respect. Observez leur langage corporel et posez des questions neutres. Explorez avec elles les sources de pression dans leur vie. Laissez-les parler de leurs problèmes de leur point de vue. Il est primordial de montrer à une jeune femme votre intérêt envers ce qu’elle a à dire pour bâtir une relation fondée sur une confiance et un respect mutuels.

Reconnaissez les sources de conflit avec des membres de la famille. N’oubliez pas que le savoir-faire culturel (c.-à-d. la volonté et la capacité d’un système, organisme ou professionnel de reconnaître l’importance de la culture dans la prestation des services à tous les segments de la population) est un élément clé du soutien offert aux jeunes femmes venant de diverses cultures.

De sérieux conflits peuvent survenir entre les jeunes femmes et leur famille en ce qui a trait aux relations, plus particulièrement si leur partenaire est du même sexe ou a une religion ou des racines ethnoculturelles différentes. Une jeune femme peut bénéficier du soutien d’un réseau de lesbiennes à l’école mais appréhender aborder le sujet de son orientation sexuelle avec les membres de sa famille de peur de faire face à leur incompréhension. Les conflits avec la famille ou les parents peuvent être encore plus intenses quand une jeune femme fréquente une personne, homme ou femme, de race ou d’ethnie différente. Dans vos conversations, soyez à l’affût des signes de tels conflits.

Encouragez les femmes à trouver des moyens de maintenir le dialogue avec leur famille. Renseignez-vous sur les professionnels dans la communauté qui possèdent une expertise dans ces domaines et vers lesquels vous pouvez aiguiller les jeunes femmes au besoin.

Les expériences culturelles d’une jeune femme peuvent être axées sur son statut d’immigrante ou de réfugiée. Il est important de se renseigner sur le genre d’expériences vécues par les jeunes immigrantes et réfugiées avant leur arrivée au Canada. Par exemple, la séparation des membres de la famille et des amis, le temps passé en transit ou dans des camps de réfugiés, la guerre, la violence politique et les traumatismes qui en découlent, et même l’adaptation à un niveau de vie moins élevé au Canada que dans son pays d’origine sont des expériences marquantes qui auront une influence sur la capacité d’une jeune femme à composer avec sa situation de vie.

Il faut aussi prendre en considération le fait qu’une jeune femme puisse préférer faire affaire et se sentir plus à l’aise de discuter ouvertement de ses sentiments avec un médecin ou conseiller de sexe féminin. S’il est nécessaire de recourir aux services d’un interprète, il est important que ce dernier comprenne le contexte culturel et ne se contente pas de simplement traduire les mots. On de devrait jamais demander aux membres de la famille de faire office d’interprètes.

Encouragez et aidez les jeunes femmes à trouver des groupes qui pourront les soutenir au moment où elles commencent à explorer leurs problèmes et à y faire face. Les participantes au projet VALIDITY ont souligné à maintes reprises que le fait de parler à d’autres jeunes femmes était une importante source de soutien. L’entraide peut être d’un grand secours et aider les jeunes femmes à trouver leur voie. Communiquez avec des organismes et groupes pertinents en fonction des expériences vécues par la jeune femme pour voir s’ils offrent des services de mentorat, de soutien ou de counseling, par exemple les organismes qui s’occupent des questions d’établissement, les groupes LGBTTBIQ*, les centres communautaires, les centres et groupes confessionnels, etc.

Enfin, reconnaissez que les expériences vécues par les jeunes femmes sont réelles et pertinentes, et que les manifestations de dépression et autres symptômes de problèmes de santé mentale peuvent découler de pressions multiples et interreliées dans leur vie, parmi lesquelles les attentes sur le plan culturel ont un poids considérable.

Pour de plus amples renseignements, consultez les ressources suivantes :

Elizabeth Patterson International Student of the Year Award
http://www.cbie.ca/download/paterson/Letters-2005.pdf
Il s’agit de lettres touchantes dans lesquelles de jeunes étudiantes venues de l’étranger racontent les expériences et difficultés vécues au Canada. Encouragez les jeunes femmes à écrire des lettres semblables pour décrire leurs expériences.

Services médicaux et sociaux pour la population multiculturelle du Canada : Les défis de l’équité
http://www.canadianheritage.gc.ca/progs/multi/canada2017/4_f.cfm
Ce document traite de la santé et de la diversité de la population, des facteurs socioéconomiques, culturels et migratoires de la santé, des services sociaux et de santé, du cadre stratégique de promotion de la santé multiculturelle au Canada et des problèmes prévisibles d’ici 2017.

Aboriginal Youth
http://www.pauktuutit.ca/activities/youth/youthhelp.html
Ce site Web offre de l’information sur les problèmes de santé mentale et de toxicomanie ainsi que des liens vers des sites traitant d’autres sujets, comme l’emploi.

« The medicine wheel: Understanding “problem” patients in primary care »
The Permanente Journal
http://xnet.kp.org/permanentejournal/winter00pj/wheel.html
Consulté le 30 août 2005.

La Fédération de la jeunesse canadienne-française
http://www.fjcf.ca/

La Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO)
http://fesfo.ca/fesfo.html

Nadir, A. Young, Muslim, and female in America: Their stories, their voices.
Document présenté en 2003 à l’Association of Muslim Social Scientists, Université de l’Indiana, Bloomington, IN.
http://www.amss.net/Abstract_32ndConference/AneesahNadir5.htm
Consulté le 31 août 2005.
Ce document examine comment les jeunes femmes musulmanes qui grandissent aux États-Unis composent avec le racisme et la discrimination religieuse, le rôle des réseaux sociaux, de la famille et de la religion dans leur vie, les forces qui leur permettent de réussir malgré les images stéréotypées qui nuisent à leur sentiment de soi ainsi que les facteurs qui les habilitent. Quinze jeunes femmes font état de leurs expériences relativement à l’école publique, au port du hidjab et à leurs amitiés avec des musulmans et non musulmans, et présentent leurs points de vue sur ce que signifie être femme, musulmane et Américaine. Elles racontent les événements qui ont été des points tournants dans leur vie et les mécanismes d’adaptation qu’elles et leur famille ont développés avant et après les événements du 11 septembre.

Canadiens et Canadiennes d’origine africaine, antillaise et asiatique
http://www.canoraaa.com/french/default.html

Le conseil national des femmes métisses, inc.
201, rue McLeod, Ottawa (Ontario) K2P 0Z9
Tél. : 613 567-4287 Téléc. : 613 567-9644
Courriel : info@metiswomen.ca

Organisation nationale des femmes immigrantes et des femmes appartenant à une minorité visible du Canada
219, avenue Argyle, bureau 225, Ottawa (Ontario) K2P 2H4
Tél. : 613 232-0689 Téléc. : 613 232-0988
Courriel : noivmwc@noivmwc.bidcon.net

L’Association des femmes autochtones du Canada (AFAC)
1292, rue Wellington, Ottawa (Ontario) K1A 3A9
Tél. : 613 722-3033 Téléc. : 613 722-7687
http://www.nwac-hq.org

Ontario Aboriginal Health Advocacy Initiative (OAHAI)
http://www.ofifc.org/oahai/resourcemanual

Pauktuutit Inuit Women’s Association
192, rue Bank, 2e étage, Ottawa (Ontario) K2P 1W8
Tél. : 613 238-3977 Téléc. : 613 238-1787
http://www.pauktuutit.on.ca

Southwest Ontario Aboriginal Health Access Centre
http://www.soahac.on.ca

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