6.2 : Comprendre les préjugés
Guide à l’intention des familles sur les troubles concomitants – Partie II : Incidence sur les familles
Dans : Guide à l’intention des familles sur les troubles concomitants (© 2008)
Aperçu : Préjugés

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Lorsque j’ai soupçonné que j’avais le cancer, je suis allée voir mon médecin sur-le-champ. Puis, pour la première fois de
ma vie, j’ai fait une dépression. J’ai attendu trois mois avant de consulter un psychiatre, même si je savais que j’étais
déprimée. Je devais prendre soin de mon mari, qui avait une maladie mentale très grave. J’avais peur d’être une personne qui
devait consulter un psychiatre. Cela trahissait une certaine faiblesse que l’on associe à la maladie mentale. Il faudra beaucoup
de temps avant qu’on cesse de penser ainsi. Je me disais : « Pourquoi suis-je déprimée ? Je devrais être plus résiliente ».
Dans beaucoup de sociétés, on méprise les personnes aux prises avec un trouble de santé mentale ou un trouble lié à l’utilisation
d’une substance. Les personnes aux prises avec ces troubles – et leur famille – font face à des attitudes, des comportements
et des commentaires négatifs. C’est ce qu’on entend par préjugés. Quand on fait l’objet de préjugés, il est plus difficile
de vivre avec les troubles concomitants. Les préjugés peuvent :
- couvrir de honte, isoler et punir les personnes ayant besoin d’aide ;
- accroître les risques qu’une personne n’obtienne pas l’aide dont elle a besoin ;
- atténuer le soutien social ;miner la confiance en soi ;
- donner aux gens l’impression qu’ils ne seront jamais acceptés par la société.
Un grand nombre de personnes ont peur des problèmes de santé mentale et liés à l’utilisation d’une substance. Une des plus
grandes peurs est celle de perdre la capacité de penser et de communiquer, de prendre des décisions et de mener sa vie. On
perçoit souvent les personnes ayant des problèmes de santé mentale et liés à l’utilisation d’une substance ainsi que leur
famille comme étant étranges, imprévisibles, violentes ou dangereuses.
On croit souvent que les personnes ayant une maladie mentale sont violentes. C’est ce qu’on montre dans les médias. Puis on
se demande : Ma famille craint-elle que ma fille devienne violente ? Il ne faut pas se le cacher, elle dit souvent des choses
inappropriées et se met en colère quand elle ne se sent pas bien, mais elle n’est jamais violente. Toutefois, un grand nombre
de personnes associent la maladie mentale aux comportements criminels en général.
En fait, la plupart des personnes qui commettent des actes de violence n’ont pas de maladie mentale. Les personnes ayant une
maladie mentale sont plus susceptibles d’être les victimes de tels actes – environ 2,5 fois plus susceptibles – que les autres
membres de la société. Dans bien des cas, les actes de violence sont commis par des personnes confrontées à d’autres facteurs
comme la pauvreté, l’itinérance et l’utilisation d’une substance. Malheureusement, des études récentes laissent à penser que
la perception selon laquelle les personnes ayant une maladie mentale sont violentes et dangereuses est à la hausse (Association
canadienne pour la santé mentale, 2003).
Les familles ont peur de dire à leurs amis et à leurs connaissances que leur parent a des troubles concomitants et craignent
que les personnes qui l’apprennent ne les rejettent. Elles craignent également que, si on sait que leur parent a une maladie
mentale, certaines avenues lui seront fermées.
Que me vient-il à l’esprit quand je pense aux préjugés ? D’abord et avant tout, la peur qu’on découvre la maladie et la peur
de la réaction d’autrui. On craint toujours que l’attitude des gens envers soi et envers le membre de la famille qui est malade
ne change. Tout ce qui affecte l’utilisateur affecte sa famille.
Beaucoup de gens croient qu’une personne aux prises avec des troubles concomitants ne peut s’en remettre ou n’a pas d’avenir.
Il n’est pas rare que des familles comparent les troubles concomitants au cancer. Dans le passé, le cancer suscitait des préjugés
et certains évitaient les personnes qui en étaient atteintes. Ces réactions étaient souvent causées par la peur. Bien que
le cancer suscite toujours de l’anxiété et de la peur, la plupart des gens reconnaissent aujourd’hui que plusieurs types de
cancer peuvent être guéris ou traités. S’il est vrai qu’il y a des similitudes entre les troubles concomitants et le cancer
dans la mesure où le rétablissement est possible dans un cas comme dans l’autre, la perception est souvent tout autre.
