Emploi stable et santé mentale – y a-t-il un lien entre les deux ?
Une nouvelle recherche établit une corrélation entre la stabilité d’emploi et la santé mentale dans un rapport de l’OSM
Bien que le Canada affiche un faible taux de chômage, le secteur de la fabrication a perdu cette année 88 000 emplois, pour
la plupart en Ontario. Le pays a également enregistré au cours de douze mois une augmentation beaucoup plus marquée des emplois
à temps partiel (3,5 p. 100) qu’à temps plein (0,9 p. 100). Selon un nouveau rapport de l’Organisation mondiale de la santé
(OSM) sur les déterminants sociaux de la santé, ce genre de changements dans les conditions d’emploi peut avoir d’importantes
répercussions non seulement sur notre santé financière mais aussi notre santé tout cours. C’est le constat des travaux de
recherche du Dr Carles Muntaner, du Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH), dans le rapport.
Le Dr Muntaner et son équipe ont établi un rapport entre la précarité d’emploi (p. ex., contrats temporaires ou travail à temps
partiel à bas salaire et sans avantages sociaux) et les problèmes de santé mentale. Comparativement aux travailleurs qui ont
un emploi à temps plein et bénéficient d’avantages sociaux, ceux qui vivent de l’insécurité d’emploi ressentent d’importants
effets néfastes sur leur santé physique et mentale.
L’équipe de recherche a aussi montré que le stress au travail est associé à un risque excédentaire de maladie coronarienne
de 50 p. 100 et que les emplois très exigeants, les emplois qui ne sont pas récompensés à leur juste valeur et le manque de
contrôle au travail constituent des facteurs de risque pour la santé physique et mentale (dépression majeure, troubles anxieux,
toxicomanie). Le Dr Muntaner explique que le Canada et d’autres pays riches, comme le Royaume-Uni, les États-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande,
font face à des défis similaires, car ils se montrent plus tolérants envers les inégalités que la Suède ou le Danemark par
exemple.
« L’accès aux soins de santé n’est pas le seul déterminant d’une communauté en santé, indique le Dr Muntaner. Tous les aspects de notre mode de vie, y compris notre façon de travailler, sont intrinsèquement liés à notre bien-être
ainsi qu’à la qualité et à la durée de notre vie. Nous devons comprendre et améliorer la relation entre la santé et le travail
pour relever le défi d’un marché de l’emploi en constante évolution au Canada. » Le rapport de l’OSM, intitulé Combler le fossé en une génération : Instaurer l’équité en santé en agissant sur les déterminants sociaux de la santé, fait trois grandes recommandations afin de parvenir à l’équité en santé, notamment par l’amélioration des conditions de travail.
D’ailleurs, dans le rapport, on demande que soient prises des mesures à l’échelon local, national et mondial afin d’améliorer
les conditions de travail et on propose des démarches pour y parvenir.
Ce rapport phare de l’OSM est le fruit de trois années d’études menées par un éminent groupe de décideurs, d’universitaires,
d’anciens chefs d’état et ministres de la santé afin d’observer les différences internationales et nationales résultant de
l’environnement social où les gens naissent, grandissent, vivent, travaillent et vieillissent – ce qu’on appelle les déterminants
sociaux de la santé. Ce groupe de collaborateurs formait la Commission des Déterminants sociaux de la Santé de l’OSM, qui
a produit le rapport Combler le fossé en une génération : Instaurer l’équité en santé en agissant sur les déterminants sociaux de la santé.
Les données et recommandations concernant les conditions de travail sont issues du réseau de savoirs sur les conditions d’emploi
(Employment Conditions Knowledge Network ou EMCONET), l’un des neuf réseaux de savoirs mis sur pied pour appuyer la Commission
dans son travail. EMCONET était coprésidé par le Dr Muntaner, titulaire de la chaire de recherche en soins infirmiers dans le domaine de la dépendance, par des scientifiques
de la section de la recherche sur l’égalité sociale et la santé de CAMH, ainsi que par Joan Benach, scientifique auxiliaire
à la même section.
La Commission a présenté son rapport au directeur général de l’OSM, et le Dr Muntaner a fait état des données sur les conditions de travail lors d’un discours-programme donné dans le cadre de la 5e conférence mondiale sur la promotion de la santé mentale et la prévention des troubles mentaux et comportementaux, à Melbourne
en Australie, le 12 septembre 2008.
Pour de plus amples renseignements, consultez WHO | Commission on Social Determinants of Health - Final Report (un condensé est également disponible en français à cette adresse).
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Le Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) est le plus grand hôpital d’enseignement dans les domaines de la toxicomanie
et de la santé mentale au Canada et un des principaux centres de recherche dans ces domaines au monde. CAMH intègre les soins
cliniques, la recherche ainsi que les activités d’éducation, d’élaboration de politiques et de promotion de la santé afin
de transformer la vie des personnes touchées par des questions liées à la toxicomanie et à la santé mentale.
CAMH est affilié à part entière à l’Université de Toronto et est un Centre collaborateur de l’Organisation panaméricaine de
la santé et de l’Organisation mondiale de la Santé.