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Chapitre 5 - Méthadone et autres drogues

Traitement de maintien à la méthadone : Manuel du client

Dans ce chapitre :

Méthadone et soulagement de la douleur

La méthadone peut être un analgésique (contre la douleur) efficace. Cependant, lorsqu’elle est prescrite pour le soulagement de la douleur, la dose est différente de celle prescrite pour le traitement de la dépendance aux opioïdes. Parfois, on ne soulage pas assez la douleur des clients traités à la méthadone, car le personnel médical pense que la méthadone soulage déjà la douleur. En fait, une fois la dose de méthadone stabilisée, vous développerez peut-être une tolérance aux effets analgésiques. Cela veut dire que lorsque vous avez mal, vous devrez prendre des médicaments qui calment vos douleurs, comme toute autre personne dans la même situation.

Par exemple, si vous souffrez de maux de tête, de crampes menstruelles ou de toute autre douleur de cette intensité, vous devriez prendre une dose normale d’aspirine ou de Tylenol sans codéine. Si vous devez subir une opération ou si vous avez eu un accident, vous devriez continuer à prendre votre dose normale de méthadone et prendre des analgésiques aussi longtemps que toute autre personne dans la même situation.

Parfois, si vous développez une tolérance aux effets analgésiques de la méthadone, vous risquerez également de développer une tolérance aux effets analgésiques d’autres opioïdes. Certains clients éprouvent des difficultés, car le personnel médical qui les soigne peut penser qu’ils se plaignent de douleurs pour obtenir d’autres drogues.

Si vous devez subir une opération ou aller chez le dentiste, demandez au médecin qui vous prescrit de la méthadone de vous donner une lettre qui explique que vous prenez de la méthadone et les effets qu’elle peut avoir sur vos besoins de soulagement de douleur. Encore mieux, demandez au médecin ou au dentiste de parler directement au médecin qui vous prescrit de la méthadone.

Lorsque vous essayez de surmonter un problème de toxicomanie, vous vous demanderez peut-être si vous voulez ou si vous devez prendre des médicaments pour soulager vos douleurs. Certaines personnes craignent que même une aspirine les pousse à vouloir prendre d’autres drogues. D’autres ont l’impression que leur passé d’usager d’opioïdes les rend plus vulnérables à la douleur. Si la douleur vous cause un problème, parlez-en à votre médecin.

Ordonnances multiples

Chaque fois que plus d’un médecin vous prescrit des « narcotiques », vous devez le signaler à l’autre médecin. Au Canada, les narcotiques comme le Tylenol 3, le Percocet ou la méthadone sont des « substances réglementées ». Il est illégal de se faire prescrire ces médicaments par plus d’un médecin, sans que les deux ne soient au courant. C’est votre devoir d’en informer votre médecin. Si vous ne le faites pas, on peut vous accuser d’avoir « obtenu des ordonnances multiples », et c’est illégal.

Combinaison de méthadone et d'autres drogues

La méthadone est une drogue aux effets puissants qui peut interagir avec d’autres drogues et produire des effets indésirables ou dangereux. Votre docteur sait qu’il ne doit pas prescrire des médicaments qui risquent d’interagir ou d’interférer avec la méthadone. Cependant, c’est à vous de connaître l’effet potentiel de toute drogue à usage récréatif que vous risquez de prendre.

Voici, entre autres, quelques combinaisons dangereuses :

Alcool et Valium

La combinaison de méthadone et d’alcool ou de Valium peut être mortelle. Le danger est particulièrement grave au début du traitement. La plupart des décès dus à la méthadone sont liés à la combinaison d’alcool et d’autres drogues, et surviennent au début du traitement.

L’alcool, le Valium (ou d’autres benzodiazépines comme l’Ativan, le Xanax, le Restoril et le clorazépam) et la méthadone sont tous des dépresseurs du système nerveux central (SNC). Si vous consommez trop de dépresseurs du SNC, ils peuvent ralentir votre respiration et entraîner une crise cardiaque pouvant être fatale.

