Publications

Poser les bonnes questions 2 : Compétences du conseiller

<<Précédent Retour à l’index>>

Quels sont les besoins, les préoccupations ou les expériences spécifiques aux personnes LGBTTTIQ de couleur ou autres personnes queers issues de communautés marginalisées ?

Les personnes qui sont doublement ou triplement marginalisées ont beaucoup plus de mal à affirmer leur identité et à obtenir du soutien.

Par exemple, une lesbienne sourde peut subir de la discrimination de la part de la communauté sourde en raison de son orientation sexuelle et de la part des communautés LGBTTTIQ en raison de son handicap. Il se peut qu’elle ne trouve le soutien dont elle a besoin ni auprès des services pour personnes LGBTTTIQ ni auprès des organismes pour personnes sourdes. Elle devra peut-être se tourner vers une communauté de personnes LGBTTTIQ sourdes. Ce type unique de soutien est disponible dans les grandes villes mais pas nécessairement ailleurs. Le réseau Internet peut constituer une ressource pour celles et ceux qui souhaitent rencontrer des personnes ayant une expérience semblable à la leur.

Les personnes LGBTTTIQ de couleur sont souvent confrontées à une double marginalisation similaire — il peut leur être difficile d’être « tout ce qu’elles sont » dans les diverses communautés LGBTTTIQ et raciales auxquelles elles appartiennent. Ces personnes sont victimes de racisme de la part d’une communauté queer majoritairement blanche. En affirmant leur identité, ces personnes risquent de perdre le soutien important qu’elles avaient trouvé auprès des communautés ethnospécifiques dont elles sont issues contre le racisme émanant de la société en général.

Lorsqu’ils travaillent avec des personnes LGBTTTIQ issues de communautés marginalisées (autres que LGBTTTIQ), les cliniciens doivent avoir conscience des difficultés supplémentaires et interroger les clients sur cette expérience.

Si possible, fournissez une liste de groupes et de services spécialement destinés aux personnes LGBTTTIQ de couleur, atteintes d’un handicap ou issues d’autres communautés marginalisées.

Les questions figurant dans le guide Poser les bonnes questions 2 peuvent-elles être posées aux clients atteints de graves problèmes de santé mentale ?

L’orientation et l’identité sexuelles sont des renseignements de base que les thérapeutes et conseillers doivent connaître pour tous leurs clients. Souvent, les personnes atteintes d’une maladie mentale grave (p. ex., schizophrénie, psychose) doivent faire face à la non-reconnaissance de leur orientation et identité sexuelles. On suppose souvent à tort que ces personnes n’ont pas de sexualité.

Selon un mythe social très répandu, les personnes « deviennent » lesbiennes ou gays en raison d’une « mauvaise expérience » (comme être victimes d’abus sexuels). Les conseillers et thérapeutes travaillant avec des personnes ayant subi des abus sexuels dans leur enfance devront avoir conscience de ce mythe et aider les clients à le démasquer et à le déboulonner dans le cadre du traitement. Ainsi, il est utile pour un client d’entendre un clinicien lui dire « il n’existe aucune corrélation entre les abus dont vous avez été victime et votre orientation sexuelle ».

Nous recommandons aux cliniciens de juger, le cas échéant, du moment et de la façon propices d’utiliser le guide Poser les bonnes questions 2 en situations d’urgence et de crise. Lors de situations de crise, le clinicien peut juger que certaines questions délicates au sujet de l’orientation et de l’identité sexuelles du client peuvent aider le clinicien comme le client à comprendre et à résoudre les causes de la crise. Par exemple, une personne LGBTTTIQ en processus d’affirmation de son identité ou en transition sexuelle peut se présenter aux urgences avec des idées suicidaires après avoir été rejetée par un membre de sa famille.

Perceptions de clients

« On trouve également toute cette oppression intériorisée au sein même de la communauté des ‘fous’, où ‘elle est plus folle que moi et donc, elle se situe en dessous de moi sur le mât totémique’. Ou ‘moi, je suis seulement déprimée. Elle, elle est schizophrène’. Il y a tellement d’exemples de ce genre. ‘Je suis juste schizophrène. Elle, elle est schizophrène et gaie.’ Et vous descendez de plus en plus bas. ‘Elle est schizophrène, gaie et noire.’ Cette accumulation de marginalisations vous amène de plus en plus bas. »

« J’ai fait une dépression nerveuse et j’ai dit à une fille dans la salle commune de l’hôpital que ‘s’ils te disent que je suis gay, il ne faut pas les croire’. Cela a déclenché une véritable tempête. J’ai fini par croire qu’ils essayaient de me tuer. C’était horrible. J’avais des idées délirantes et j’entendais des voix qui disaient qu’ils venaient me chercher ; c’était épouvantable. Tous ces évènements se passaient essentiellement dans ma tête en raison des symptômes que je présentais. Mais en raison de l’homophobie et des abus que j’avais subis, cette expérience était encore plus effrayante et inquiétante. »

« J’ai affirmé mon identité à mon psychiatre. Il m’a dit : ‘Il n’y a rien de mal à être lesbienne. Mais il ne faut pas avoir de relations sexuelles avec des femmes’. J’ai été victime d’actes de violence commis par ma mère et il pensait que si j’avais des relations sexuelles avec une femme, ce serait l’élément déclencheur. Beaucoup, beaucoup de femmes hétéros sont victimes d’actes de violence commis par des hommes. Donc, le conseil à leur donner serait-il ‘N’ayez pas de relations sexuelles avec un homme car ce sera l’élément déclencheur ?’ »

Perceptions de thérapeutes ou de conseillers

« Il existe d’importants préjugés associés à l’affirmation de son identité au sein de la communauté noire. Donc, je reçois rarement des clients noirs qui s’identifient comme personnes LGBTTTIQ, bien que j’aie des clients noirs. Souvent, cela signifie qu’ils n’ont pas l’impression de pouvoir accéder à des programmes spécifiques à leur culture, plus particulièrement au sein des communautés LGBTTTIQ, parce qu’il se peut que quelqu’un connaisse leur famille ou un de leurs proches. »

« Un de mes clients revendique le statut de réfugié et il est gay. Lorsqu’une personne cumule ces multiples facteurs — l’aspect culturel, l’aspect religieux et l’orientation sexuelle — cela revêt un degré et une intensité différents en raison de ces facteurs d’isolement et de marginalisation. »

<<Précédent Retour à l’index>>

Poser les bonnes questions 2

Poser les bonnes questions 2

Liens apparentés