10.6 : Lorsqu’une crise se transforme en urgence
Guide à l’intention des familles sur les troubles concomitants – Partie III: Traitement
Dans : Guide à l’intention des familles sur les troubles concomitants (© 2008)
Aperçu : Crises et urgences

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Si votre parent menace de se faire du mal, de vous blesser ou de causer des dommages matériels, vous devez prendre toutes
les mesures nécessaires pour vous protéger, vous et lui. Vous devrez peut-être quitter les lieux et demander de l’aide. Procédez
ainsi uniquement dans un cas très grave et revenez sur les lieux le plus rapidement possible. Dans la mesure du possible,
enlevez tout objet dont votre parent pourrait se servir pour se faire du mal.
À ne pas faire :
- crier ;
- critiquer ;
- fixer du regard ;
- argumenter avec d’autres personnes sur ce qu’il faut faire.
Un des aspects les plus terrifiants d’un trouble de santé mentale grave est d’entendre une personne parler de se suicider.
Si une personne parle de suicide, même en plaisantant, il faut la prendre au sérieux.
La plupart des gens ne veulent pas s’enlever la vie. En général, les pensées suicidaires et les tentatives de suicide se produisent
pendant un épisode grave de la maladie mentale, lorsque la personne se sent impuissante et désespérée. Même si, dans bien
des cas, ces sentiments disparaissent avec le temps, les personnes qui les ressentent n’ont pas cette impression. Vous pouvez
venir en aide à votre parent en reconnaissant ses sentiments tout en lui proposant de l’aider à trouver d’autres solutions.
Toutefois, vous devez être conscient de vos limites. Les membres de la famille doivent se rendre compte qu’ils ne peuvent
exercer un contrôle absolu sur une situation et qu’ils ne sont pas responsables de tous les gestes posés par leur parent.
Signes avant-coureurs du suicide
Plusieurs signes révèlent qu’une personne envisage de se suicider. Par exemple, elle :
- parle du suicide et de ce qui se produirait si elle mettait fin à ses jours ;
- se demande qui pourrait subvenir aux besoins de ses enfants ou des autres membres de sa famille ou s’occuper de ses animaux
de compagnie ;
- fait don de ses biens ;
- dit qu’elle n’est bonne à rien et tient des propos comme « Je n’apporte rien à personne » ;
- envisage l’avenir avec désespoir et tient des propos comme « À quoi bon ? » ;
- dit qu’elle entend des voix qui lui disent de faire quelque chose de dangereux.
Que faire si vous découvrez une personne qui a essayé de se suicider :
- Faites le 911 sur-le-champ.
- Administrez les premiers soins sur-le-champ si vous savez comment le faire.
- Demandez à quelqu’un de vous accompagner à l’hôpital ou de rester avec vous à la maison.
N’essayez pas de faire face à cette crise seul ; communiquez avec un groupe de soutien pour qu’il puisse vous aider à composer
avec vos réactions immédiates et vos sentiments à long terme.
Se rendre à l’hôpital
Il est préférable que votre parent accepte de se rendre à l’hôpital. S’il ne veut pas vous écouter, demandez à une personne
en qui il a confiance d’essayer de le convaincre d’aller à l’hôpital. Cette option devrait faire partie du plan d’action que
vous avez élaboré (voir la section intitulée « Élaborer un plan d’urgence »). Dans la mesure du possible, offrez deux options à votre parent. Par exemple, la mère de Jean aurait pu lui dire : « Viendras-tu
à l’hôpital avec moi ou préfères-tu que ton père ou Anne t’y accompagne ? ». De cette façon, votre parent n’aura pas l’impression
qu’on le contraint à faire quelque chose
Si votre parent risque de se faire du mal ou de blesser quelqu’un d’autre et qu’il refuse de consulter un médecin, vous pouvez
demander à un juge ou un juge de paix (cela dépend dans quelle province ou dans quel territoire vous habitez) d’émettre un
document qui autorise la police à amener votre parent à l’hôpital pour qu’il soit évalué. Toutefois, si votre parent fait
une crise ou si la situation est urgente (c’est-à-dire qu’il y a un danger immédiat), il suffit de faire le 911.
Parfois, il faut téléphoner à la police. La première fois, c’est très difficile. Je me souviens de la première fois où nous
avons dû faire le 911. L’ambulance et la police sont venues. Mon voisin, qui est médecin, a frappé à ma porte et m’a dit :
« Puis-je faire quelque chose pour vous aider ? ». Je me souviens que j’ai réussi à lui dire : « Ma fille fait un épisode
psychotique et elle a pris du crack ». Après lui avoir dit ça, il a été d’un grand secours et je me suis sentie mieux.Je me
suis dit, voilà, c’est fait. Il a été très gentil. Lorsqu’on dit à quelqu’un ce qui se passe et que rien de terrible ne se
produit, on se sent mieux.
Il est normal que la famille hésite à téléphoner à la police. Toutefois, si la situation est très grave, ce peut être le seul
choix. Dans bien des cas, quand on dit à la personne malade qu’on va appeler la police, elle se calme.
Si vous faites le 911, dites à la personne au bout du fil que votre parent a besoin de soins d’urgence. Précisez le trouble
qui a été diagnostiqué. Dites-lui également que vous avez besoin d’aide pour amener votre parent à l’hôpital.