Lorsque vous mélangez les dépresseurs du SNC, ils s’intensifient mutuellement : vous risquez de vous sentir plus ivre ou « défoncé » que prévu. Les effets sur votre respiration sont également intensifiés. La combinaison de ces drogues est extrêmement dangereuse.

Si vous vous rendez à la clinique ou à la pharmacie et que le pharmacien constate que vous avez bu ou consommé d’autres drogues, il ne vous donnera pas votre dose de méthadone tant qu’il n’est pas convaincu que cela ne présente pas de danger pour votre santé. Certains pharmaciens vous demanderont peut-être de passer un alcootest s’ils soupçonnent que vous avez bu. Ils sont responsables de vous administrer les médicaments en toute sécurité. Ils sont vos alliés.

Lorsque vous ressentez les effets de l’alcool ou du Valium, votre jugement est affecté. Vous penserez peut-être que vous pouvez utiliser votre drogue de choix « une dernière fois » ou, pire encore, que la personne qui vous propose de la drogue est un ami qui veut vous rendre service. Si vous voulez contrôler vos actes et vous protéger des personnes en qui vous n’avez pas confiance, simplifiez-vous la vie : restez éveillé.

L’alcool peut également accélérer le métabolisme de la méthadone dans votre corps : les effets de la méthadone disparaîtront plus rapidement et vous risquez de vous sentir mal avant l’heure de votre prochaine dose.

Y a-t-il un niveau de consommation d’alcool sans risque ?

Si vous voulez boire, vous devriez poser la question à votre médecin. Savoir si vous pouvez prendre un verre ou deux de temps à autre dépend d’un certain nombre de facteurs. Par exemple, toute personne souffrant d’hépatite C devrait éviter de boire, car l’alcool est stressant pour le foie. Vous devriez également connaître l’interaction de l’alcool avec d’autres médicaments que vous prenez, à part la méthadone.

Bien que l’alcool soit partout, bon marché et légal, il faut que vous réalisiez qu’il vous fera plus de mal que de bien si vous suivez un traitement à la méthadone.

Autres opioïdes

La méthadone est un opioïde qui bloquera le « rush » des autres opioïdes comme l’héroïne, la codéine, l’OxyContin et le Percocet. Donc, si vous suivez un traitement à la méthadone et que vous prenez, par exemple, de l’héroïne, vous ne ressentirez peut-être pas grand chose. Si vous augmentez la dose d’héroïne, vous risquez d’avoir des problèmes. S’il n’y a pas de « rush », cela ne veut pas dire que la drogue n’agit pas sur votre corps. Vous pouvez quand même avoir une surdose.

« Depuis que j’ai commencé à prendre de la méthadone, j’ai arrêté d’utiliser d’autres opiacés. Je peux maintenant garder mes amis. » — Don, 39 ans, sous méthadone depuis quatre mois.

Drogues entraînant des symptômes de sevrage

Les drogues qui inversent les effets des opioïdes et qui entraînent des symptômes de sevrage sont appelées « antagonistes d’opioïdes ».

En cas de surdose, si vous arrivez à temps à l’hôpital, on vous administrera un médicament de ce type, appelé naloxone. Un autre, appelé naltrexone, est prescrit pour le traitement de la dépendance aux opioïdes ou à l’alcool.

Vous ne choisirez probablement pas ces drogues si vous recherchez un « rush ». Il existe cependant d’autres drogues dont les effets sont similaires à ceux des opioïdes, mais qui entraînent également des symptômes de sevrage. Un exemple est le Talwin, une substance que les pharmaciens appellent « substance agonistique ou antagoniste aux opioïdes ». Cela veut dire qu’il a certains effets similaires à ceux des opioïdes, comme le soulagement de la douleur. Cependant, il peut également entraîner des symptômes de sevrage si vous prenez d’autres opioïdes comme la méthadone. Dans la rue, le Talwin est un des principaux ingrédients des « Ts et Rs ». N’en prenez pas, car il vous rendra malade.

Cocaïne et crack

La cocaïne est une drogue extrêmement accoutumante qui peut causer des sensations d’angoisse et de paranoïa et même de violence et de délire. Un trop grand nombre de personnes qui prennent de la méthadone prennent également de la cocaïne ou du crack pour remplacer les opioïdes. Si vous utilisez ces substances, vous aurez une autre série de problèmes et la méthadone ne pourra pas vous aider à guérir votre dépendance à la cocaïne.

