Votre famille et vos amis
Les femmes, la violence et le traitement des traumatismes
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Des amis, des membres de votre famille ou d’autres personnes de votre entourage vous ont peut-être dit de simplement « en
finir » avec vos difficultés, que les mauvais traitements étaient une chose du passé et qu’il valait mieux les oublier. Pire,
ils vous ont peut-être dit que vous étiez en quelque sorte responsable de ce qui vous était arrivé.
Les membres de votre famille et vos amis doivent comprendre ce qui déclenche vos réactions aux traumatismes, sinon ils peuvent
renforcer la fausse perception que vous suivez une thérapie parce que vous êtes « folle », gravement malade ou complaisante
envers vous-même. Certains peuvent se sentir coupables de ne pas avoir pu (ou voulu) vous aider ou vous protéger. Ils peuvent
aussi se sentir menacés par les changements qu’ils voient s’opérer en vous à mesure que votre thérapie évolue. Par exemple,
au fil de votre rétablissement, vous serez peut-être davantage en mesure de vous affirmer, d’établir des limites et de parler
de vos besoins ou déceptions.
Votre famille et vos amis peuvent aussi s’inquiéter à votre sujet. Par exemple, ils ne comprennent peut-être pas que vos nerfs
soient plus à fleur de peau à différentes étapes de la thérapie, ni que les gens peuvent réagir violemment à des événements
qui se sont produits il y a bien des années. C’est pourquoi ils pensent parfois vous aider en vous encourageant à abandonner
la thérapie.
Les personnes de votre entourage doivent comprendre qu’il y a un lien entre vos difficultés actuelles et le traumatisme que
vous avez vécu dans le passé. Elles doivent comprendre que c’est en explorant l’événement traumatisant et ses répercussions
que vous pourrez être plus heureuse et mieux en mesure de résoudre vos problèmes actuels.
Soutien et compréhension
Les mauvais traitements subis pendant l’enfance ont habituellement des répercussions néfastes à long terme. Il est cependant
possible de se rétablir d’un traumatisme et de ses effets ; le soutien de la famille et des amis joue un rôle très important
dans le processus de guérison. Il faut se rappeler que les femmes qui ont subi des mauvais traitements à un jeune âge ou de
façon répétée sont fortes et ont déjà survécu à une expérience douloureuse et traumatisante.
Les réactions et comportements d’une personne ayant survécu à une violence prolongée peuvent avoir des répercussions sur tous
les membres de la famille. Il n’existe pas de solutions miracles pour faire face à ces défis. Toutefois, le fait de comprendre
que ces pro-blèmes sont le résultat d’une expérience traumatisante et constituent des mécanismes d’adaptation normaux que
la survivante a développés pour composer du mieux qu’elle peut avec sa situation aide à atténuer le stress et l’inquiétude
que peuvent ressentir famille et amis.
Les personnes atteintes de stress post-traumatique sont souvent aux prises avec d’autres problèmes qui compliquent le traitement.
Par exemple, elles sont nombreuses à consommer de l’alcool ou d’autres drogues pour soulager la douleur causée par le traumatisme.
La dépression clinique est aussi un problème courant chez les femmes atteintes de stress post-traumatique. Bien des survivantes
sont aussi atteintes de pro-blèmes physiques chroniques.
Il existe de nombreux événements quotidiens pouvant déclencher les souvenirs trauma- tisants chez les survivantes (ce qu’on
appelle des flash-backs). Ces dernières peuvent réagir en se coupant de la réalité (dissociation), en se repliant sur elles-mêmes,
en devenant apeurées ou en se mettant en colère. Elles peuvent parfois se sentir envahies par une très grande tristesse.
Il peut leur être difficile, voire impossible, de participer aux activités familiales. Les survivantes sont souvent réticentes
à prendre part à des activités sociales. Les personnes vivant un stress post-traumatique peuvent se replier sur elles-mêmes
et ne plus s’intéresser aux relations ou activités qu’elles appréciaient auparavant. Elles peuvent perdre leur foi ou leur
spiritualité. Leur partenaire et leurs proches se sentent souvent impuissants parce qu’ils ne savent pas quoi faire pour leur
remonter le moral.
Une survivante peut ne pas être capable d’occuper un emploi pendant une crise, ce qui peut être difficile financièrement pour
sa famille. Une femme qui a souffert de mauvais traitements répétés pendant son enfance ou de façon prolongée à l’âge adulte
peut être prompte à se mettre en colère et difficile à calmer. Elle peut avoir de la difficulté à faire confiance aux autres,
même aux membres de sa propre famille et aux personnes en position d’autorité, comme les thérapeutes.
