Poser les bonnes questions 2 : Introduction
Ce manuel est destiné à l’ensemble des thérapeutes, conseillers, autres cliniciens et membres du corps infirmier et médical
qui évaluent ou traitent des clients aux prises avec des problèmes de toxicomanie ou de santé mentale, ou les deux.
Ce manuel est une version révisée de Poser les bonnes questions : parler de l’orientation et de l’identité sexuelles lors d’une évaluation liée aux problèmes d’alcoolisme
et de toxicomanie. Nous avons étoffé la précédente version pour inclure les problèmes de santé mentale dans les questions d’évaluation.
Les problèmes de toxicomanie et de santé mentale peuvent avoir un lien avec l’orientation ou l’identité sexuelles, et plus
particulièrement avec l’oppression sociale qui les accompagne. Pour fournir un traitement efficace, les thérapeutes et les
conseillers doivent être conscients de ce lien.
Ce manuel aidera les thérapeutes et les conseillers à instaurer un climat de confiance dans lequel les clients gays, les clientes
lesbiennes, les clients bisexuels, transgenderistes, transsexuels, bispirituels, intersexuels, et queers (LGBTTTIQ) pourront
sans crainte affirmer leur identité. Grâce à cette confiance, les thérapeutes et conseillers pourront :
- évaluer au mieux les besoins spécifiques des clients LGBTTTIQ ;
- engager ces clients dans un processus de traitement positif ;
- élaborer des programmes de traitement personnalisés ;
- aiguiller ces clients vers les services les mieux adaptés.
De nombreux clients dissimulent leur orientation ou identité sexuelles lorsqu’ils fréquentent un établissement de counseling
et de soins traditionnel. Ils se sentent mal à l’aise ou anxieux, craignant les réactions négatives ou les préjugés du personnel
et des autres clients.
De nombreux cliniciens comprennent les problèmes d’orientation et d’identité sexuelles. Cependant, ils ne disposent pas toujours
d’une liste de questions pertinentes à poser sur le sujet ou ils ignorent l’importance de poser ces questions aux clients
des services de toxicomanie ou de santé mentale.
Certaines questions posées lors des évaluations traditionnelles peuvent être vexantes. Ainsi, si une question portant sur
« votre partenaire » est construite en se référant au sexe opposé, elle peut embarrasser une personne LGBTTTIQ.
Les échelles et questions d’évaluation traditionnelles peuvent manquer de précision pour certains clients si les interprétations
n’abordent pas les besoins spécifiques liés aux différentes orientations ou identités sexuelles.
Les outils d’évaluation traditionnels, tels que ceux utilisés par le gouvernement fédéral ou provincial, doivent être complétés
par des questions axées sur les populations spécifiques afin de mieux évaluer les besoins des clients LGBTTTIQ et d’élaborer
des programmes de traitement et de counseling adéquats.
Le Centre de toxicomanie et de santé mentale a mené un projet de recherche par le biais de ses Services arc-en-ciel (anciennement, LesBiGay), interrogeant les fournisseurs de services et les clients sur ce qu’il fallait ajouter au manuel
d’origine, qui était axé sur la toxicomanie — phase appelée Poser les bonnes questions. D’autres recherches ont été menées afin de réviser et d’étoffer le manuel, de manière à y inclure également les problèmes
de santé mentale — phase appelée Poser les bonnes questions 2 (voir l’annexe pour une description détaillée des deux phases). Voici les conclusions générales des deux phases du projet :
Lors des évaluations, les thérapeutes et conseillers doivent poser des questions pertinentes et directes afin d’établir l’orientation
et l’identité sexuelles de tous leurs clients.
Les personnes LGBTTTIQ présentent des facteurs de vie spécifiques, liés à des problèmes de toxicomanie ou de santé mentale.
Ces facteurs comprennent :
- le processus d’affirmation de leur identité ;
- la transition sexuelle ;
- l’oppression sociale (p. ex., homophobie, biphobie, transphobie) ;
- la menace à sa sécurité socioéconomique (p. ex., logement, emploi) à cause de discrimination ;
- l’oppression intériorisée ;
- la perte du soutien familial ;
- l’isolement et l’exclusion ;
- la prédominance des bars dans les communautés LGBTTTIQ ;
- l’image corporelle ;
- la nécessité de « prétendre » ;
- le vieillissement ;
- l’incidence du VIH et du SIDA.
Il est très important de connaître l’orientation et l’identité sexuelles des clients pour fournir un traitement et un counseling
efficaces. Cependant, de nombreux clients dissimulent leur orientation ou leur identité sexuelles lorsqu’ils fréquentent un
établissement de traitement traditionnel. Ils se sentent mal à l’aise et anxieux ou craignent les réactions négatives ou les
attitudes homophobes/biphobes/transphobes du personnel et des autres clients.
