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10.5 : Exemple de l’escalade d’une crise
Guide à l’intention des familles sur les troubles concomitants – Partie III: Traitement
Dans : Guide à l’intention des familles sur les troubles concomitants (© 2008)
Aperçu : Crises et urgences

Parfois, un changement soudain de la routine déclenche une crise qui s’aggrave et se transforme en urgence. Dans certains
cas, la famille ne peut rien faire pour éviter une crise. Dans d’autres cas, elle peut éviter - ou déclencher - une crise.
Lisez le scénario suivant et demandez-vous si le résultat aurait été moins grave si la famille avait agi différemment.
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Samuel (qui est absent pour le week-end) et Véronique ont trois enfants : Jean (24 ans), Stéphane (20 ans) et Anne (16 ans).
Jean et Anne habitent à la maison et Stéphane habite en ville, dans une résidence pour étudiants. Anne est en 10e année. Jean
a la schizophrénie (diagnostiquée quand il avait 19 ans) et un problème lié à l’utilisation d’une substance (diagnostiqué
récemment). Même s’il prend des médicaments pour traiter ses symptômes de psychose et d’anxiété, Jean a de la difficulté à
composer avec le changement. Quand un changement se produit, il devient anxieux et déprimé et, dans bien des cas, il boit
pour essayer de se calmer.
Quand il boit, Jean peut se mettre facilement en colère ; la moindre provocation déclenche chez lui une explosion de rage.
Parfois, il lance des objets et jure contre sa famille. Quand cela se produit, il s’enferme dans sa chambre, fume des cigarettes
et écoute de la musique jusqu’à ce qu’il s’endorme. Les membres de sa famille le surveillent attentivement et discrètement
quand il fume et l’observent à tour de rôle jusqu’à ce qu’il s’endorme.
En général, à son réveil, parfois après 15 heures de sommeil, il est calme et sobre et ne se souvient pas de ce qui s’est
passé la veille.
Une fin de semaine, Jean apprend que son thérapeute, qui le suit depuis cinq ans, quitte la ville, ce qui signifie que Jean
devra consulter un autre thérapeute. Manifestement, Jean est contrarié et se met à faire les cent pas dans la maison. Sa mère
et sa sœur sont à la maison. Elles gardent leurs distances sauf pour lui demander doucement si elles peuvent lui venir en
aide. Jean se met dans tous ses états et quitte la maison. Au lieu d’assister à sa séance de traitement et de parler à un
de ses intervenants, il se rend dans un bar. Après avoir bu quatre ou cinq bières, il se met en colère et devient paranoïaque.
Il veut une cigarette mais se rend compte qu’il a dépensé ce qui lui restait de son argent de poche pour acheter de la bière.
Quand Jean rentre enfin à la maison, Véronique constate qu’il est ivre. Jean est en colère. Il s’approche de sa mère, qui
est dans la cuisine, et lui dit qu’il n’a plus d’argent et qu’il a besoin de dix dollars pour acheter des cigarettes. Véronique
lui demande ce qu’il a fait de l’argent qu’elle lui a donné il y a trois jours. Jean tape du poing sur la table et dit en
criant qu’il a dépensé cet argent pour manger. Il menace de « tuer quelqu’un » si sa mère refuse de lui donner de l’argent.
Au même moment, le frère cadet de Jean, Stéphane, entre dans la cuisine. Anne, qui était dans la salle de séjour, s’approche
de la cuisine. Après avoir entendu les propos de son frère, elle craint que sa mère ne soit en danger. Elle décide de ne pas
s’en mêler et reste dans l’embrasure de la porte, sans rien dire. Voyant que son fils Jean est dans tous ses états, en colère et agressif et qu’il veut qu’on lui obéisse, Véronique prend son
sac à main et s’apprête à sortir son portefeuille pour lui donner dix dollars lorsque Stéphane accourt et lui dit de remettre
son portefeuille dans son sac à main. Stéphane est en colère et s’approche de Jean. Il lui dit en criant : « Écoute, paresseux,
j’en ai ras-le-bol ! Elle ne te donnera pas plus de son argent durement gagné à la sueur de son front pour que tu les gaspilles
en achetant de l’alcool et des cigarettes. Tu es encore ivre n’est-ce pas ? J’en ai assez de tes conneries. Nous ne ferons
plus tes quatre volontés. Maman, ne lui donne plus d’argent. Il ne devrait pas fumer de toute façon ».
