On peut généralement diviser les aînés qui éprouvent des problèmes d’alcool ou de médicaments en trois groupes dont les profils
et les besoins sont distincts : les usagers abusifs précoces, les usagers abusifs intermittents et les usagers abusifs tardifs.
Les usagers abusifs précoces
- Les usagers abusifs précoces sont des personnes dont les problèmes de consommation d’alcool ou de médicaments psychotropes
sont apparus tôt dans leur vie et persistent. Habituellement, les intervenants précisent que ces personnes se présentent pour
un traitement à l’âge de 50 ou 60 ans, même si ce n’est pas la première fois qu’elles ont recours à ces services.
Les usagers abusifs précoces sont souvent appelés les «alcooliques chroniques». Habituellement, ces personnes ont tenté à
plusieurs reprises d’interrompre leur consommation. Elles sont parfois dépassées par leurs problèmes actuels et n’entretiennent
aucun espoir envers l’avenir. Elles n’ont pas confiance en leur capacité de changer et croient que toutes les chances jouent
contre elles. Se fondant sur leurs sevrages précédents, elles pensent qu’arrêter de boire les conduira à une mort certaine.
- Le défi à relever auprès des usagers abusifs précoces est qu’il faut souvent leur inculquer les concepts de réussite et d’espoir
dans une vie marquée par de longues années de problèmes découlant de l’usage d’alcool ou de drogues.
Il peut être nécessaire de traiter les conséquences négatives découlant d’une toxicomanie à long terme. Par exemple, le client
peut avoir besoin d’un meilleur logement, d’une meilleure alimentation, de soins médicaux appropriés ou de l’aide pour organiser
ses finances. Il peut être difficile pour l’intervenant de garder espoir et d’être créatif quand il a affaire à des problèmes
chroniques graves.
Les usagers abusifs intermittents
- Les usagers abusifs intermittents sont les personnes qui ont déjà traversé des épisodes où ils ont éprouvé des problèmes de
consommation d’alcool ou de médicaments psychotropes mais qui ont aussi vécu de longues périodes d’abstinence. En général,
ces clients se présentent pour un traitement parce qu’ils traversent une crise dans leur vie.
En général, ils maîtrisent leur consommation d’alcool ou de médicaments psychotropes, mais à l’occasion, des tensions familiales,
juridiques ou professionnelles intensifient l’usage d’alcool ou de médicaments et les problèmes résultant de cet usage accru.
À la fin de chaque épisode ou problème, l’usage abusif est résolu.
- Le défi consiste à aider les usagers abusifs intermittents à reconnaître que leur sensibilité physique à l’alcool et aux médicaments
s’aiguise avec l’âge et que le risque associé à la consommation abusive périodique s’accroît lui aussi avec l’âge.
- D’autres défis à relever en présence d’usagers abusifs intermittents (lesquels se posent également avec les usagers abusifs
tardifs) consistent à déterminer et à aborder les problèmes sous-jacents qui ont amené les changements dans les habitudes
de consommation du client, et à trouver des façons de renseigner le client sur les effets de l’alcool et des médicaments psychotropes.
Les usagers abusifs intermittents peuvent également être incapables de distinguer le lien entre leur consommation abusive
et leurs problèmes actuels. Ils peuvent affirmer sans se tromper qu’ils consomment la même quantité d’alcool ou de médicaments
qu’auparavant, voire moins, ce qui peut rendre le dépistage et le traitement difficiles pour l’intervenant. (Voir aussi usagers
abusifs tardifs).
Les usagers abusifs tardifs
- Les usagers abusifs tardifs sont des personnes dont les tout premiers problèmes liés à l’alcool ou aux drogues psychotropes
se manifestent à un âge avancé. Selon les intervenants, ces personnes commencent généralement à avoir des problèmes après
l’âge de 65 ans.
Ces personnes ont peut-être consommé de l’alcool ou des médicaments psychotropes alors qu’elles étaient plus jeunes, entre
amis, mais cette consommation n’avait causé aucun problème. Des problèmes se manifestent toutefois à un âge plus avancé, peut-être
en raison d’une consommation plus intense ou d’une plus grande sensibilité aux substances consommées. En général, ces personnes
se souviennent clairement des motifs qui les ont poussées à intensifier leur consommation d’alcool ou de médicaments.
Ces motifs sont souvent liés à l’âge (comme les changements au mode de vie après la retraite ou les pertes associées au vieillissement).
Lorsqu’elles demandent de l’aide, la plupart ont subi moins de pertes physiques, affectives ou financières que les usagers
abusifs précoces. Ainsi, leurs habitudes ne sont pas bien ancrées, et leur réseau de soutien est probablement encore intact.
- Le défi à relever en présence d’usagers abusifs tardifs (qu’il faut également relever avec les usagers abusifs intermittents)
réside dans le fait qu’il faut habituellement trouver un moyen de traiter les problèmes sous-jacents au changement de l’ancien
rythme de vie et aider les clients à comprendre les effets néfastes de la consommation d’alcool ou de médicaments psychotropes.
Il est souvent facile de reconnaître les causes du changement. On retrouve généralement chez l’usager abusif tardif une perte
récente, un changement de rôle ou un changement de l’état de santé. Il est important d’écouter ce que le client pense de ces
changements survenus récemment dans sa vie (p. ex. les cinq dernières années) et d’observer la façon dont il fait face à ces
changements. Par exemple, est-ce que le client fait face à des deuils non résolus en buvant ou en prenant des médicaments
psychotropes?
Les intervenants ont constaté que les usagers abusifs tardifs sont en général plus réceptifs au changement de mode de vie
qu’impose la résolution de problèmes. Bien qu’au départ ils ne reconnaissent pas toujours que leurs problèmes sont reliés
à leur usage d’alcool ou de drogues, leur mémoire est encore fraîchement imprégnée du temps où ils se sentaient mieux dans
leur peau et fonctionnaient mieux. Ils ont souvent un meilleur amour-propre et une plus grande confiance en eux que les usagers
abusifs qui ont commencé à consommer plus tôt dans leur vie. Pour l’intervenant, le double défi consiste à examiner la crise
qui a provoqué le changement et à aider le client à comprendre les effets néfastes de sa consommation d’alcool ou de médicaments.