Chapitre 6 - Counseling et autres services
Traitement de maintien à la méthadone : Manuel du client
Dans ce chapitre :

On conseille à tous les clients sous méthadone de combiner traitement et counseling. Certaines personnes bénéficient grandement
de l’appui, de l’encouragement et de l’orientation qu’elles reçoivent en counseling. Il est généralement accepté que le traitement
à la méthadone combiné au counseling est beaucoup plus efficace qu’un simple traitement à la méthadone.
Le niveau des services de counseling qui sont offerts par votre programme de traitement à la méthadone varie beaucoup selon
votre fournisseur de traitement. Certains fournisseurs rendent le counseling ou la thérapie de groupe obligatoire, alors que
d’autres laissent cette décision à la discrétion du client.
Le counseling peut être offert par un conseiller (intervenant) en traitement de la toxicomanie, par un travailleur social
ou par votre propre docteur. La formation et l’expertise des intervenants varient beaucoup ; certains sont capables de vous
dire où se trouvent les banques alimentaires et les centres d’accueil, alors que d’autres peuvent traiter les problèmes psychologiques
complexes. Assurez-vous de discuter de vos besoins de consultation avec votre fournisseur de traitement pour voir si vous
devez consulter des services extérieurs.
Il existe d’autres services lorsque vous suivez un traitement à la méthadone, selon l’endroit où vous allez :
- Si c’est votre médecin qui vous prescrit la méthadone et que vous allez à la pharmacie pour vous chercher votre dose, les
services supplémentaires dont vous pourriez bénéficier dépendront de votre docteur.
- Les cliniques de traitement à la méthadone offrent une variété de services supplémentaires. Les services de counseling sont
standardisés. Vous pouvez également bénéficier de services de défense des intérêts pour le bien-être social et l’aide à l’enfance,
de services d’aide juridique, médicale et dentaire, et de services d’hébergement et d’échange de seringues. Certaines cliniques
offrent un espace ou des locaux communautaires pour que leurs clients puissent y venir passer du temps.
- De nombreux centres de traitement de courte et de longue durée et de nombreuses communautés thérapeutiques exigent l’abstinence
mais acceptent de plus en plus de clients sous traitement à la méthadone. Les services offerts par ces centres varient selon
le programme.
Il est bien connu que parler de ses problèmes avec quelqu’un en qui on a confiance peut aider à voir les choses de manière
plus claire et plus simple et à résoudre les problèmes.
La plupart du temps, cette personne est un ami ou un parent. C’est la personne que vous appelez quand vous avez besoin d’aide
ou de conseils ; c’est celle qui vous écoute et qui vous offre son appui. Si vous avez une telle personne dans votre vie,
vous êtes plus chanceux que vous ne l’imaginez. De solides relations personnelles peuvent vous donner la force émotionnelle
dont vous avez besoin pour apprendre à vivre sans drogue.
Même si vous avez un bon ami, nous vous recommandons quand même de vous adresser à un intervenant qualifié. Le soutien de
votre ami ne suffira peut-être pas pour vous aider à lutter contre la drogue. Il est peut-être trop près de vous et se sent
trop impliqué pour avoir une vision claire de la situation. Vous avez besoin de quelqu’un de l’extérieur qui peut vous écouter
et vous donner une idée claire de ce qui vous arrive. Trouvez un intervenant qui a de l’expérience dans ce domaine.
Bénéficier des services d’un bon intervenant peut aussi vous aider à garder votre ami. Si vous êtes en train de vivre un moment
difficile de votre vie, vous aurez peut-être recours un peu trop souvent à cet ami. Vous risquez de ne pas avoir grand chose
à lui offrir en retour. Vous pouvez éviter de causer des tensions dans votre relation en réservant vos plus graves problèmes
à votre intervenant. C’est son travail de vous écouter, de vous comprendre et de vous aider à résoudre vos problèmes par vous-même.
Parler à son intervenant
Au début, vous aurez peut-être de la difficulté à parler de vous-même et à faire confiance à votre intervenant. Il le sait
et est prêt à vous aider selon vos besoins. Pour commencer, vous aurez peut-être besoin d’aide pour trouver un meilleur logement
ou un emploi, aller au tribunal, récupérer la garde de vos enfants ou reprendre vos études. Lorsque vous serez prêt, votre
intervenant vous encouragera à parler de votre consommation de drogues.
Peu à peu, vous vous ouvrirez et vous détendrez plus facilement. Votre intervenant ne jugera pas vos actions. C’est son devoir
de vous comprendre et, plus important encore, de vous aider à comprendre pourquoi vous consommez des drogues. Vous parlerez
des conséquences si vous continuez à consommer de la drogue ou si vous arrêtez. Vous discuterez d’assumer la responsabilité
de vos actes et des mesures que vous avez peut-être prises pour obtenir l’argent nécessaire pour acheter vos drogues. Vous
parlerez de la création d’un plan d’avenir.