Stéphane s’est approché de Jean et ils sont maintenant face à face. Pendant que Stéphane crie, Jean tremble de colère et lève
le poing. Avec son autre main, il ouvre un tiroir et saisit un couteau. En une fraction de seconde, il poignarde Stéphane
dans l’estomac. Stéphane s’écroule sur le plancher. Saisie d’horreur, Véronique s’approche du téléphone pour demander de l’aide.
Jean se précipite dans la salle de séjour et commence à faire les cent pas, le couteau à la main. Anne entre dans la cuisine
pour aider sa mère. Véronique crie à Anne de composer le 911 pour demander une ambulance et la police.
L’ambulance, la police et les pompiers arrivent et on amène Stéphane à l’urgence. Véronique essaie de décrire à la police
les événements qui ont mené à l’attaque. Elle tente d’expliquer que son fils ne voulait faire de mal à personne, qu’il souffre
d’une maladie mentale et qu’il avait bu, mais elle est si bouleversée par ce qui s’est produit qu’elle a du mal à parl
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Se préparer
Quand on est préparé, on est mieux en mesure d’agir comme il se doit pour éviter qu’une situation ne devienne une crise. De
plus, on peut atténuer la douleur et l’angoisse que peut ressentir une personne lors d’une crise.
La famille de Jean pourrait envisager les mesures suivantes :
- S’assurer que le médecin de Jean et les personnes qui dispensent le programme de traitement de jour sont au courant : a) de
sa difficulté à composer avec le changement ; b) de ce qui se produit chez lui quand un changement survient dans sa vie (il
devient très anxieux et fait une dépression) ; c) de la façon dont il compose avec ces sentiments (il boit pour atténuer les
symptômes) ; et d) de ce qui se produit quand il boit (il ne peut s’empêcher de prendre plus d’un verre et, après quatre ou
cinq verres, il devient furieux et paranoïaque ; dans bien des cas il devient violent et profère des menaces).
- Déterminer si le médecin de Jean et les personnes qui dispensent le programme de traitement de jour acceptent et sont en mesure
de s’attaquer tant à ses problèmes de santé mentale qu’à ses problèmes liés à l’utilisation d’une substance.
- S’assurer que le médecin de Jean et les intervenants lui apprennent à composer avec les changements qui surviennent dans sa
vie.
- Trouver un programme qui soutient et renseigne la famille de Jean pour lui apprendre à faire face aux conflits et aux crises
de façon plus efficace et lui permettre de recevoir un soutien de la part de professionnels et de pairs, de prendre connaissance
des expériences vécues par d’autres familles et de valider sa situation.
- Commencer à établir des limites pour aider Jean à composer avec ses sentiments et à maîtriser ses comportements. Par exemple,
pour qu’il continue à recevoir de l’argent de poche de ses parents, Jean doit s’acquitter de ses responsabilités (par exemple,
suivre son programme de traitement et consulter son médecin). Quand il fume, il doit le faire à l’extérieur pour ne pas nuire
à la santé des membres de sa famille. Il doit utiliser son argent de poche pour acheter des articles dont il a besoin comme
des vêtements et des billets d’autobus et non pour acheter de l’alcool. Comme tous les autres membres de la famille, Jean
ne doit pas proférer de menaces ni se comporter de façon menaçante.
