Exposé de position sur le programme de dépistage des drogues et de traitement obligatoire destiné aux bénéficiaires de l’aide
sociale
Novembre 2000
Le Centre de toxicomanie et de santé mentale (CTSM) n’est pas en faveur du programme de dépistage des drogues et de traitement
obligatoire destiné aux bénéficiaires de l’aide sociale. Selon les recherches, le dépistage des drogues n'a qu’une utilité
restreinte lorsqu’il s’agit de confirmer les problèmes de toxicomanie et les besoins de traitement. Une telle approche ne
servira qu’à perpétuer le stigmate associé à la pauvreté et à l’accoutumance et risque de nuire au particulier, sans compter
les effets sociaux qui se feront ressentir. Le Centre se préoccupe des problèmes de nature éthique et juridique de cette atteinte
aux droits de la personne de ses patients et clients qui touchent des prestations d’aide sociale.
Le dépistage des drogues ne permet pas vraiment de déterminer les besoins de traitement des particuliers. Les résultats positifs
aux tests peuvent révéler la présence de certaines substances dans le système d’un particulier lors de l’administration du
test, mais ne sauraient confirmer l’existence d’un problème de toxicomanie ou d’accoutumance. Les ressources nécessaires à
la mise en œuvre d'un programme de dépistage de la toxicomanie seraient bien plus utiles si l’on s’en servait pour améliorer
l’accès à l’analyse de la motivation et aux évaluations cliniques au sein du système de traitement de la toxicomanie. On pourrait
ainsi bien cerner les besoins de traitement individuels et y répondre.
Le Centre s’inquiète de ce que l’arrêt du versement des prestations aux personnes qui ne suivent pas un programme de traitement
fondé sur l’abstinence risque de ne pas tenir compte des renseignements dont nous disposons à l’heure actuelle sur la nature
cyclique de la gestion de la toxicomanie. En effet, 70 p. 100 des personnes font au moins une rechute après la première année
de leur convalescence.
Le Centre recommande que le traitement de la toxicomanie repose sur un système de soins axés sur la clientèle, au sein duquel
le traitement soit dispensé dans un climat de confiance entre le thérapeute et le client et qui favorise un accès à toute
une gamme de modes de traitement.
Selon les recherches, l’usage des drogues n’est pas plus répandu chez les bénéficiaires de l’aide sociale que dans la population
active et n’est donc pas un indicateur fiable de la capacité d’une personne de se trouver un emploi. En fait, 70 p. 100 des
personnes qui consomment de la drogue sont employées.
Le Centre estime que l’arrêt éventuel du versement d’un revenu aux personnes qui n’ont que l’aide sociale comme dernier recours
pénalisera indûment celles et ceux qui sont défavorisés. Des recherches aux États-Unis révèlent que le refus de l’octroi de
prestations aux particuliers qui refusent de suivre un traitement risque d’accroître la pauvreté, la criminalité, le problème
des sans-abri, les coûts sociaux et les coûts de santé. Une telle approche ne ferait qu’aggraver les stéréotypes qui lient
à tort la toxicomanie aux besoins financiers, et ne répondrait pas aux besoins complexes et plus pertinents des personnes
nécessitant de l’aide.
Le Centre recommande que les bénéficiaires de l’aide sociale aient accès aux mécanismes de soutien qui permettent de prédire
de façon plus fiable qui sera en mesure de se trouver et de garder un emploi, soit les services suivants : logement approprié,
service de garde d'enfants, mécanismes de soutien sociaux, compétences linguistiques et formation spécialisée.
Le traitement obligatoire s’impose souvent pour les personnes qui ont enfreint la loi ou pour les particuliers qui peuvent
représenter un danger pour le public. Le Centre estime qu’assujettir les bénéficiaires de l’aide sociale à un programme de
dépistage et de traitement obligatoire de la toxicomanie uniquement en raison de leurs besoins économiques n’est nullement
justifié et représente une infraction aux droits à la vie privée et à l'auto-détermination. Le Code des droits de la personne
de l’Ontario considère la toxicomanie comme un handicap. Le refus d’accorder des prestations de bien-être social en raison
d’une toxicomanie enfreindrait donc le Code, une décision qui vient d’être confirmée dans une récente décision de la Cour
d’appel.
Le Centre recommande que le gouvernement renonce à son projet de programme de dépistage et de traitement obligatoire de la
toxicomanie pour les bénéficiaires de l’aide sociale que l’on soupçonne de se droguer, et qu’il songe plutôt à leur offrir
des mécanismes de soutien pour qu’ils puissent interrompre le cercle vicieux de la dépendance à l’aide sociale. Ces mécanismes
devraient prévoir l’accès à :
Des responsables de cas au sein du système d’aide sociale ayant reçu une formation pour dépister, identifier et orienter les
toxicomanes et les personnes atteintes de maladie mentale;
- Des responsables de cas au sein du système d’aide sociale ayant reçu une formation en matière de stratégies de motivation
afin de faire participer les toxicomanes au système d’évaluation et de traitement;
- Des mécanismes de soutien dans le domaine du logement, des services de garde d’enfants et de la formation professionnelle.
En outre, le gouvernement devrait utiliser les ressources réservées au programme de dépistage et de traitement obligatoire
pour élargir le système de traitement actuel. Ceci devrait déboucher sur la prestation de services d’évaluation clinique plus
appropriés et efficaces, destinés aux personnes qui ont des problèmes d’alcool ou d’autres drogues, quelles que soient leurs
circonstances personnelles.