Il n’est pas rare que les médias donnent une image erronée du lien qui existe entre les problèmes de santé mentale et la violence
et présentent, pour des raisons de sensationnalisme, des stéréotypes inexacts et peu flatteurs concernant les personnes ayant
des problèmes de santé mentale et liés à l’utilisation d’une substance, ainsi que leur famille.
Des études laissent à penser que certaines formes de discrimination sont devenues plus courantes les dix dernières années,
notamment en raison de la couverture des médias, qui établissent un lien entre les troubles de santé mentale et les meurtres
(Association canadienne pour la santé mentale, 2003). Les médias mettent l’accent sur l’aspect chronique des maladies mentales,
la violence et les comportements criminels. En ce qui concerne les troubles liés à l’utilisation d’une substance, ils mettent
l’accent sur le manque de maîtrise de soi et le désespoir. Ces descriptions trompeuses accroissent le rejet, l’ostracisme,
le harcèlement et la victimisation des personnes ayant une maladie mentale, des troubles liés à l’utilisation d’une substance
ou des troubles concomitants. L’utilisation inappropriée ou irréfléchie de termes causant des préjugés est courante dans les
médias.
Je crois que les médias ont fait des progrès, mais on entend encore bien des choses négatives. J’ai entendu récemment quelqu’un
dire pendant le bulletin de nouvelles : « Il faudrait être schizo pour faire cela ». Il faut faire attention aux mots qu’on
choisit, car ils peuvent blesser . . . Il faut que les médias soient responsables et répondent des propos qu’ils tiennent.
Je crois qu’il est vraiment important de tenir les gens responsables de ce qu’ils disent et des messages qu’ils véhiculent
au sujet d’autres êtres humains.
En moyenne, les foyers nord-américains regardent la télévision pendant près de cinq heures par jour (Nielsen Media Research,
2007). Un grand nombre de téléspectateurs ne remettent pas en question les images et les informations négatives qui leur sont
présentées.
Sur une note plus positive, davantage de documentaires et de films véhiculent un message réaliste et présentent le sujet avec
délicatesse.
Au moins, on fournit de plus en plus d’information exacte à la télévision sur la maladie mentale, la schizophrénie et l’abus
d’une substance et on présente les personnes aux prises avec ces maladies comme des êtres humains en révélant le caractère
tragique de ce qu’ils ont perdu.
Il y a plusieurs années, on disait que les familles causaient et prolongeaient les troubles concomitants. C’est ce qu’ont
entendu, de la part de professionnels de la santé et de la société en général, beaucoup de parents ayant participé à l’étude.
Je compare la maladie mentale et l’addiction à la maladie d’Alzheimer parce que ma belle-mère n’a pas senti de gêne en annonçant
à sa famille que son mari souffrait de cette maladie. Aucun médecin ne l’a blâmée. La collectivité nous a aidés de bien des
façons. Je pense que c’est parce qu’on se souvenait de lui comme d’un membre à part entière de la société, un bon travailleur
et une charmante personne qui habitait le quartier depuis 75 ans. On s’attend à ce qu’une personne perde ses facultés mentales
en vieillissant n’est-ce pas ? C’est bien différent dans le cas de la maladie mentale . . . Certaines personnes disaient que
ma mère était responsable de la schizophrénie de ma sœur. Elle a donc décidé de ne plus en parler.
En général, on ne s’attend pas à ce qu’une personne ayant une maladie physique assume toutes ses responsabilités ou se rétablisse
uniquement par la volonté. Quand on considère qu’un problème découle d’un choix personnel, la société est souvent plus sévère.
Pendant très longtemps, je savais intellectuellement ce qu’était la maladie [schizophrénie et problème lié à l’utilisation
d’une substance] mais, en mon for intérieur, je pensais que c’était la faute de ma sœur et que, si elle essayait vraiment,
elle pourrait se maîtriser et mieux se comporter. Mais, après un certain temps, cette façon de pensée disparaît et on se rend
compte que les personnes ayant une maladie mentale ne l’ont pas demandée. Je ne peux imaginer rien de plus horrible que de
ne plus pouvoir maîtriser ses pensées.
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