Poser les bonnes questions 2 : Compétences du conseiller
Nous réalisons déjà une évaluation approfondie dans notre organisme. Pourquoi est-il nécessaire d’y ajouter celle-ci ?
Il ne faudra que quelques minutes au client pour répondre aux questions de la Partie A.
L’orientation et l’identité sexuelles sont des renseignements de base que les thérapeutes et conseillers doivent connaître
sur leurs clients afin d’élaborer des programmes de traitement ou de counseling appropriés. Parfois, les thérapeutes et conseillers
émettent des hypothèses erronées sur l’orientation ou l’identité sexuelles d’une personne. Par exemple, ils supposent qu’une
personne transsexuelle est gaie ou qu’une femme bisexuelle est lesbienne.
Il se peut que les clients ne fournissent pas volontairement les renseignements sur leur orientation et identité sexuelles
lors de l’évaluation ou des séances de counseling. Les clients bisexuels peuvent ne parler que de leurs relations avec les
membres du sexe opposé. Les transgenderistes peuvent minimiser leurs problèmes d’identité sexuelle. Il se peut même que certains
clients ne dévoilent pas ces renseignements à des membres LGBTTTIQ du personnel, supposant que ces derniers sont hétéros.
Lors de l’évaluation, certains clients LGBTTTIQ rechercheront des indices pour savoir s’ils peuvent parler ouvertement de
leur orientation ou identité sexuelles dans le cadre de leur traitement ou counseling. Certains clients peuvent souhaiter
dévoiler ce renseignement mais n’en auront pas forcément l’occasion. Ce guide offre la chance et le contexte pour structurer
l’entrevue d’évaluation.
Les clients se sentiront-ils mal à l’aise si je les interroge sur leur orientation et identité sexuelles lors de l’évaluation
?
L’orientation et l’identité sexuelles peuvent être des sujets délicats pour certaines personnes. D’autres, cependant, peuvent
rechercher de l’aide auprès de fournisseurs de services spécifiquement positifs envers les personnes LGBTTTIQ.
Certains clients, et plus particulièrement ceux qui ont vécu une expérience négative après avoir parlé ouvertement de leur
orientation ou identité sexuelles, peuvent se sentir mal à l’aise à l’idée de répondre aux questions de la Partie A, lors
de l’évaluation initiale. Cependant, ces questions permettront aux clients de savoir que le thérapeute, le conseiller ou l’organisme
sont conscients des diverses identités LGBTTTIQ. Sachant cela, il leur sera peut-être plus facile de dévoiler leur orientation
et identité sexuelles plus tard au cours du traitement ou du counseling.
Lorsque nous avons mis ce guide à l’essai sur le terrain, les participants ont indiqué qu’ils ne voyaient aucun inconvénient
à parler de leur orientation et identité sexuelles lors de l’évaluation. Voici quelques exemples de réponses :
« Répondre à ces questions ne me pose aucun problème. »
« Cela ne m’a pas du tout gênée. Plus ils en savent sur moi, mieux ils peuvent me situer. »
« Je suis vraiment ouvert à ce sujet et je peux en parler sans problème, à tout moment. »
« C’est bien de parler ouvertement de ces questions. On peut ainsi discuter. L’orientation sexuelle et les problèmes de toxicomanie
sont probablement liés. »
« Pas de problème pour moi. Ces questions ne m’ont pas dérangée. J’en suis à un point où je suis prête à en parler. »
« Cela m’a fait réfléchir à des choses auxquelles je n’aurais pas vraiment pensé. J’ai ainsi pris conscience de certaines
choses. »
« C’est chouette, formidable d’avoir un endroit où vous pouvez aller sans devoir cacher votre orientation sexuelle. »
« Même si ce n’est pas mon principal sujet de préoccupation, cela ne m’a pas ennuyée. »
Les thérapeutes et conseillers qui ont mis à l’essai ce guide ont formulé les observations suivantes :
