Chapitre 7 - Femmes, famille et méthadone
Traitement de maintien à la méthadone : Manuel du client
Dans ce chapitre :

Si vous avez consommé de l’héroïne, de l’OxyContin ou d’autres opioïdes, vos menstruations ont peut-être arrêté et vous pensez
que vous ne pouvez pas tomber enceinte. Mais si vous n’êtes plus menstruée, c’est peut-être aussi que vous êtes déjà enceinte.
Si vous n’êtes pas certaine, allez passer un test de grossesse chez votre docteur, à la pharmacie ou au centre de santé communautaire.
Si vous n’êtes pas enceinte mais êtes sexuellement active, utilisez une méthode de contraception. Si vous commencez à consommer
moins d’opioïdes ou à prendre de la méthadone, vos menstruations devraient recommencer et vous pourriez alors tomber enceinte.
Utilisez une méthode de contraception. Il est préférable d’attendre que vous soyez prête à vous arrêter de prendre de la drogue
avant de tomber enceinte.
Si vous êtes enceinte et consommez toujours des opioïdes, allez voir votre docteur et demandez-lui de commencer un programme
de maintien à la méthadone aussitôt que possible. Le danger le plus imminent pour votre enfant, c’est le cycle rapide du «
rush » suivi du sevrage. Le sevrage cause des contractions de l’utérus et peut provoquer une fausse couche ou la naissance
prématurée de votre enfant. Le maintien à la méthadone est sécuritaire pour le bébé ; il vous empêche de ressentir les effets
du sevrage et vous permet de prendre soin de vous.
Si vous êtes enceinte, vous devez bien analyser vos options. Si vous voulez garder le bébé, pensez d’abord : comment vivrez-vous
et quel soutien aurez-vous ? Êtes-vous prête à prendre cette responsabilité ? Vous pouvez également donner naissance à votre
enfant et le donner en adoption. Les bébés en bonne santé sont très en demande. La troisième option est l’avortement. N’oubliez
pas qu’un avortement est plus sûr et plus facile au cours des 12 premières semaines de la grossesse. Si vous attendez trop
longtemps, vous n’aurez plus le choix.
Il est conseillé aux femmes enceintes qui décident de commencer un programme de maintien à la méthadone de rester à l’hôpital
pendant la période de transition entre leur opioïde préféré et la méthadone. Cette transition dure généralement quelques jours,
mais parfois plus ou moins longtemps.
Une fois sous méthadone, vous ressentirez moins les symptômes physiques de l’état de manque. Vous mangerez probablement mieux,
vous fumerez moins ou même pas du tout et vous éviterez l’alcool et les autres drogues. Vous pouvez être comme toutes les
autres femmes enceintes et prendre plaisir à l’attention supplémentaire que vous recevrez, tout en vous préparant à la naissance
de votre bébé.
Si vous avez l’intention de garder votre bébé après sa naissance, il vous faudra peut-être convaincre les services d’aide
à l’enfance et leur prouver que vous ne prenez plus de drogue, que vous êtes stable et que vous êtes prête à être une mère.
Demandez de l’aide à votre docteur et à votre intervenant.
« Quand j’ai appris que j’étais enceinte, j’étais convaincue, et tout le monde l’était aussi, que je n’arriverais pas à me
désintoxiquer et à prendre soin de moi et de mon enfant. Le docteur m’a dit : “Tu peux y arriver” et il m’a redonné confiance
en moi. »
« J’avais peur que le bébé ressente les effets du sevrage à la naissance, mais elle n’a eu que des tremblements. Je l’ai prise
dans mes bras et elle s’est calmée. Je l’ai allaitée et ça a bien été, pas de problème. Ils l’ont gardée à l’hôpital pendant
cinq jours et je suis restée avec elle. Quand les gens des services d’aide à l’enfance sont arrivés à l’hôpital et ont vu
qu’on était inséparables, ils sont repartis et ont fermé mon dossier. »
« Elle a maintenant deux ans et elle est fantastique. J’avais peur des effets de la méthadone, mais son développement est
normal : elle a commencé à marcher à seulement neuf mois et elle est intelligente. La grossesse est arrivée juste au bon moment,
elle m’a sauvée de ma dépendance et de tout le reste ; elle m’a montré de quoi j’étais capable. » — Roxanne, 26 ans, sous
méthadone depuis trois ans.
Certains nouveau-nés dont les mères prennent de la méthadone subiront les effets du sevrage. Ces effets commencent normalement
à se faire ressentir quelques jours après la naissance ; cependant des symptômes peuvent apparaître entre deux et quatre semaines
après l’accouchement. Ils peuvent durer plusieurs semaines, même quelques mois. Voici quelques exemples de symptômes : mauvaise
humeur, appétit et sommeil perturbés, fièvre, vomissements, tremblements et crises. Les nouveau-nés qui sont en période de
sevrage doivent être mis sous surveillance à l’hôpital, selon leur état de santé. Si les symptômes sont graves, votre enfant
pourrait recevoir des médicaments pour faciliter le processus de sevrage. Il ne faut jamais donner de la méthadone à votre
enfant. Même une petite quantité pourrait être mortelle. Laissez votre docteur s’occuper du sevrage de votre bébé.
Même si l’on ne connaît pas encore très bien les effets à long terme de la méthadone sur les bébés, on sait que les enfants
dont les mères prennent de la méthadone pendant leur grossesse se développent généralement aussi bien que les autres enfants.
