6.4 : Survivre aux préjugés
Guide à l’intention des familles sur les troubles concomitants – Partie II : Incidence sur les familles
Dans : Guide à l’intention des familles sur les troubles concomitants (© 2008)
Aperçu : Préjugés

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Les familles ont découvert plusieurs façons de composer avec les préjugés et la discrimination. Les stratégies qu’elles adoptent
varient selon la situation, la gravité de la maladie de leur parent, l’étape de son rétablissement et le cheminement qu’elles
ont fait sur le plan de la découverte de soi et de la guérison. Les stratégies utilisées pour survivre aux préjugés sont propres
à chaque famille et à ses membres et peuvent comprendre les mesures suivantes :
- demander l’aide de familles qui se trouvent dans une situation semblable ;
- ne pas parler des problèmes en dehors de la famille ;
- parler publiquement de la situation ;
- contester les attitudes négatives ;
- voir la situation sous un nouvel angle.
Un grand nombre de familles ont recours à des organismes communautaires comme la Mood Disorders Association of Ontario, la Société de schizophrénie et Al-Anon pour obtenir un soutien émotionnel et de l’information, et pour se faire accepter. Le soutien social peut aider les familles
à faire face aux problèmes et à composer avec le stress, et peut même prévenir ou atténuer divers problèmes de santé.
Combien de personnes savent que le soutien obtenu par la famille peut les aider à composer avec des choses comme les préjugés
? Les gens n’en ont pas la moindre idée. Mais il est très important pour les membres de la famille d’obtenir de l’aide. Si
on ne m’avait pas aidée, mon mari et moi ne serions plus mariés parce que j’aurais été incapable de composer avec sa maladie
mentale et son alcoolisme. Où en serait la société si on ne pouvait pas obtenir d’aide ?
Les groupes de soutien familial permettent également de se faire des amis et de créer des réseaux sociaux qui peuvent renforcer
l’estime de soi et le sentiment d’efficacité. Lorsque les familles parlent avec d’autres familles de problèmes, de sentiments et d’expériences qu’elles ont en commun, elles
sont moins susceptibles de croire qu’elles sont la cause des problèmes de leur parent.
Les groupes de soutien familial peuvent fournir beaucoup d’aide en permettant aux personnes de parler de leurs problèmes.
On peut discuter de divers sujets comme la médication, le fait de ne pas prendre ses médicaments, le logement et les préjugés,
alors qu’on ne pourrait en parler lors d’une activité sociale typique parce que ces sujets sont déprimants. Les personnes
non concernées ne veulent pas entendre parler des médicaments administrés aux personnes ayant un trouble psychiatrique, du
logement sans but lucratif, des effets de la drogue sur les personnes ayant une maladie mentale et d’autres sujets du genre
! Ça fait du bien de faire partie d’un groupe de personnes qui comprennent votre situation ; il n’est pas nécessaire de tout
leur expliquer. Il n’y a rien à cacher. Tout le monde est dans le même cas.
Les familles disent également qu’en offrant du soutien et de l’information, elles ont l’impression d’avoir réussi quelque
chose et leur estime de soi s’en porte mieux.
Je suis en faveur du système du copain. Je crois que chaque famille qui vient de se joindre au groupe devrait être jumelée
avec une famille qui en fait partie depuis un certain temps pour l’aider à se retrouver dans tout cela. Un grand nombre de
familles se joignent à un groupe de soutien parce qu’elles se sentent tellement isolées. Les familles qui ont acquis de l’expérience
en retirent aussi des avantages. Elles se sentent bien parce qu’elles aident quelqu’un. Elles ont l’impression qu’elles peuvent
agir de façon positive et améliorer les choses.
Beaucoup de familles se demandent si elles devraient parler ou non de la maladie mentale et de l’abus d’une substance. Si
elles décident de le faire, elles doivent ensuite déterminer quand, comment et à qui se confier.
Si la famille est aux prises avec de graves problèmes de santé mentale et de drogues, chaque fois qu’on fait la connaissance
de quelqu’un, on se demande : « Devrais-je lui en parler ? » ; « Que se passera-t-il ? » ; « Que va-t-il en penser ? » ; «
Comment va-t-il réagir ? ». Cela demande beaucoup d’énergie et entraîne de nombreux soucis.
Certaines familles, avec l’assentiment de leur parent, décident de raconter leur histoire personnelle au public. Dans ce contexte,
il arrive souvent que les membres de la famille peuvent voir leurs expériences de façon plus objective. Comme ils se livrent
à cet exercice pour informer d’autres personnes, les membres de la famille constatent qu’ils maîtrisent plus les aspects émotionnels
de la situation et les réactions d’autrui.
Toutefois, pour éviter les préjugés, d’autres personnes tentent de cacher les problèmes ou s’isolent.
