La relation thérapeutique
Les femmes, la violence et le traitement des traumatismes
Sur cette page :

La relation avec votre thérapeute vise à :
- établir une « alliance fondée sur la collaboration » (ou un rapport positif) ;
- établir des limites ;
- vous aider à vous comprendre avec empathie et respect.
Une alliance fondée sur la collaboration est le rapport positif que vous établissez avec votre thérapeute. Il s’agit là d’une étape importante car la détresse que
ressentent les femmes est souvent liée à leur mauvaise expérience dans une relation intime.
Bien des survivantes de mauvais traitements sont anxieuses par rapport à la relation thérapeutique. Elles ont souvent été
trahies par une personne en qui elles avaient confiance et se sont senties impuissantes et exploitées. Dans bien des cas,
elles peuvent croire ne plus pouvoir faire confiance aux autres ni compter sur leur soutien. Les relations interpersonnelles,
surtout avec des gens en position d’autorité ou sur qui elles doivent compter, peuvent alors leur sembler menaçantes.
Il n’est donc pas rare ni surprenant que les survivantes de mauvais traitements entreprennent une thérapie en s’attendant
à ce que la relation avec leur thérapeute soit semée de dangers similaires à ceux qu’elles ont connus avec leur agresseur.
Dans la relation thérapeutique, le thérapeute est en position d’autorité tandis que la survivante se sent dans une position
de vulnérabilité. À cause de l’autorité conférée au thérapeute, la survivante peut avoir de la difficulté à exprimer ses émotions
et réactions vis-à-vis du traumatisme vécu, qui peut susciter chez elle un sentiment de honte, de colère, de peur ou d’anxiété.
La guérison doit se faire dans le cadre d’une relation pour que la personne puisse éventuellement envisager les relations
interpersonnelles comme étant sécuritaires et positives. En développant une relation de confiance avec son thérapeute, la
personne acquiert des aptitudes relationnelles qui lui permettront d’établir des rapports plus valorisants et respectueux
avec autrui.
Les survivantes de mauvais traitements développent différents mécanismes pour éviter ou négocier les relations afin de se
protéger contre d’autres actes violents, l’abandon ou la négligence. Il se peut que vous ayez recours à ces mécanismes dans
le cadre de la relation avec votre thérapeute.
- Vous pouvez tenter de maintenir l’aspect non menaçant de la relation en acquiesçant aux observations et demandes de votre
thérapeute, tout en ignorant vos propres pensées, émotions ou besoins.
- Vous pouvez mettre à l’épreuve la capacité de votre thérapeute de comprendre vos pensées et sentiments en ne lui divulguant
qu’une infime partie de ce que vous pensez ou ressentez vraiment.
- Vous pouvez essayer de lui raconter des histoires intéressantes pour ne pas avoir à parler de vos émotions douloureuses.
- Vous pouvez essayer de lui plaire en lui offrant des cadeaux ou en lui posant des questions sur lui-même, parce que vous ne
croyez pas que vos besoins sont importants aux yeux des autres.
Votre thérapeute devrait être formé pour comprendre vos mécanismes de protection. Il ne devrait pas vous punir, vous rejeter
ni s’éloigner de vous. Il devrait plutôt vous guider, vous offrir des conseils et vous faire des suggestions. Il devrait vous
encourager à discuter seulement de ce dont vous voulez parler.
Il est normal d’avoir des sentiments différents vis-à-vis de votre thérapeute à différentes étapes de la thérapie. Vous pouvez
:
- ressentir une affinité ;
- vous sentir nerveuse parce que vous avez besoin d’aide ;
- vous sentir appréciée ;
- vous sentir trop vulnérable pour vous dévoiler.
La relation que vous entretenez avec votre thérapeute est, à bien des égards, similaire à toute autre relation. Elle peut
avoir son lot de malentendus et de déceptions et même provoquer de la colère.
Bien des personnes ne se rendent pas compte avant d’entreprendre une thérapie combien la relation avec le thérapeute est importante.
Cette relation est parfois la première fois où elles se sentent véritablement en sécurité et écoutées. Il n’est pas rare pour
les clients (pas seulement les survivantes de violence) de se sentir aimés de leur thérapeute. Cela est une situation difficile
pour certaines personnes, car l’expérience positive qu’elles entretiennent avec leur thérapeute peut donner naissance à des
sentiments intenses, allant de la peur d’une dépendance à leur thérapeute au désir de le voir combler tous leurs besoins.
Il n’y a rien de mal à éprouver ces sentiments, qui sont tout à fait normaux. Il incombe au thérapeute de vous offrir une
relation sûre et fiable où vous pouvez explorer ces sentiments tout en restant dans les limites établies au départ.
Les survivantes de mauvais traitements peuvent, avec le respect et la confiance de leur thérapeute, surmonter les sentiments
stressants qui peuvent survenir au cours de la thérapie. En fait, les problèmes qui surviennent entre une cliente et son thérapeute
sont souvent similaires à ceux qu’a vécus la survivante dans d’autres relations. Il y aura au fil de la relation thérapeutique,
à l’instar de toute autre relation, des difficultés et des désaccords. Cela ne veut pas dire pour autant que la relation est
un échec. Le fait d’examiner les problèmes dans le cadre sécuritaire de la relation thérapeutique vous permettra de mettre
en pratique vos aptitudes relationnelles. Cela vous aidera à entretenir des relations plus satisfaisantes en dehors de la
thérapie.