Plusieurs facteurs aident les clients à s’affirmer :
- un sentiment de sécurité ;
- le personnel et les autres clients qui ont des attitudes non critiques, non hétérosexistes ou non sensibles au genre ;
- la publicité d’un service dans les publications et les communautés LGBTTTIQ ;
- les autocollants et affiches à caractère positif pour les personnes LGBTTTIQ ;
- l’utilisation d’un langage sans préjugés et inclusif du masculin et du féminin ;
- la confidentialité ;
- un personnel qui a une bonne connaissance des problèmes particuliers aux personnes LGBTTTIQ.
Les facteurs suivants améliorent l’expérience des personnes LGBTTTIQ par rapport aux services qu’elles reçoivent :
- la disponibilité de programmes et services spécialisés ;
- la composition des groupes de traitement et de counseling en fonction de l’orientation et de l’identité sexuelles ;
- l’existence de politiques antidiscriminatoires ;
- la présence de documents positifs à l’égard des personnes LGBTTTIQ dans les salles d’attente ;
- des thérapeutes et conseillers qui ont une attitude positive envers les personnes LGBTTTIQ.
Les programmes spécialisés de traitement de la toxicomanie et les services spécialisés de counseling en santé mentale sont
utiles et pertinents sur le plan clinique pour les personnes LGBTTTIQ. Cependant, les thérapeutes et conseillers ne doivent
pas présumer que les clients LGBTTTIQ doivent être traités dans un établissement spécialisé. Ces clients préfèrent peut-être
un programme spécialement conçu pour les personnes LGBTTTIQ, si possible, mais ils peuvent également préférer des services
traditionnels (p. ex., des programmes généraux de traitement) ou des services spécialisés axés sur d’autres aspects de leur
identité (p. ex., services pour les Autochtones, les personnes âgées, les femmes). Au Centre de toxicomanie et de santé mentale
(CAMH), nous estimons que les services axés spécialement sur les personnes LGBTTTIQ sont nécessaires, mais nous mettons également
tout en œuvre pour que ces personnes puissent être prises en charge par les services traditionnels.
LGBTTTIQ est un acronyme fréquemment utilisé pour désigner les personnes et communautés lesbiennes, gaies, bisexuelles, transsexuelles,
transgenderistes, bispirituelles, intersexuelles et queers. Cet acronyme peut être utilisé ou non dans une communauté particulière.
Ainsi, dans certains milieux, l’acronyme LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenderistes/transsexuels) peut être plus
répandu. Nous avons choisi l’acronyme le plus long afin d’être aussi englobants que possible face à la diversité des communautés.
Partenaire désigne l’être cher, l’amour de sa vie, la personne aimée. C’est souvent l’équivalent du terme « époux/épouse » pour les
personnes LGBTTTIQ.
Les minorités sexuelles incluent les personnes qui s’identifient comme LGBTTTIQ.
Un gay est un garçon ou un homme dont la principale orientation sexuelle est dirigée vers les autres garçons ou hommes.
Une lesbienne est une fille ou une femme dont la principale orientation sexuelle est dirigée vers les autres filles ou femmes.
Une personne bisexuelle est une personne dont l’orientation sexuelle est dirigée tant vers les hommes que vers les femmes.
Une personne transgenderiste est une personne qui ne se conforme pas aux normes de la société en termes de sexe masculin ou féminin.
Une personne transsexuelle est une personne qui a, parfois depuis longtemps, la conviction d’appartenir au sexe opposé à celui qui lui a été attribué
à sa naissance. Ainsi, un transsexuel féminin (transhomme) est né avec un sexe féminin mais estime être un garçon ou un homme et s’identifie à un garçon ou à un homme (transsexuel).
Un transsexuel masculin (transfemme) est né avec un sexe masculin mais estime être une fille ou une femme et s’identifie à une femme ou à une fille (transsexuelle).
Trans ou transpersonne sont des termes non cliniques couramment utilisés pour parler des transsexuels, transgenderistes, et des personnes d’autres
identités sexuelles.
Bispirituel(le) est un terme francophone utilisé par les Premières nations et les Autochtones pour désigner les personnes qui, dans leur
culture, sont gays, lesbiennes, intersexuelles, transsexuelles, transgenderistes ou qui possèdent de multiples identités sexuelles.
Intersexuel(le) est le terme qui a récemment remplacé celui d’« hermaphrodite ». Les personnes intersexuelles possèdent certaines caractéristiques
physiques sexuelles de la femme et de l’homme (voir aussi www.isna.org).
Queer est un mot qui a traditionnellement été utilisé comme terme méprisant et offensant pour désigner les personnes LGBTTTIQ.
De nombreuses personnes LGBTTTIQ ont revendiqué ce terme et l’utilisent pour désigner avec fierté leur identité.
L’orientation sexuelle désigne l’attirance affective, amoureuse ou sexuelle, le désir ou l’affection qu’une personne ressent envers une autre personne.
Le genderisme désigne la supposition que tout le monde doit se conformer aux normes de genre de la société, et surtout, à sa structure
binaire (masculin et féminin). Le genderisme ne reconnaît pas ni ne permet l’intersexualité, le transgendérisme, la transsexualité
et l’altersexualité (voir cette page pour une discussion sur le genre).

Poser les bonnes questions 2