Parfois, quand je rends visite à mes parents, si un voisin sort de chez lui, je fais le tour du pâté de maison jusqu’à ce
que je sache qu’il n’est plus là parce que je n’en peux plus des regards et des questions, de la réaction des gens. J’évite
ces situations le plus possible. Je ne peux me forcer à dire « bonjour » comme une personne normale parce que je me demande
ce qui est arrivé la veille. Qu’a fait ma sœur cette fois-ci devant les voisins ? Ma réaction dépend de la situation et de
la façon dont je me sens.
On peut cacher les problèmes uniquement s’ils sont invisibles ou si le membre de la famille ayant des troubles concomitants
peut ou veut bien collaborer. Si les troubles deviennent visibles, il peut être nécessaire d’essayer de nouvelles stratégies.
Par exemple, un homme qui buvait de façon excessive a fait une grave dépression qui l’a conduit à l’hôpital. Il a dû suivre
plusieurs traitements et a perdu son emploi. Son état s’est stabilisé et est resté ainsi pendant longtemps, puis il a fait
une autre dépression et a passé des jours devant la télévision ou au lit. Son épouse a dit à ses amis qu’il avait travaillé
si fort qu’il devait maintenant ralentir le rythme. Les gens ont fait preuve de compassion et n’ont pas demandé pourquoi il
ne travaillait pas et n’assistait pas aux activités sociales.
Certaines familles tentent de maintenir une identité publique et une identité privée distinctes. Elles se confient uniquement
à leurs parents et à leurs amis intimes qui comprennent la situation et en qui elles ont confiance. Ces personnes sont les
seules à voir tous les aspects de ce que certains membres de la famille appellent leur identité « réelle ».
Je n’en parlerais jamais à mes collègues de travail parce que cela nuirait à ma carrière. De plus, les préjugés se propageraient.
C’est pourquoi j’ai un cercle d’amis distinct au travail. C’est comme un refuge pour moi. C’est le seul endroit où je peux
aller qui n’a pas été touché par la schizophrénie et la dépression, ni par les drogues et l’alcool. Si je me confiais à mes
collègues de travail, ce milieu serait lui aussi envahi par la maladie mentale. Il est donc préférable de séparer ces deux
mondes. Je peux alors franchir le seuil et me retrouver dans un monde normal ; un refuge où je peux me reposer.
Un grand nombre de familles disent qu’elles ne parlent pas de leurs problèmes afin d’éviter les préjugés potentiels. Toutefois,
des recherches ont démontré que certaines de ces stratégies ont des conséquences négatives. La question est de savoir si on
peut atténuer les effets des préjugés en gardant le secret. Une étude a démontré que les mécanismes d’adaptation axés sur le secret n’atténuaient pas les conséquences négatives des préjugés,
des idées préconçues et de la discrimination. En outre, ces stratégies ne prévenaient pas la détresse psychologique ni la démoralisation. En fait, les tactiques menant
à l’évitement et au retrait faisaient plus de mal que de bien (Link, Mirotznik, Cullen, 1991).
Les stratégies comme celles qui consistent à rejeter et à remettre en question les attitudes négatives et les croyances erronées
ou à minimiser leur importance peuvent contribuer à accroître l’estime de soi et la résilience. Un grand nombre de familles se sentent libérées lorsqu’elles acceptent le fait qu’elles ne peuvent contrôler les attitudes,
les croyances et le comportement d’autres personnes.
Il ne faut pas se laisser décourager par les personnes qui ont une attitude négative. Il faut se parer et faire face à la
situation. Les préjugés sont omniprésents. Ce n’est pas en se défilant qu’on améliorera les choses pour soi ou pour sa famille.
Il faut être dur dans ces circonstances.
… Je refuse de subir des préjugés. Lorsque des personnes ont une attitude négative à l’égard de mon mari parce qu’il fait
une dépression, j’essaie de les sensibiliser. Si elles ne m’écoutent pas, je passe à autre chose. Je n’ai pas de temps à perdre
avec des personnes comme ça.
On trouvera dans la section ci-après intitulée « Lutter contre les préjugés » des renseignements supplémentaires sur la façon
de remettre en question les attitudes négatives.
Une autre stratégie d’adaptation consiste à envisager les circonstances difficiles de façon positive. Par exemple, on peut
considérer la prestation de soins comme un cheminement personnel rempli d’espoir qui a des effets transformateurs positifs
sur l’aidant.
On peut tirer une leçon de toute expérience négative. Je pense que c’est ce qu’il faut s’efforcer de faire en tant qu’être
humain. On n’agit pas consciemment de la sorte, mais quand je pense à ma situation, je me dis : « J’ai tiré une leçon de cette
expérience ».
On peut également essayer de relâcher l’emprise que les préjugés ont sur nous.
Je pense que les effets des préjugés dépendent de la perception qu’on en a. Si on refuse de se laisser influencer par les
préjugés, ceux-ci perdent leur emprise. Il ne faut pas avoir honte, car il n’y a pas de raison d’avoir honte. Les préjugés
peuvent semer le doute en nous.
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