Poser les bonnes questions 2 : Compétences du conseiller
Quels sont les obstacles qui empêchent une discussion sur l’orientation et l’identité sexuelles ?
De nombreux facteurs empêchent de discuter de l’orientation et de l’identité sexuelles. Les thérapeutes et conseillers manquent
souvent de formation ou estiment que :
- ce sont des questions indiscrètes ;
- le client sera contrarié ;
- l’orientation et l’identité sexuelles ne sont pas des éléments pertinents pour le traitement et le counseling.
Les membres du personnel et les autres clients, quelles que soient leur orientation et identité sexuelles, peuvent manquer
de compréhension ou avoir des préjugés envers les personnes dont l’orientation ou identité sexuelles diffèrent des leurs.
Certains membres du personnel peuvent craindre que le client souhaite connaître l’orientation ou l’identité sexuelles du thérapeute
ou du conseiller. Les membres du personnel LGBTTTIQ qui travaillent dans un milieu traditionnel ou majoritairement hétérosexuel
peuvent redouter les conséquences professionnelles de cette révélation. Les thérapeutes et conseillers, quelles que soient
leur orientation et identité sexuelles, peuvent être préoccupés par les répercussions de cette révélation sur le client ou
sur la relation de counseling.
Les clients LGBTTTIQ peuvent éprouver un sentiment de malaise, de l’anxiété ou craindre des conséquences négatives. Ils peuvent
redouter d’être mal compris par les thérapeutes et conseillers et par les autres clients. Les thérapeutes et conseillers doivent
se rappeler que ces clients ont probablement vécu des expériences homophobiques, transphobiques ou biphobiques auprès des
organismes de santé et de services sociaux.
Je ne fais que mener l’évaluation et je ne participerai pas au traitement ou au counseling. Dois-je interroger le client sur
son orientation et son identité sexuelles ? Ne serait-ce pas simplement « ouvrir une boîte de Pandore » ou amener un grand
nombre de problèmes non pertinents que je n’aurai pas le temps d’aborder plus en détail ?
L’orientation et l’identité sexuelles, ainsi que d’autres thèmes jugés délicats (dont la violence conjugale, la violence faite
aux enfants, la toxicomanie au sein de la famille et le recours à des services de santé mentale), ont d’immenses répercussions
sur les clients. Des renseignements de base sur ces thèmes sont nécessaires afin de mettre en place les programmes de traitement
et de counseling adéquats.
Lors de l’évaluation, il n’est pas forcément nécessaire d’approfondir les questions liées à l’orientation et à l’identité
sexuelles. Cependant, il est important de cerner ces problèmes et d’établir s’ils doivent être abordés lors du traitement
ou du counseling. Les clients en conflit par rapport à leur orientation ou à leur identité sexuelles seront rassurés, sachant
qu’ils peuvent discuter ouvertement de leurs préoccupations pendant le traitement ou le counseling. Lors de l’élaboration
du programme de traitement ou de counseling, les critères que vous utilisez (p. ex., les critères d’admission et de sortie
en Ontario) pourraient suggérer un type de services particulier, mais vous vous apercevrez peut-être qu’à l’échelon local
ce service n’est pas adapté aux besoins des personnes LGBTTTIQ. Vous devrez donc éventuellement vous écarter de ce critère
pour le programme de traitement ou de counseling et les orientations.
Les réponses fournies par le client à la Partie A aideront les thérapeutes ou conseillers à l’orienter le mieux possible.
Pourquoi discuter des problèmes cités dans la Partie B ?
Les questions de la Partie B vous aideront à :
- recueillir des renseignements qui permettront d’élaborer un programme de traitement ou de counseling approprié ;
- entretenir une relation efficace avec les clients en montrant que vous avez conscience de leurs problèmes.
« Certains professionnels de la santé peuvent avoir d’énormes préjugés et ont une attitude vraiment dure. Par exemple, j’ai
cessé de voir un thérapeute auquel j’avais dit que j’étais une transfemme, simplement parce qu’il essayait de mettre les mots
dans ma bouche. Je lui ai dit ‘je veux avoir des enfants et j’aurais adoré qu’ils soient de moi. Il s’est assis, m’a regardée
et m’a dit : ‘Donc, vous voulez être père, n’est-ce pas ?’. Ces propos m’ont immédiatement arrêtée. J’ai cessé de lui faire
confiance. »
« D’après ma propre expérience, le personnel clinique et infirmier avait nettement tendance à faire preuve d’une tolérance
immense à l’égard des personnes qui m’insultaient. Je pense que cela relève d’une certaine ignorance. Je pense qu’il s’agit
d’un manque d’information et de formation, mais je crois aussi qu’il s’agit d’un sujet vraiment délicat pour certaines personnes.
Selon moi, beaucoup de gens n’aiment pas avoir de conflits à ce niveau. Non pas qu’ils cautionnent ce genre d’attitude. Ils
estiment qu’il est difficile de parler de ce sujet avec quelqu’un. Dans un cadre clinique, une personne peut hésiter à soutenir
une fille queer, par crainte de la manière dont elle-même sera perçue. »
« La façon dont nous avons modifié notre accueil a influencé le nombre de clients qui s’identifient comme LGBTTTIQ. Au départ,
quand nous avons commencé, nous nous sommes demandé quelle proportion de cas nous connaissions. C’était probablement 10 pour
cent. À présent, depuis la mise en place de Poser les bonnes questions, nous avons enregistré une hausse de 100 pour cent.
Nos statistiques indiquent désormais 20 pour cent de cas. La proportion réelle est probablement encore plus élevée. »
« Quelques facteurs peuvent compliquer la tâche d’un client qui souhaite affirmer son identité. Leurs hypothèses sur ma personne,
en tant que thérapeute, pourraient rendre leur démarche plus difficile. Je pense à leur interaction initiale avec moi, au
vocabulaire que j’utilise. En fait, c’est assez délibérément que je demande ‘Avez-vous des relations avec des hommes ou avec
des femmes ?’. Ce n’est pas un hasard si je pose cette question. Parce que si j’interroge simplement mes clientes sur leurs
relations avec les hommes, elles pourraient avoir plus de mal à affirmer leur identité. »

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