Marijuana

Fumer quelques joints peut être moins nocif que de prendre quelques verres ou de fumer du crack. Cependant, comme toute autre drogue, la marijuana peut avoir des effets indésirables si sa consommation est abusive. Certaines personnes ne tiennent pas compte des effets indésirables potentiels de la marijuana et disent qu’elle les aide à se détendre ou qu’elle augmente leur appétit. La marijuana a peut-être ces effets. Cependant, elle peut également altérer les sensations et rendre les gens moins lucides. Le THC peut parfois créer une sensation d’angoisse et de dépression.

Il ne faut pas oublier que la marijuana est une substance illégale qui entraîne une dépendance. Si vous en fumez trop, elle risque de réduire votre motivation. Souvenez-vous que la tolérance à la consommation de drogue de votre dispensateur de méthadone peut être minime et que si vous fumez de la marijuana, celle-ci peut être présente dans votre urine pendant un maximum d’un mois. Tout dépend, bien entendu, de la quantité de marijuana fumée.

Autres drogues, vitamines et remèdes à base de plantes médicinales

D’autres drogues, y compris celles que votre pharmacien vous dispense, peuvent être dangereuses si vous les combinez à de la méthadone. D’autres peuvent réduire l’efficacité de la méthadone ou interférer avec elle. Pour assurer votre sécurité et votre confort, dites au pharmacien quelles sont les autres drogues que vous prenez.

« Une partie de moi regrette d’avoir choisi un traitement à la méthadone, parce que les effets du sevrage sont intenses et qu’il est aussi difficile d’arrêter qu’avec la « junk » (héroïne). Par contre, la méthadone m’a sauvé la vie : si j’avais continué, je serais probablement mort maintenant. Depuis que j’ai commencé mon traitement à la méthadone, j’ai arrêté de prendre d’autres drogues et j’ai remis de l’ordre dans ma vie. »

« Pour que le traitement marche, il faut que vous soyez fort. Vous ne pouvez pas prendre un peu de drogue quand vous ne vous sentez pas bien. Vous devez être actif. Éloignez-vous des personnes avec lesquelles vous preniez de la drogue. Ne retournez pas dans les endroits qui évoquent des souvenirs et qui vous donnent envie de rechuter. Il faut vraiment que vous ayez envie d’arrêter d’utiliser de la drogue. » — Harvey, 37 ans, sous méthadone depuis cinq ans.

Injection sécuritaire

Tout le monde espère qu’une fois que vous serez traité à la méthadone, vous ne toucherez plus à une seringue pour le reste de votre vie. Il faut parfois plus de temps pour se débarrasser des drogues que pour commencer le traitement à la méthadone. Évitez toujours les injections. Par contre, si vous n’y arrivez pas, suivez les conseils suivants.

Utilisez toujours une nouvelle seringue. Même le fait de bien désinfecter une seringue à l’eau de javel ne vous protège pas de l’hépatite C (HC). De nombreux et même la plupart des toxicomanes qui se piquent souffrent de HC. Le partage des seringues vous rend également très vulnérable au VIH ou très à risque de le transmettre aux autres. Vous ne devriez jamais partager une seringue. En fait, elles ne doivent être utilisées qu’une seule fois, car après un premier usage, leur pointe n’est plus aiguë et risque d’endommager vos veines. Jetez les seringues usées de façon sécuritaire, pour que personne ne se blesse ou ne contracte une maladie. On peut les obtenir dans le cadre du programme d’échange des seringues, dans les pharmacies et dans les services de santé publique.

Traitement de maintien à la méthadone : Manuel du client

Méthadone — Mythes et réalités

  1. Méthadone et autres options
  2. Tout ce que vous voulez savoir sur la méthadone
  3. Traitement à la méthadone
  4. Vivre avec la méthadone
  5. Méthadone et autres drogues
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  8. La méthadone, un regard vers l’avenir

Ressources


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