Si vous vous sentez mal à l’aise avec votre thérapeute, il est important de lui en parler. Bien que vous soyez en droit de
mettre fin à la thérapie à n’importe quel moment, il est utile de parler du conflit et de vérifier si cela n’est pas le résultat
de malentendus ou de mauvaises interprétations qui peuvent être corrigées. Le thérapeute vous demandera probablement de lui
dire si vous vous sentez incomprise. Parfois, il peut se rendre compte qu’il a commis une erreur et en discuter avec vous.
Il peut, par exemple, ne pas bien saisir toute l’importance de ce que vous lui racontez ou encore réagir avec impatience plutôt
qu’avec compréhension.
Pour bien des survivantes, l’un des aspects importants de la thérapie est d’apprendre à ne plus voir les gens comme bons ou
méchants (un mécanisme adopté pour se protéger). Vous apprenez plutôt que chaque personne a ses propres limites et peut commettre
des erreurs. La plupart des thérapeutes estiment qu’il est important de parler de vos préoccupations, tant sur le plan personnel
que de la thérapie.
Les femmes dont les limites physiques et émotionnelles ont été violées à maintes reprises doivent apprendre à établir des
limites. Cela n’est pas une tâche facile sur le plan psychologique, mais il est important de l’accomplir afin d’avoir des
relations saines.
Qu’entend-on par limites ?
Les limites définissent votre espace personnel et informent les autres sur le type de relation que vous voulez entretenir.
Les limites physiques sont celles que vous imposez dans le domaine des contacts physiques, surtout dans les rapports sexuels.
Elles vous permettent de protéger votre espace personnel. Beaucoup de femmes trouvent utile d’établir des limites sur le plan
des contacts sexuels, par exemple en demandant à leur partenaire de ne pas les approcher par derrière, surtout quand elles
ne s’y attendent pas.
Les limites émotionnelles protègent vos sentiments et vos pensées ainsi que votre droit de les vivre et de les exprimer. Par
exemple, si quelqu’un vous pose une question personnelle à laquelle vous ne voulez pas répondre, vous établissez une limite
en disant : « Cette question me met mal à l’aise » ou « C’est une question qui touche ma vie privée ».
Pour établir des limites sécuritaires, il faut trouver la bonne distance émotionnelle et physique entre deux personnes. Bien
des survivantes s’investissent trop dans les relations avec leurs amis ou partenaires intimes et les rendent ainsi mal à l’aise.
D’autres, voulant se protéger, restent distantes et ne sont pas capables de nouer de solides amitiés ou d’avoir des relations
intimes.
Avec l’aide d’un thérapeute compétent, vous pouvez mieux comprendre comment établir des limites et apprendre à mieux vous
protéger sur le plan physique et émotionnel.
Types de limites
Il est important d’établir des limites dans le cadre de la thérapie, tant pour vous que pour votre thérapeute. Ces limites
seront en grande partie fixées de façon concertée. Certaines sont fixées par des lois que doit respecter le thérapeute, comme
le fait de ne pas avoir de relations sexuelles avec une cliente ou un client.
Plus les limites sont prévisibles et cohérentes, plus vous vous sentirez à l’aise. Votre thérapeute abordera probablement
les sujets suivants avec vous.
Contacts physiques
Le thérapeute devrait discuter avec vous des limites concernant les contacts physiques. Certains thérapeutes observent des
règles très strictes à ce sujet et n’ont aucun contact physique avec leurs clients. D’autres peuvent utiliser le toucher pour
réconforter une cliente ou la ramener à la réalité. Votre thérapeute devrait toujours vous demander s’il peut vous toucher
avant de le faire.
Divulgation de renseignements personnels par le thérapeute
Le thérapeute devrait toujours informer le client de la nature des renseignements qu’il divulguera sur lui-même.
Divulgation de renseignements par la cliente
La relation de confiance qui se développe au cours de la thérapie vient en partie du fait que vous savez que votre thérapeute
respecte le rythme que vous voulez établir pour la discussion. Si vous n’êtes pas prête à aborder certains sujets pénibles
ou personnels, vous n’avez pas à le faire. Au cours de la thérapie, vous apprendrez avec l’aide de votre thérapeute à exprimer
et à établir vos limites émotionnelles.
Votre thérapeute devrait également vous aider à examiner les situations passées où vous vous êtes sentie mal à l’aise ou effrayée
en présence d’autrui et à en tirer des leçons. Pour atteindre l’autonomie, vous devez être capable d’anticiper vos besoins
d’établir des limites.
Disponibilité du thérapeute
Votre thérapeute devrait aussi vous dire s’il est possible ou non de le rejoindre au téléphone entre les séances et quoi faire
en cas d’urgence.
Le thérapeute ne devrait pas entretenir un rapport double. Cela signifie que le thérapeute ne peut être ni un ami ni une personne que vous fréquentez et ne peut pas vous fournir un
autre service. Par exemple, si vous suivez une thérapie pour un traumatisme avec votre médecin, ce dernier devrait vous orienter
vers un autre professionnel pour vos examens médicaux. Cela devrait être fait avant le début de la thérapie.
Limites comportementales
Le thérapeute vous demandera de consentir à maîtriser tout comportement agressif ou violent durant les séances de thérapie.
Vous devrez également consentir à vous abstenir de boire de l’alcool et de prendre des drogues avant les séances.
Règles de la thérapie
Le thérapeute devrait discuter des règles qui s’appliquent à la thérapie. Par exemple, il est tenu de conserver le caractère
confidentiel de vos renseignements personnels, mais il doit signaler aux autorités tout mauvais traitement infligé à des enfants
que vous lui divulguez et qui a lieu au cours de la thérapie. Il y aura aussi probablement des règles concernant le respect
des rendez-vous et le préavis requis pour annuler ou changer un rendez-vous. La plupart des thérapeutes discuteront également
des honoraires exigés, de l’échéancier et des modalités de paiement.