Le counseling n’est pas toujours obligatoire mais peut être essentiel au succès de votre traitement.
« Ma conseillère m’a beaucoup aidée à aller au fond du problème. Elle ne me laisse jamais tomber. Elle me valorise, elle a
confiance en moi et cela m’aide vraiment. » — Bonnee, 43 ans, sous méthadone depuis deux ans.
« Parlez à votre docteur et à votre thérapeute. N’écoutez pas ce que les autres clients vous racontent. Les membres du personnel
comprennent votre stress et vos problèmes et ils sont toujours là pour vous écouter. Les programmes de counseling sont vraiment
utiles. »
« Prenez ça un jour à la fois. » — Jalima, 30 ans, sous méthadone depuis trois ans.
« J’ai changé d’intervenant parce que celui que j’avais n’avait pas d’expérience avec les problèmes de drogue. J’ai dû trouver
de l’aide thérapeutique professionnelle. J’ai rencontré quelqu’un qui est bon et qui me comprend. Je continue à le voir régulièrement.
Après quelques mois de visite, j’ai été capable d’aller au fond du problème. Ça faisait 10 ans que je cherchais la cause de
ma dépendance. » — Janet, 46 ans, sous méthadone depuis quatre ans.
La thérapie de groupe
En plus du counseling individuel, vous aurez peut-être envie de participer à une thérapie de groupe. Habituellement, il s’agit
de partager votre expérience avec d’autres personnes qui ont besoin d’aide pour faire face à des problèmes similaires aux
vôtres. Certains dispensateurs de méthadone exigent que vous participiez à une thérapie de groupe pour être admissible au
traitement.
La thérapie familiale
Selon votre situation, il serait peut-être bon que votre famille assiste aux séances de counseling pour vous aider à surmonter
votre problème de toxicomanie. Votre famille a besoin de savoir pourquoi vous prenez de la drogue et comment elle peut vous
aider à arrêter. La thérapie familiale peut également vous aider à comprendre les autres membres de votre famille et à savoir
quel genre d’appui ils peuvent vous fournir.
Cette association se base sur le même programme en 12 étapes et sur le même style de rencontre que les Narcotiques Anonymes
et les Alcooliques Anonymes. Toutes les étapes visent à encourager le désir de vivre sans drogue, à favoriser le développement
spirituel et l’honnêteté et à aider les autres à s’en sortir.
Tous les membres d’un groupe de MA sont des clients sous méthadone. Parler avec d’autres personnes qui tentent de résoudre
leur problème de dépendance de la même façon que vous peut vous permettre de voir votre situation sous une perspective différente
de celle de votre famille et de vos amis. Lors des réunions, vous aurez l’occasion de partager votre expérience avec d’autres
membres du groupe.
Ces groupes sont encore rares en Ontario. Pour savoir s’il existe un groupe dans votre localité, renseignez-vous auprès de
votre docteur ou de votre thérapeute. Pour obtenir de plus amples renseignements, consultez le site Web de Methadone Anonymous
à http://www.methadone-anonymous.org.
« Je n’ai jamais envie d’aller aux rencontres, mais une fois sur place, je suis toujours content d’être venu. Parfois, ma
femme ne comprend pas, alors c’est bon de pouvoir parler avec d’autres toxicomanes. On s’entraide. Pour moi, ça marche : ça
fait trois ans que je prends plus de drogue, pis je vais te dire que la seule fois de ma vie que j’ai pas pris de drogue,
c’est quand j’étais en prison. Une fois sorti, je prenais peut-être 70 Tylenol 3 et 10 Percocet par jour, pis en plus je buvais.
Un vieil ivrogne des rues. Je suis désintoxiqué maintenant, grâce aux rencontres. Ça marche pour moi, donc ça peut marcher
pour n’importe qui. » — Dan, 45 ans, sous méthadone depuis quatre ans.
Très peu de personnes arrivent à arrêter de prendre de la drogue du jour au lendemain simplement parce qu’elles ont décidé
de le faire. Pour la plupart, c’est un processus continu qui prend beaucoup de temps, de patience et de détermination. Vous
devrez probablement apprendre une toute nouvelle manière de vivre.
Disons que vous voulez apprendre à jouer de la guitare, par exemple. Vous savez que vous devrez vous entraîner de longues
heures avant de devenir bon. Vous devrez apprendre les accords et écouter jouer de bons guitaristes. Un bon professeur serait
sans doute nécessaire. Peu à peu, vous éprouverez de la satisfaction, par exemple lorsque vous aurez appris à maîtriser un
certain accord qui, tout à coup, coulera mieux. Si vous jouez déjà de la guitare ou de n’importe quel instrument de musique,
ou si vous faites du sport ou une forme d’art, vous savez les efforts qu’il faut pour s’améliorer.