« J’ai utilisé ce guide et ma clientèle a très bien réagi. Je pense qu’il a permis d’ouvrir le dialogue. »
« Lors de l’évaluation, lorsque je suis passée à cette feuille, il y a eu un changement immédiat d’ambiance dans la pièce
— on se sentait plus à l’aise. La situation était plus détendue, pour le client et pour moi. »
« Les clients étaient contents qu’on leur pose ces questions. Certains n’avaient jamais été interrogés à ce sujet et ils éprouvaient
des difficultés par rapport à leur orientation sexuelle. Personne ne s’est senti offensé. »
« Je crois que ce nouvel outil d’évaluation est vraiment nécessaire. Je suis ravie de l’avoir à ma disposition. Je suis certaine
qu’il y a un grand nombre de clients qui ne se sont pas identifiés en tant que LGBTTTIQ lors de l’évaluation. Malheureusement,
l’hypothèse selon laquelle tout le monde est hétéro reste prédominante. »
« Ma mère venait de mourir et j’ai commencé à fréquenter un groupe d’accompagnement au deuil. Je n’ai pas parlé de ma transsexualité
aux autres membres du groupe parce que je ne voulais pas que cela influence leur opinion de moi, mon expérience dans ce groupe
ou ma relation avec les animateurs. C’est alors que j’ai commencé à comprendre qu’il y avait un nombre incalculable de questions
que je ne pouvais pas aborder en ce qui concerne mes sentiments sur le décès de ma mère. Je ne pouvais pas parler de la manière
dont s’étaient déroulées les funérailles alors que je n’avais pas revu tous ces membres de ma famille depuis ma transition
sexuelle. Je ne pouvais pas dire aux animateurs du groupe ce que j’avais ressenti en me demandant si ma mère pouvait m’accepter
sans jamais savoir si elle l’avait finalement fait. »
« En étant ouvertement gay, je n’ai pas à mentir. Aucune cachotterie. Je n’ai pas à faire partie d’un groupe de personnes
exclusivement hétérosexuelles et viriles. En étant sincère, je peux être moi-même. »
« Si une personne ne se sent pas suffisamment en sécurité pour avouer honnêtement qui elle est, elle ne se sentira pas suffisamment
en sécurité ni en confiance pour aborder toutes les autres questions lors du counseling. Si cette personne n’a pas cette confiance,
elle perd son temps en venant vous consulter parce qu’elle ne va pas réellement exposer sa véritable situation. Vous ne pourrez
donc pas instaurer un bon rapport et avoir une relation de travail efficace. »
« Avant d’aborder cette liste de questions, vous devez tenir un petit discours qui est censé ‘normaliser’ les choses (par
exemple, ‘nous sommes conscients qu’il existe de nombreuses orientations sexuelles différentes et l’orientation sexuelle peut
être indéterminée. Compte tenu de cette réalité, nous devons vous poser les questions suivantes’). »
« Vous avez peut-être abordé les relations familiales, intimes et sociales avec le client mais celui-ci n’a pas fait état
de son orientation ou identité sexuelles. Par la suite, s’il en parle, toutes ces questions doivent être réexaminées parce
qu’il y a un élément qui n’a pas été pris en compte précédemment et qui influence tout le reste, comme les relations familiales
ou intimes. Vous n’aviez pas tous les morceaux du casse-tête. »
« Je précise bien aux clients : ‘Nous ne sommes pas ici pour changer ce que vous êtes ni pour vous corrompre. Nous ne sommes
pas ici pour vous dire ce que vous êtes. Vous êtes les seuls à savoir qui vous êtes. Vous et vous seuls pouvez choisir ce
que vous voulez devenir. C’est à vous de décider’. Lorsque d’autres personnes vous attribuent des étiquettes, ces étiquettes
sont limitées et limitantes. Lorsque nous nous les attribuons nous-mêmes, elles renforcent notre autonomie. »

Poser les bonnes questions 2