La recherche à CAMH
CAMH Connexions
Automne 2006
par Leah Young
Lors d’une récente étude, des chercheurs de CAMH ont examiné le lien entre la saison de naissance et le poids corporel chez
les femmes aux prises avec un trouble affectif saisonnier (TAS). Menée par les Drs Robert Levitan et James Kennedy, l’étude
a tenté de déterminer si la régulation du poids chez les personnes atteintes de TAS pouvait être influencée par leur saison
de naissance. Les chercheurs se sont notamment penchés sur les interactions possibles avec l’allèle 7R (une section spécifique
de l’ADN) du gène récepteur de la dopamine-4 qui influence la prise de poids en provoquant une perte de sensibilité à la dopamine,
une substance chimique du cerveau.
L’étude a révélé que les femmes nées au printemps et porteuses de l’allèle 7R (le groupe à haut risque) présentaient un indice
de masse corporelle (IMC) moyen de 26 p. 100 plus élevé que celui des sujets nés au cours de n’importe laquelle des trois
autres saisons et non porteurs de l’allèle 7R (le groupe à faible risque).
Les chercheurs se sont également intéressés aux taux d’obésité et d’obésité morbide à l’intérieur de chacun de ces groupes.
Les participantes du groupe à risque élevé se sont révélées considérablement plus susceptibles de souffrir d’obésité ou d’obésité
morbide : 53 p. 100 d’entre elles ont été obèses à un moment donné de leur existence, comparativement à 20 p. 100 des sujets
du groupe à faible risque. De plus, 24 p. 100 des sujets du groupe à risque élevé ont souffert d’obésité morbide comparativement
à seulement 4 p. 100 des participantes du groupe à faible risque.
Sur le plan génétique, ces résultats élargissent notre compréhension du gain de poids et de l’obésité chez les femmes atteintes
de TAS parce qu’ils semblent indiquer que certains facteurs associés à la saison de naissance, comme l’exposition précoce
à certaines hormones liées aux cycles saisonniers clarté-obscurité, interagissent avec le gène récepteur de la dopamine-4
pour influencer la régulation du poids chez ces femmes.
Dans l’ensemble, ces résultats signalent aussi une interaction inédite entre les gènes d’une personne et l’environnement durant
les premiers stades du développement du cerveau, ce qui entraîne un gain de poids et l’obésité plus tard. Les auteurs émettent
l’hypothèse que ce phénomène tire son origine du phénotype vigoureux saisonnier, une stratégie comportementale atavique, programmée
dans nos gènes, qui augmente les chances de survie dans les régions nordiques. Certains des comportements que l’on observe
aujourd’hui chez les personnes atteintes de TAS, comme le fait de manger davantage et de faire moins d’exercice, constituaient,
il y a des milliers d’année, des stratégies d’adaptation aux famines saisonnières ou des prédicteurs de ces famines dans les
régions éloignées de l’équateur. Toutefois, à notre époque où la nourriture abonde, ces comportements entraînent un risque
accru d’obésité chez les femmes aux prises avec un TAS.
La dépression majeure est la principale cause d’invalidité dans le monde, et plus de 50 p. 100 des personnes qui en ont déjà
souffert éprouvent des symptômes de rechute. On s’intéresse toutefois assez peu à des stratégies visant à réduire le risque
de rechute ou à des mesures permettant d’identifier les personnes dépressives en rémission et vulnérables aux rechutes. CAMH
a récemment fait part des résultats d’une nouvelle étude du Dr Zindel Segal de CAMH qui permet d’espérer la mise au point
de traitements plus efficaces qui, en tenant compte de ce risque, permettront aux gens de se rétablir et de demeurer en santé
plus longtemps.
L’étude montre que les personnes qui se sont rétablies d’une dépression risquent de rechuter si de brefs épisodes de tristesse
déclenchent chez elles des formes de pensées dépressives. « Ces résultats révèlent la vulnérabilité aux rechutes chez les
personnes qui semblent s’être rétablies d’une dépression », indique le Dr Segal.
Il s’agit de la première étude à établir un lien entre ces différences dans les formes de pensées et la prédiction d’une rechute
après un traitement réussi contre la dépression. Les résultats donnent à penser que les démarches thérapeutiques qui ciblent
directement les formes de pensées dépressives pourraient constituer un outil efficace de prévention des rechutes.
Cette nouvelle étude a révélé que les personnes dépressives qui étaient en rémission sur le plan clinique, à la suite d’un
traitement aux antidépresseurs, avaient davantage de pensées dépressives après un épisode de tristesse que celles qui avaient
suivi une thérapie cognitivo-comportementale. Indépendamment du type de traitement, l’ampleur des pensées dépressives suivant
un épisode de tristesse représente un prédicteur significatif de rechute.
Selon les données, 51 p. 100 des participants remis d’une dépression avaient eu une rechute pendant la période de suivi de
l’étude. En classant les patients selon l’importance des changements dans leurs formes de pensées dépressives à la suite d’un
épisode de tristesse provoqué, les chercheurs ont réussi à identifier 81 p. 100 des patients qui allaient avoir une rechute.
Ces résultats révèlent un risque de rechute résiduel, mais accru, que le traitement n’a pas complètement pris en compte.
Parallèlement à ces recherches excitantes, le Dr Segal étudie les effets d’un traitement novateur qui enseigne aux patients
à combattre ces changements liés à l’humeur dans leurs formes de pensées en pratiquant la méditation basée sur la conscience.
Dans ce type de méditation, la personne s’exerce à prendre conscience de ses pensées et de ses actions dans le moment présent,
sans les juger.
Pour lire l’article du Dr Segal intitulé “Cognitive Reactivity to Sad Mood Provocation and the Prediction of Depressive Relapse”
dans son intégralité, consultez le site : http://archpsyc.ama-assn.org (en anglais).