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Les monopoles de vente au détail d’alcool et la réglementation : L'Alcool - N'est pas un simple produit de consommation

L'alcool n'est pas un produit de consommation inoffensif. Les problèmes liés à l'alcool sont un lourd fardeau pour la santé et la sécurité publiques. Les coûts de l'abus d'alcool s'élèvent à des milliards de dollars sur le plan des soins de santé, de l'application de la loi, des poursuites judiciaires et de la perte de productivité. Un grand nombre de personnes font une consommation d'alcool à faible risque (Bondy et al., 1999). De plus, bon nombre de buveurs n'éprouvent pas de problèmes graves avec l'alcool. Néanmoins, en Ontario, une personne sur dix présente un risque élevé de dépendance à l'alcool et environ 3 % des adultes ont une dépendance grave à l'alcool (Single et al., 1998). 

Même une consommation d'alcool modérée, par exemple le fait de prendre plusieurs verres par jour pendant plusieurs années, n'est pas exempte de risques et est associée à un risque accru de certains types de cancer (Corrao et al., 1999) et d'autres maladies chroniques (Babor et al., 2003; Edwards et al., 1994). Les méfaits liés à l'alcool sont associés à divers comportements de consommation d'alcool, notamment la dépendance à l'alcool, une consommation régulière sur une longue période et une consommation modérée entrecoupée de périodes de consommation excessive d'alcool. Selon une étude, environ 50 % des coûts liés à l'alcool étaient attribuables à la consommation d'alcool par des personnes n'étant pas considérées comme ayant une dépendance ni pour lesquelles on avait posé un diagnostic d'abus ou de consommation nocive d'alcool (Rehm, 1999). Par conséquent, même les personnes qui consomment généralement de l'alcool de façon modérée et qui parfois en consomment de façon excessive ne sont pas à l'abri des méfaits liés à l'alcool, qu'elles en soient la victime ou l'agent (Room et al., 1995a). Une enquête communautaire effectuée en Ontario a révélé qu'au cours des 12 mois précédents, plus de 70 % des répondants avaient éprouvé un problème à cause de la consommation d'alcool d'une autre personne (Allen et al., 1998). Des taux élevés de consommation d'alcool sont associés à une fréquence accrue de blessures, des risques plus élevés de contracter certaines maladies, un plus grand nombre de cas du syndrome d'alcoolisme fœtal et des effets plus marqués, un risque accru de maladie mentale, une augmentation des activités criminelles et une baisse de la productivité des travailleurs (Edwards et al., 1994; Rehm et al., à paraître).

Chaque année au Canada, l'alcool joue un rôle dans des milliers de décès attribuables aux maladies du cœur et du foie, au cancer, au suicide, aux accidents de circulation et à d'autres accidents. En Ontario, on estime que la perte de productivité, les soins de santé et les services d'application de la loi attribuables à l'alcool ont coûté 2 861 926 000 $ en 1992 (Single et. al., 1996)[2]. Toujours en Ontario, en 1995, environ 350 000 personnes ont déclaré avoir éprouvé au moins un problème lié à leur consommation d'alcool, soit l'équivalent de la population de London (Ontario) (Kavanagh et Bondy, 1995). Plus de la moitié des personnes reconnues coupables de voies de fait, de meurtre ou de tentative de meurtre en Ontario avaient consommé de l'alcool avant de commettre leur crime (Fondation de la recherche sur la toxicomanie, 1994). De l'alcool avait été consommé par l'agresseur dans 50 % des cas de violence conjugale et dans 38 % des cas de violence faite aux enfants en Ontario (Fondation de la recherche sur la toxicomanie, 1994). Ces coûts engagés dans les secteurs sociaux, économiques et de la santé témoignent de la nécessité de mettre en œuvre des mesures de contrôle efficaces et socialement responsables régissant la vente et la consommation d'alcool.

Au cours des trente dernières années, des recherches approfondies ont démontré qu'il y a un lien étroit entre la consommation d'alcool par habitant et les niveaux de méfaits liés à l'alcool enregistrés au sein de la population (Bruun et al., 1975 ; Moore et Gerstein, 1981 ; Edwards et al., 1994). Des études récentes fondées sur des données canadiennes et européennes viennent appuyer ces conclusions. Ces études ont révélé un lien étroit entre les taux de consommation à l'échelle de la population, d'une part et, d'autre part, les taux de décès, toutes causes confondues (Norström, 2001, 2002), les événements graves (Ramstedt, 2002b ; Rossow, 2001, 2002 ; Skog, 2003) et les états chroniques associés à l'alcool (Xie et al., 2000 ; Ramstedt, 2002a, 2002c, 2003).

Des études récentes portant sur la consommation d'alcool et les indicateurs de dommages dans plusieurs provinces canadiennes entre les années 1950 et la fin des années 1990 sont particulièrement pertinentes. Elles ont démontré qu'il y a un lien entre les taux de consommation à l'échelle de la population, d'une part et, d'autre part, la mortalité, toutes causes confondues (Norström, 2002), la cirrhose (Ramstedt, 2003), la mortalité attribuable à l'alcool (Ramstedt, 2002c), les morts violentes (Rossow, 2002), les accidents causés par l'alcool au volant (Skog, 2003) et le suicide (Ramstedt, 2002b). Une des principales conclusions de ces études - qui a aussi été tirée lors de recherches mentionnées précédemment - est que l'augmentation de la consommation d'alcool dans une population se traduit par une augmentation des risques de conséquences graves. Donc, les politiques de santé et de sécurité publiques qui réglementent l'accès à l'alcool ont des conséquences bénéfiques pour les personnes ayant une expérience et des pratiques variées en matière de consommation d'alcool et pour celles qui boivent peu, voire pas du tout.

[2] Pour plus de renseignements, voir aussi Xie et al. (1996; 1998).

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