La plupart des antidépresseurs n’ont pas d’effet sur une protéine clé lors d’une dépression clinique

Pour diffusion immédiate – 7 décembre – TORONTO – Lors d’une dépression clinique, le niveau d’une protéine clé du cerveau appelée monoamine oxydase A (MAO-A) est très élevé. Or, selon une étude importante publiée aujourd’hui dans Archives of General Psychiatry, les antidépresseurs courants n’ont pas d’effet sur cette protéine. Cette étude a de profondes répercussions sur notre compréhension des raisons pour lesquelles les antidépresseurs ne font pas toujours de l’effet.

Des chercheurs du Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) ont utilisé une méthode avancée d’imagerie du cerveau pour déterminer le niveau de la protéine MAO-A dans le cerveau. Cette protéine digère de multiples substances chimiques présentes dans le cerveau, notamment la sérotonine, qui contribue à maintenir une humeur égale. Lorsque le niveau de MAO-A est élevé, une trop grande quantité de ces substances est éliminée.

Bien qu’ils soient les médicaments les plus prescrits en Amérique du Nord, les antidépresseurs n’ont pas les effets recherchés dans 50 pour 100 des cas, explique le Dr Jeffrey Meyer, qui a dirigé l’étude. « Les cas où le traitement ne soulage pas la maladie sont importants, car ils nous permettent de comprendre les raisons pour lesquelles le traitement donne pas toujours les résultats escomptés. Plutôt que de régler le problème de la décomposition de plusieurs substances chimiques par la MAO-A, la plupart des antidépresseurs ne font que hausser le niveau de sérotonine. »

Comprendre le problème d’une maladie persistante

Selon l’Organisation mondiale de la Santé, la dépression se classe au quatrième rang parmi les causes d’invalidité et de décès prématuré dans le monde. Les maladies récidivantes sont un problème grave. Même lorsque le traitement est optimal, le taux de récidive de la dépression clinique est d’au moins 20 pour 100 sur deux ans.

Lors de la nouvelle étude, on s’est concentré sur les personnes qui s’étaient complètement  remises d’un épisode de dépression clinique. On a relevé des niveaux élevés de MAO-A chez certaines personnes qui semblaient s’être remises de la maladie. Ces personnes ont connu d’autres épisodes dépressifs par la suite.

Cette nouvelle idée selon laquelle des concentrations élevées de MAO-A abaissent les niveaux de substances chimiques présentes dans le cerveau appelées monoamines et causent une dépression clinique est conforme aux résultats d’autres études selon lesquels les médicaments qui diminuent artificiellement les niveaux de monoamines peuvent avoir pour effet de créer une dépression clinique. Dans les années 1950, on a constaté que des médicaments utilisés pour traiter l’hypertension artérielle diminuaient les niveaux de monoamines et que les patients éprouvaient alors un épisode dépressif. Cet épisode prenait fin lorsque les patients cessaient de prendre les médicaments.

De la technologie au traitement

Le vice-président, Recherche, le Dr Bruce Pollock, précise que les chercheurs ont eu recours à une technologie avancée d’imagerie du cerveau. « CAMH est le seul centre de tomographie par émission de positons (TEP) au monde se consacrant au traitement et à la recherche dans les domaines de la toxicomanie et de la santé mentale. Cela nous a permis de mettre au point une nouvelle technologie permettant de déterminer les concentrations de MAO-A. »

Virginia Wilson sait qu’il peut être difficile de trouver un médicament efficace. Il s’est écoulé huit ans entre le moment où on a diagnostiqué une dépression et celui où on a mis au point un médicament qui l’a soulagée. « Pendant cette période, j’ai pris tous les types d’antidépresseurs disponibles. J’ai éprouvé énormément de frustration et de douleur et ma vie a été durement touchée. » Les recherches actuelles sur la dépression donnent de l’espoir à Mme Wilson pour les personnes qui, comme elle, sont aux prises avec cette maladie. « Il est très important de comprendre les mécanismes biochimiques de la dépression, car cela peut déboucher sur de meilleurs traitements et sauver des vies. »

Les premiers antidépresseurs gênaient l’action de la MAO-A, mais ont été mis de côté dans les années 1970 en raison de leurs interactions négatives avec certains aliments. On a fait des progrès pour surmonter ces problèmes, mais la grande majorité des travaux portant sur la mise au point et l’usage d’antidépresseurs ne ciblaient pas la MAO-A.

« Comme la plupart des antidépresseurs ne ciblent pas la MAO-A, nous comptons sur le cerveau pour rectifier le problème de la production excessive de MAO-A, ce qu’il ne fait pas toujours. Il faut mettre au point des traitements qui amènent le cerveau à produire moins de MAO-A même lorsque le traitement à l’aide d’antidépresseurs est terminé afin de favoriser un rétablissement soutenu », de dire le Dr Meyer.

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Renseignements pour les médias (en anglais seulement pour cet article – veuillez nous en excuser) : Michael Torres, Relations avec les médias, CAMH, 416 595-6015 ou Media@camh.net

Des éléments visuels sont disponibles sur demande.

Le Dr Meyer est titulaire d’une chaire de recherche du Canada en neurochimie de la dépression et chef du programme d’imagerie neurochimique des troubles de l’humeur. L’étude, intitulée Monoamine Oxidase A Binding in Depressive Disorder: Relationship to Selective Seratonin Reuptake Inhibitor Treatment, Recovery and Recurrence, a été financée par les Instituts de recherche en santé du Canada, la Fondation ontarienne de la santé mentale et la Fondation canadienne pour l’innovation.

Le Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) est le plus grand hôpital d’enseignement dans les domaines de la toxicomanie et de la santé mentale au Canada, ainsi qu’un des principaux centres de recherche dans ces domaines au monde. CAMH intègre les soins cliniques, la recherche ainsi que les activités d’éducation, d’élaboration de politiques, de prévention et de promotion de la santé afin de transformer la vie des personnes touchées par des questions liées à la toxicomanie et à la santé mentale.

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