Le soutien et la compréhension des membres de sa famille et de ses amis peut être une part vitale du rétablissement de la
personne au cours de sa thérapie.
Il est important de comprendre les réactions émotives complexes et parfois intenses que peuvent manifester les survivantes.
Les élans de colère ou la méfiance dont fait preuve votre amie ou partenaire sont souvent plus intenses à cause des mauvais
traitements dont elle a fait l’objet. Par exemple, si vous la blessez dans ses sentiments, votre partenaire sera peut-être
plus en colère qu’elle ne le devrait. Par contre, si vous êtes en colère contre elle, il se peut qu’elle devienne très anxieuse
et apeurée.
Le partenaire ou les amis d’une survivante répondent souvent à ces réactions très négatives en lui disant, par exemple : «
Tu es fâchée à cause d’événements qui se sont produits dans ton enfance, alors ne t’en prends pas à moi. » Si cette réponse
est en partie justifiée, elle ne tient pas compte de la douleur que la femme ressent en ce moment. Vous l’avez sans doute
blessée, mais elle réagit comme si vous l’aviez agressée. Les traumatismes psychologiques ont pour effet de susciter un état
d’alerte émotionnelle qui conditionne la personne à réagir automatiquement de façon très émotive.
Au cours de la thérapie, la survivante apprendra des techniques et méthodes qui l’aideront à maîtriser ses réactions émotives
et à séparer le passé du présent. Elle apprendra que la colère ne donne pas nécessairement lieu à des comportements violents,
et que des paroles qu’elle perçoit comme blessantes n’ont pas nécessairement pour but de l’humilier. Entre-temps, si votre
partenaire s’emporte contre vous à cause de ce que vous avez fait ou dit, admettez que vous l’avez blessée et faites-lui des
excuses.
Il est important de maîtriser vos propres réactions et de faire preuve d’encouragement lorsque votre partenaire a des élans
de colère. Ne la rejetez pas et ne la critiquez pas. Cela pourrait nuire à son cheminement et même la faire régresser. Si
vous êtes critique à l’égard de la façon dont votre partenaire a survécu aux mauvais traitements, vous devez mieux vous renseigner
sur le traitement des traumatismes et parler de vos sentiments à un professionnel.
La famille et les amis doivent faire preuve de soutien et d’empathie et laisser la personne qui suit la thérapie parler de
ses sentiments et de ses réactions. Ils ne devraient pas croire qu’ils peuvent résoudre ses problèmes ou lui offrir des conseils.
Être à son écoute, c’est ce qui l’aidera le plus.
Prenez soin de vous et obtenez du soutien. Renseignez-vous le plus possible sur les traumatismes et leurs répercussions. Parlez
à un professionnel pour mieux comprendre les réactions de la survivante ou lisez sur le sujet.
Demandez-lui ce qui l’aiderait et essayez de le faire. Chaque personne réagit différemment à un traumatisme et a des besoins
différents. Ne croyez pas savoir mieux que la survivante elle-même ce dont elle a besoin.
N’essayez pas de résoudre ses problèmes ni de lui faire oublier ses sentiments, car la survivante pourrait croire que vous
êtes mal à l’aise et n’êtes pas capable de vous faire à l’idée qu’elle a un problème. Elle pourrait essayer de cacher ses
sentiments, ce qui ne ferait qu’augmenter la distance entre vous.
Voici ce que vous pouvez faire pour l’aider :
- Soyez simplement à l’écoute le plus souvent possible.
- Assistez aux séances de thérapie avec elle.
- Respectez son droit de parler ou non de ses sentiments et expériences de violence passées.
- Soyez conscient qu’elle ne sera pas toujours disponible pour vous sur le plan émotif.
- Sachez ce qui la trouble et demandez-lui ce que vous pouvez faire pour l’aider.
- Dites-lui clairement quand vous êtes disponible. Par exemple, peut-elle vous appeler en pleine nuit si elle a besoin de soutien
?
- Établissez des limites pour éviter les ressentiments ou l’épuisement. Vous devez déterminer les moments où vous êtes disponible
pour parler, et pour combien de temps, et communiquez ces limites avec respect.
- Ayez des attentes réalistes. Bien qu’elle acquière de nouvelles stratégies pour composer avec ses réactions aux traumatismes,
la survivante continuera peut-être de faire des cauchemars, d’avoir des crises d’anxiété ou des pensées suicidaires, ou d’avoir
envie de consommer de l’alcool ou d’autres drogues.
- Faites preuve de patience. Guérir d’un traumatisme prend du temps.