Dans certaines communautés, les policiers ont reçu une formation sur l’intervention en situation de crise. Demandez au service
de police de votre localité si les policiers ont reçu une telle formation. Vous saurez ainsi ce que vous devez leur dire si
vous avez besoin de leur aide. Si vous devez appeler la police, prenez note du nom et du numéro d’insigne des agents et du
délai d’intervention au cas où vous deviez faire part de vos préoccupations concernant la façon dont ils ont fait face à la
situation. Vous aurez peut-être le temps de téléphoner au médecin de votre parent ou à une autre personne à contacter en cas
d’urgence lorsque la police sera sur les lieux.
Il se peut que vous hésitiez à communiquer avec la police même si votre parent a endommagé des biens ou infligé de mauvais
traitements. Les membres de la famille craignent parfois que leur parent ne soit mis en prison, où il pourrait être maltraité.
Toutefois, le fait de ne pas prendre au sérieux le risque de violence et de blessure pourrait avoir des conséquences fâcheuses.
Portez attention aux signes révélant une intensification des menaces, de la violence et du stress et aux facteurs qui pourraient
déclencher une crise et apprenez à déterminer quand une situation est hors de votre contrôle. N’hésitez pas à demander à une
équipe d’intervention en cas de crise de venir chez vous ou à téléphoner à la police. Dans bien des cas, il s’agit de la chose
la plus sûre et la plus bénéfique que vous puissiez faire pour un parent malade.
L’ironie de la chose, c’est que si une personne ayant un grave problème de santé mentale comparaît devant un juge parce qu’elle
a été accusée d’avoir commis une infraction, elle a plus de chance d’être renvoyée pour subir une évaluation complète et,
éventuellement, de recevoir des soins. La psychiatrie légale est un volet du système de santé mentale qui s’adresse aux personnes ayant eu des démêlés avec la justice. Certaines personnes
ayant des problèmes de santé mentale qui ont eu des démêlés avec la justice et qui sont orientées vers un centre médico-légal
peuvent recevoir des soins qu’elles n’ont pu obtenir dans le système communautaire.
Il peut être difficile pour les familles de s’y retrouver dans les méandres du système de services psychiatriques médico-légaux.
Si vous habitez en Ontario, le document intitulé Le système ontarien de services psychiatriques médico-légaux : Guide d’information vous aidera dans cette tâche.
Si possible, accompagnez votre parent à l’urgence. Le personnel devrait vous poser des questions, car vous avez les renseignements
dont il a besoin pour traiter votre parent. Si le personnel de l’urgence ne vous pose pas de questions vous devriez insister
pour lui parler.
Efforcez-vous de raconter en détail les événements qui ont mené à l’hospitalisation. Si vous avez des craintes au sujet de
votre sécurité si votre parent est mis en congé, dites-le au personnel.
Il se peut que votre parent ne veuille pas suivre un traitement après une crise ou après avoir éprouvé de graves symptômes.
Au Canada, on ne peut forcer une personne à suivre un traitement pour un trouble de santé mentale à moins qu’elle ne soit
une menace pour elle-même ou pour autrui. Cette approche reconnaît les droits de la personne. Toutefois, elle a créé des problèmes
complexes pour les familles. Si une personne qui ne veut pas être hospitalisée est admise à l’hôpital, on la considère comme
un malade en cure obligatoire. Les critères utilisés pour déterminer si une personne peut être admise à l’hôpital sans son
consentement varient d’une province à l’autre. Les principes fondamentaux sont les suivants :
- On estime que la personne est un danger pour elle-même (p. ex., elle est suicidaire ou elle a un comportement autodestructeur).
- On estime qu’elle est un danger pour autrui (p. ex., elle est violente).
- La personne est incapable de prendre soin d’elle-même et, par conséquent, elle est en danger immédiat (p. ex., parce qu’elle
ne mange pas ou ne boit pas).
Si la personne satisfait aux critères provinciaux d’admission en cure obligatoire, un médecin peut émettre un document autorisant
une hospitalisation de courte durée (de un à trois jours dans la plupart des provinces) afin que la personne suive un traitement
d’urgence. Dans certaines provinces, il faut qu’un autre document soit émis pour que la personne suive un traitement de longue
durée
Les personnes admises à l’hôpital en cure obligatoire ont tout de même le droit de prendre des décisions quant à leur traitement
si elles sont mentalement capables de le faire. Elles peuvent notamment refuser le traitement.
Pour être considérée comme capable, la personne doit :
- être en mesure de donner son consentement ;
- avoir la capacité intellectuelle nécessaire pour prendre la décision ;
- donner son consentement volontairement ;
- avoir suffisamment de renseignements pour prendre une décision éclairée, notamment en ce qui concerne les risques ou les effets
secondaires du traitement.
Si la personne n’est pas en mesure de donner un consentement éclairé, elle doit être déclarée incompétente. Dans ce cas, on
nomme une personne chargée de prendre des décisions en son nom. Dans certaines provinces, cette personne, appelée mandataire,
est un membre de la famille. Dans d’autres territoires, elle est nommée par l’État.
Chaque province a adopté une loi sur la santé mentale. Par conséquent, les règles varient d’une province à l’autre. Vous trouverez
des renseignements à ce sujet auprès des bureaux provinciaux de l’Association canadienne pour la santé mentale (ACSM) et sur le site Web des ministères provinciaux de la santé. Voici des liens utiles :
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