Il faut en effet du temps, de la patience et de la détermination. Vous pouvez apprendre et réussir à vous débarrasser de la
drogue. Prenez votre décision et ne lâchez pas. N’hésitez pas à demander de l’aide en cours de route. Plus vous apprendrez
à vivre sans drogue, plus cela vous sera facile. Un beau matin, cela fera tout simplement partie de votre personnalité et
de votre vie de tous les jours, comme jouer de la guitare ou préparer le souper ou conduire une voiture. Vous n’aurez plus
besoin d’aide et vous pourrez probablement offrir la vôtre aux autres. Ça va devenir de plus en plus facile, c’est sûr.
« Pour moi, c’est l’approche de la « réduction des méfaits » qui a vraiment fonctionné. Je pouvais continuer à prendre de
la drogue jusqu’à ce que je sois prête à arrêter, mais sans quitter le programme. J’ai pris de l’héroïne pendant 29 ans et
ça fait maintenant quatre ans et demi que je n’en prends plus. Maintenant, j’ai un avenir qui me motive. Je n’ai plus cette
peur de mourir n’importe quand, n’importe où, n’importe quel jour et toute seule. J’ai repris ma vie en main. »
« Mon conseil pour les personnes qui commencent à prendre de la méthadone : si vous échouez, ne vous punissez pas, essayez
encore. » — Sharon, 46 ans, sous méthadone depuis cinq ans.
« Le plus grand problème, ce ne sont pas les drogues elles-mêmes, mais plutôt comment passer le temps. Quand les gens commencent
à suivre un traitement à la méthadone, ils ont déjà perdu leurs amis et ils n’ont plus que leurs « chums toxicomanes », et
ils ne veulent plus d’eux. Ça fait qu’ils sont seuls et qu’ils essaient de trouver d’autres moyens de s’amuser, mais ils sont
tellement habitués à leur petite routine, celle qu’ils essaient d’oublier, qu’ils ne savent plus comment s’occuper. » — Laura,
22 ans, sous méthadone depuis un an.
Consommer de la drogue peut prendre toute votre journée. Ça vous occupe entièrement : trouver l’argent, trouver votre vendeur
et vivre votre « rush ». La drogue peut vous motiver à vous lever et à sortir. Elle peut vous offrir une identité, un style
de vie, une carrière. Les drogues peuvent bloquer le passé et vous empêcher de planifier votre avenir. Lorsque vous suivez
un traitement à la méthadone et que vous arrêtez de prendre d’autres drogues, vos journées sont soudainement libres. Vous
pourrez passer votre temps de toutes sortes de façons. Ce ne seront plus les drogues qui décideront à votre place.
Vous serez peut-être surpris de savoir que cette nouvelle liberté est parfois difficile. Certaines personnes n’ont aucun problème
à occuper leur journée et sont heureuses de retrouver leur liberté. C’est parfois l’occasion idéale de reprendre ses études
ou de se remettre au travail. Si vous avez de jeunes enfants, les journées peuvent filer sans que vous le réalisiez. D’autres
personnes, par contre, auront peut-être du mal à combler le vide laissé par les drogues. Vous aurez besoin de réapprendre
à organiser votre journée. Si vous ne faites rien pendant la journée, vous vous ennuierez probablement et vous aurez l’impression
que la drogue pourrait rendre votre vie plus intéressante. Lorsque vous apprendrez à éviter ce piège, vous reprendrez le contrôle
de votre vie.
Trouvez-vous des activités qui vous conviennent, qui vous donnent un sentiment de fierté et qui vous valorisent ; vous aurez
ainsi plus envie de renoncer à la drogue. Aller chercher votre dose de méthadone prend une partie de votre journée, mais vous
laisse quand même assez de temps pour faire autre chose. Si vous avez l’impression que tout le monde autour de vous est occupé
et que vous êtes seul à ne rien avoir à faire, prenez le temps d’évaluer ce que vous voulez vraiment faire. Parlez-en à votre
famille, à vos amis et à votre intervenant. Pendant que vous y réfléchissez, ne restez pas inactif pour ne pas vous laisser
tenter par la drogue. Soyez créatif, soyez productif. Faites ce que vous aimez, ce qui vous donnera une satisfaction. Ne laissez
pas une seule minute de liberté à la drogue.
« J’ai trouvé un emploi, j’ai repris mes études puis je me suis trouvé un meilleur emploi. Il faut que vous abandonniez votre
ancien style de vie et pas simplement la drogue. Le traitement de maintien vous permet de vous adapter lentement à une vie
sans héroïne et ensuite sans aucune drogue. Ma vie est normale maintenant. Il n’y a que l’ennui que je dois combattre. » —
Spacey, 30 ans, sous méthadone depuis six ans.
« Transformez l’énergie que vous mettiez à prendre de la drogue en énergie positive. Si vous êtes le moindrement religieux,
même si vous n’y avez pas pensé lorsque que vous preniez de la drogue, laissez la spiritualité vous envahir. C’est la plus
grande source d’énergie qui existe et c’est gratuit. » — Janet, 46 ans, sous méthadone depuis quatre ans.

Traitement de maintien à la méthadone : Manuel du client
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