Lorsque Jean est prêt et calme, la famille peut lui parler de son usage du tabac et lui fournir des renseignements sur les
moyens d’y mettre fin, comme le traitement de substitution de la nicotine (timbre ou gomme à la nicotine).
Pendant une crise
Lorsque Jean fait une crise, sa famille devrait :
- s’efforcer de garder son calme et le soutenir ;
- proposer à Jean de téléphoner à son médecin ou à une des personnes qui dispensent le programme de jour et demander à Jean
s’il veut leur parler ;
- proposer à Jean, s’il le veut bien, de se rendre chez son médecin ou de consulter une des personnes qui dispensent le programme
de jour ;
- lui offrir de l’aide et lui suggérer des moyens d’atténuer son anxiété et sa peur, quelle qu’en soit la cause.
Jean est rentré à la maison ivre, en colère et paranoïaque et a ordonné à sa mère de lui donner de l’argent. Diverses mesures
auraient pu empêcher que cette crise ne devienne une urgence :
- Véronique avait raison. Il était trop tard pour essayer de raisonner avec Jean. Comme Jean a l’habitude de boire quand il
doit faire face à un conflit et de se calmer dans sa chambre jusqu’à ce qu’il s’endorme, il était préférable de ne pas lui
demander comment il avait dépensé son argent de poche.
- Compte tenu du fait que Jean fume toujours quand il est ivre, en colère et paranoïaque, Véronique aurait dû lui donner les
dix dollars cette fois-ci puisqu’il était peu probable qu’il réagisse de façon positive, dans un état de crise, à la tentative
d’établir une limite. Une fois que Jean se serait calmé, la famille aurait pu lui parler de son idée de demander de l’argent
pour acheter des cigarettes et établir des règles de base.
- Véronique aurait pu l’accompagner au magasin pour acheter des cigarettes (de préférence, si Jean avait accepté, avec une troisième
personne), puis l’aurait ramené à la maison et lui aurait laissé le temps de se calmer, seul dans sa chambre, jusqu’à ce qu’il
s’endorme (ce qu’il fait d’habitude). Les membres de la famille l’auraient surveillé pendant qu’il fumait pour s’assurer qu’il
ne se fasse pas du mal accidentellement et qu’il ne s’endorme pas avec une cigarette à la main.
- Véronique aurait pu demander à un ami intime de la famille de l’aider à surveiller Jean. Véronique ou un autre membre de la
famille aurait pu téléphoner au médecin ou au thérapeute de Jean ou à un autre professionnel de la santé qui le connaît bien
pour lui demander de l’aide et des conseils sur la façon de régler la situation.
- Stéphane aurait dû parler plus doucement à Jean et n’aurait pas dû le regarder dans les yeux car les éclats de voix, les jugements,
les accusations et le blâme ont accentué sa peur et sa paranoïa.
- Anne a bien fait de rester dans l’embrasure de la porte et de ne rien dire. Les incidents passés lui avaient appris que, lorsque
Jean est ivre, il est facile de le provoquer, ce qui entraîne son comportement menaçant. Si plusieurs personnes l’avaient
mis au pied du mur, la situation déjà précaire se serait envenimée.
Stéphane aurait pu aider à calmer la situation en :
- ne se mettant pas face à face avec Jean puisque ce dernier était contrarié et ivre ;
- parlant doucement ;
- s’abstenant de porter des accusations ;
- ne regardant pas Jean dans les yeux et en s’abstenant de le fixer du regard ;
- gardant ses distances par rapport à Jean (Stéphane aurait été plus en sécurité et Jean se serait senti moins paranoïaque et
moins « emprisonné ») ;
- laissant une seule personne (dans ce cas, sa mère) parler à Jean et s’occuper du conflit.
En suivant ces suggestions, on aurait peut-être pu éviter que la crise ne devienne une urgence. Toutefois, les familles devraient
savoir qu’il est parfois impossible d’éviter une urgence. Elles doivent donc savoir ce qu’elles peuvent faire en cas d’urgence.
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