Ils ont aussi beaucoup plus de chances de bien se développer que les enfants nés de mères qui consomment de l’héroïne ou d’autres
opioïdes. La méthadone prise pendant la grossesse ne causera ni difformités ni maladies chez votre enfant.
On recommande aux femmes qui prennent de faibles doses de méthadone et qui ne sont pas porteuses du VIH d’allaiter leur bébé.
Les femmes atteintes de l’hépatite C peuvent généralement allaiter, mais devraient d’abord demander l’avis de leur docteur.
Les bienfaits de l’allaitement compensent largement les effets potentiels de la quantité minime de méthadone qui passe par
le lait. Entre l’âge de trois et six mois, lorsque l’enfant boit une plus grande quantité de lait, il absorbe également une
plus grande quantité de méthadone. C’est la raison pour laquelle l’enfant devrait être sevré aux alentours de cet âge, ou
bien la mère devrait cesser de prendre de la méthadone. (Les mères devraient arrêter la méthadone seulement si elles sont
sûres de ne pas rechuter.) Si vous croyez qu’il est préférable de cesser d’allaiter votre bébé de crainte qu’il ne soit exposé
à la méthadone, parlez-en à votre médecin. Ce dernier pourra vous offrir des conseils sur le meilleur moment de sevrer votre
enfant et vous renseigner sur les risques et les avantages de continuer à allaiter.
Prendre soin de ses enfants peut être une tâche difficile même quand tout va bien. Quand les choses se compliquent, cette
responsabilité peut être écrasante. Toutes les mères ont besoin d’aide, mais toutes ne reçoivent pas l’aide qu’elles demandent.
Idéalement, le rôle de la société d’aide à l’enfance consiste à vous donner un coup de main lorsque vous avez besoin d’aide
pour prendre soin de votre enfant, et à vous donner accès à une formation pour vous permettre d’acquérir des compétences parentales.
Si vous avez du mal à remplir votre rôle de parent, sans compter tous vos autres problèmes, parlez-en à votre intervenant.
Vous avez peut-être besoin de l’aide de la société d’aide à l’enfance (SAE).
La plupart des travailleurs de la SAE préfèrent que votre enfant bénéficie de vos soins plutôt que de vous l’enlever. Ils
veulent s’assurer que vous offrez à votre enfant un foyer sain, sécuritaire et plein d’amour. Malheureusement, tous les travailleurs
ne sont pas familiers avec le traitement à la méthadone. Ils se laisseront peut-être influencer par votre passé de toxicomane.
Avoir affaire à la société d’aide à l’enfance peut être difficile. Là encore, n’hésitez pas à faire appel à votre docteur
ou à votre intervenant.
Certaines localités ont des programmes spéciaux qui offrent des services aux mères en convalescence. Leur soutien et leur
aide pratique peuvent faire toute la différence dans la vie de tous les jours, tant pour vous que pour vos enfants. Demandez
à la SAE de votre localité si un tel programme existe dans votre région.
Si vous continuez à consommer des drogues, le travailleur de la SAE doutera de votre capacité de vous occuper de votre enfant.
Pour bien s’occuper d’un enfant, il faut être alerte, savoir se concentrer, avoir de la patience et faire preuve de jugement.
Les drogues peuvent affecter toutes ces qualités. La drogue ne fait pas automatiquement de vous un mauvais parent, mais c’est
rare qu’elle fasse de vous un bon parent.
« La méthadone a sauvé ma vie et celle de mon bébé. Quand j’ai su que j’étais enceinte, j’ai essayé d’arrêter tout d’un coup,
mais je n’en ai pas été capable et en plus j’étais en train de tuer mon bébé. Je suis venue à la clinique et on m’a tout de
suite donné de la méthadone. »
« Quand le bébé est né, je ne prenais plus de drogues et je n’en prends d’ailleurs plus. Mais les travailleurs de la société
d’aide à l’enfance sont venus à l’hôpital et m’ont dit qu’ils allaient garder l’enfant pendant trois mois. Je vivais dans
un refuge et j’étais prête à déménager à un autre refuge pour les mères et les bébés, mais ils n’ont pas voulu me le laisser.
Ils avaient mes deux autres enfants aussi, qu’ils avaient pris quand j’étais en prison. Je voulais les ravoir. »
« Ça a été dur ; il a fallu que je leur prouve que j’étais capable. Après quelques mois, j’ai emménagé dans mon propre appartement
et ils m’ont redonné mon bébé, et plus tard mes deux enfants aussi. Le bébé a cinq ans maintenant et il est très intelligent.
La méthadone nous a sauvés. » — Valerie, 35 ans, sous méthadone depuis six ans.
Les femmes qui sont en pré-ménopause et qui prennent de la méthadone font face aux mêmes problèmes et aux mêmes décisions
que les femmes qui n’en prennent pas. La seule exception à cette règle est la transpiration excessive, qui peut être un effet
secondaire de la méthadone. Cette transpiration, combinée aux bouffées de chaleur typiques des femmes en ménopause, pourrait
vous ralentir considérablement. Votre médecin pourrait vous proposer des moyens de soulager ces symptômes indésirables (p.
ex. un traitement hormonal substitutif ou autre).

Traitement de maintien à la méthadone : Manuel du client
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