Le harcèlement sexuel et la violence à l’école : les élèves se sentent-ils en sécurité ?
TORONTO - David Wolfe, Ph.D., du Centre de toxicomanie et de santé mentale, vient de publier une nouvelle étude sur la violence, le
harcèlement sexuel et l’intimidation en milieu scolaire, menée dans 23 écoles du Sud-Ouest de l’Ontario. Cette étude donne
suite au rapport récemment rendu public par Me Julian Falconer et le comité consultatif sur la sécurité dans les écoles communautaires, qui nous presse d’explorer la gravité
de ces problèmes dans les écoles de façon à les régler le plus efficacement et rapidement possible.
Le Centre des sciences préventives de CAMH a interrogé 1 819 élèves des 9e et 11e années dans des écoles urbaines et rurales entre 2004 et 2007 afin d’y mesurer le taux de victimisation, de harcèlement et
d’intimidation et aussi le niveau de sécurité générale qui y règne. Les données recueillies et diffusées dans ce rapport ont
de quoi nous inquiéter.
Interrogés sur les pressions sexuelles, quatre pour cent des garçons de la 11e année ont admis avoir forcé quelqu’un à avoir des relations sexuelles, tandis que 10 p. 100 des garçons et 27 p. 100 des filles
ont reconnu avoir été forcés à avoir des attouchements sexuels. Il n’est pas surprenant de constater que les filles sentent
cette pression plus fortement que les garçons puisque 15 p. 100 d’entre elles ont signalé avoir eu recours à la fellation
(sexe oral) simplement pour éviter des rapports sexuels.
En ce qui a trait au harcèlement sexuel, les filles sont beaucoup plus vulnérables aux commentaires à caractère sexuel, aux
regards ou aux attouchements non désirés ainsi qu’aux commentaires sur leur anatomie ou à l’évaluation de leur corps. En revanche,
les garçons faisaient plus souvent l’objet d’insultes homophobes (comme se faire traiter de « tapette » ou de « fifi ») que
les filles (p. ex. se faire traiter de « butch » ou « lesbienne »). Malheureusement, la fréquence des insultes homophobes
est demeurée stable chez les garçons entre la 9e année (34 p. 100) et la 11e année (30 p. 100), mais a chuté de moitié chez les filles pendant la même période, passant de 22 p. 100 à 12 p. 100.
En 9e année, 29 p. 100 des filles et 33 p. 100 des garçons ont signalé ne pas s’être sentis en sécurité à l’école au cours du mois
précédent. « L’école secondaire aujourd’hui est un véritable champ de bataille », déclare David Wolfe, chercheur principal
et directeur du Centre des sciences préventives de CAMH à London, en Ontario. « Or, il s’agit des années les plus importantes
sur le plan du développement des adolescents. »
Selon le sondage, 16 p. 100 des filles et 32 p. 100 des garçons ont signalé avoir subi des agressions (sur le terrain de l’école
ou ailleurs), alors que 10 p. 100 des filles et 25 p. 100 des garçons ont admis avoir commis des actes violents. Et depuis
l’utilisation répandue de l’Internet et des réseaux d’internautes, 12 p. 100 des garçons et 14 p. 100 des filles ont déclaré
avoir été victimes de harcèlement par l’intermédiaire de l’Internet.
« L’adolescence est en soi une période difficile, mais elle le devient encore plus lorsqu’elle s’accompagne de pressions sociales
et de faible estime de soi, reprend M. Wolfe. C’est une période parfois bouleversante où certains jeunes commencent à expérimenter
la drogue et les relations sexuelles. Ces expériences peuvent s’avérer difficiles pour des adolescents qui apprennent à socialiser
entre eux d’une façon plus mature. »
De l’avis du chercheur, la situation actuelle dans les écoles secondaires peut avoir des répercussions négatives sur la vie
des enfants. « Tous ces comportements, de la violence physique au harcèlement verbal, peuvent nuire aux élèves et influer
grandement sur leur bien-être. On sait déjà que l’intimidation et le harcèlement peuvent miner la santé des personnes et leur
capacité d’adaptation, et les rendre plus vulnérables à la dépression, à la toxicomanie, à l’anxiété et à l’échec scolaire »,
poursuit-il.
« Il est très important que les écoles trouvent des façons de traiter ces formes d’abus et de violence afin que les jeunes
se sentent en sécurité dans leur établissement. Les élèves doivent savoir que les voies de communication sont ouvertes et
qu’ils peuvent parler de leurs problèmes aux administrateurs de l’école et à leurs parents. De notre côté, nous devons nous
montrer ouverts et honnêtes avec les enfants et leur donner les moyens de prendre de bonnes décisions. »
D’après ces constats et ceux d’autres études, le nouveau rapport met en lumière l’incidence élevée du harcèlement et de la
violence chez les élèves du secondaire. Bien que certains de ces comportements ne soient pas aussi apparents ni extrêmes que
d’autres formes de violence, ces actes commis au quotidien auront probablement des répercussions néfastes sur la vie de nos
jeunes. Si certains de ces comportements (comme les coups) se font plus rares au fur et à mesure que les adolescents prennent
de l’âge, il est évident que les élèves ne se sentent pas en sécurité au secondaire.
Pour terminer sur une note positive, les chercheurs signalent que de nombreux conseils scolaires de la province sont à l’écoute
des jeunes et prennent des mesures pour les rassurer. Les écoles jouent un rôle plus actif sur le plan de la prévention de
la violence et de la promotion de rapports sains entre élèves. Elles mettent en œuvre des programmes scolaires novateurs et
font appel à des professionnels de la collectivité. Les élèves, les parents et le personnel des écoles doivent s’unir pour
veiller à la sécurité dans les écoles.
« Il n’est jamais trop tôt pour agir, conclut David Wolfe. De nombreux comportements négatifs prennent naissance au primaire,
et la solution permanente à ce problème nécessitera l’apprentissage de relations positives et du respect d’autrui. »
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Le Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) est le plus grand hôpital d’enseignement dans les domaines de la toxicomanie
et de la santé mentale au Canada. CAMH intègre les soins cliniques, la recherche scientifique ainsi que les activités d’éducation,
d’élaboration de politiques et de promotion de la santé afin de transformer la vie des personnes touchées par des questions
liées à la toxicomanie et à la santé mentale
CAMH est un Centre collaborateur de l’Organisation panaméricaine de la santé et de l’Organisation mondiale de la Santé. CAMH
est affilié à part entière à l’Université de Toronto.
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