6.5 : Lutter contre les préjugés
Guide à l’intention des familles sur les troubles concomitants – Partie II : Incidence sur les familles
Dans : Guide à l’intention des familles sur les troubles concomitants (© 2008)
Aperçu : Préjugés

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Parfois, lorsque les familles constatent que les préjugés et le rejet dont elles font l’objet sont surtout de nature sociale,
et non personnelle, elles décident d’essayer d’apporter des changements.
Depuis des années je défends les droits des personnes ayant des troubles concomitants de santé mentale et liés à l’abus d’une
substance afin de les légitimer. Nous devons commencer à sortir du placard. Je crois que nous serons en bien meilleure position
lorsque tout le monde sera au fait de la réalité des troubles concomitants.
Certaines familles se joignent à des mouvements sociopolitiques afin de changer la situation et les attitudes, d’atténuer
la discrimination et d’accroître le contrôle des ressources. Les groupes de soutien familial sont au cœur de cette intervention.
Ils procurent à leurs membres un sentiment de pouvoir collectif qui les aide à régler leurs problèmes communs et à améliorer
leur vie.
Les préjugés ont des effets considérables avec lesquels il est difficile de composer seuls. Ils peuvent empêcher les législateurs
d’affecter des fonds suffisants aux services de santé mentale et aux aidants et peuvent empêcher les compagnies d’assurance
d’accorder une protection suffisante.
Pour un grand nombre de familles, en sensibilisant le public aux mythes, aux stéréotypes et à la réalité des troubles concomitants,
on contribue à atténuer les préjugés. Les familles déploient de nombreux efforts afin de dissiper les craintes irrationnelles,
d’humaniser les personnes aux prises avec ces troubles et leur famille et d’encourager leur acceptation. En outre, les familles
reconnaissent que les travailleurs de la santé, les éducateurs et les médias doivent eux aussi être sensibilisés.
Les choses vont s’améliorer. Nous faisons notre part en sensibilisant les gens à la maladie mentale et à l’abus d’une substance.
La situation ne peut pas être pire qu’elle ne l’était il y a 20 ans. En outre, on a mis en œuvre de bons programmes d’éducation
et on réalise des recherches de qualité. Je crois toujours que la sensibilisation est le meilleur moyen de lutter contre les
préjugés, mais je pense qu’il faudra attendre quelques générations pour mettre fin aux préjugés. Nous sommes à peine à mi-chemin.
Les groupes d’entraide familiale sont un des meilleurs moyens de favoriser le changement au sein du système de santé mentale
et des services liés à l’addiction.
Les membres de ces groupes peuvent :
- se prononcer en faveur de meilleurs traitements, d’une planification plus soignée et d’une plus grande responsabilisation
;
- parrainer des conférences ;
- prendre la parole lors de réunions professionnelles ;
- exercer des pressions sur les législateurs et les personnes nommées à leur poste.
Les groupes représentant les familles ont influencé considérablement les travaux de recherche et les traitements dispensés
aux personnes aux prises avec des troubles concomitants, particulièrement aux États-Unis. Les familles ont établi des rapports
fructueux avec des chercheurs, des professionnels de la santé mentale, des législateurs et des administrateurs, sans nuire
à leur indépendance à titre d’intervenants.
Les préjugés ne sont pas aussi tenaces qu’ils l’étaient il y a 18 ans. Je pense que les choses se sont beaucoup améliorées
parce que les gens sont mieux informés. Les familles sont le meilleur moyen de faire connaître les troubles concomitants.
C’est nous qui avons amorcé le dialogue. Nous avons décidé de parler de schizophrénie. Je pense que cela a démystifié considérablement
la maladie mentale et l’abus de substance. Cela a été très utile avec mes amis. Au début, ils ne comprenaient pas la situation.
J’ai alors décidé de les sensibiliser.
La défense des intérêts peut mettre certaines familles devant un dilemme moral, car elles doivent tenir compte du désir de
leur parent de protéger sa vie privée ou de son désenchantement à l’égard du système de santé mentale. Certaines personnes
veulent oublier ou nier leur état et s’attendent à ce que leur famille et d’autres personnes respectent ce désir. Un grand
nombre de familles recommandent la prudence pour ce qui est des activités de défense des intérêts, y compris les activités
de lobbying.
1. Soyez bien informé.
En tant qu’ami ou que membre de la famille d’une personne vivant avec des problèmes de santé mentale et liés à l’utilisation
d’une substance, vous savez quels en sont les effets. Votre expérience et vos connaissances à ce sujet sont parmi les outils
les plus utiles que vous puissiez utiliser dans le cadre de votre intervention.
2. Cernez les enjeux.
Un grand nombre de questions vous préoccupent (p. ex., l’accès à des services complets de dépistage et d’évaluation des problèmes
de santé mentale et liés à l’utilisation d’une substance, l’accès à des traitements intégrés), mais il est préférable de cibler
vos communications. Mettez l’accent sur une ou deux questions à la fois.
3. Communiquez de façon efficace avec les représentants du gouvernement.
Rencontrez les représentants ou téléphonez-leur afin de nouer des liens avec eux et de leur transmettre vos messages clés.
Vous pouvez téléphoner à votre député et lui faire part des principaux enjeux. Si vous pouvez lui parler directement, fournissez-lui
des renseignements précis, factuels et convaincants. Soyez bref. N’oubliez pas de le remercier de vous avoir écouté. Envoyez-lui
une courte lettre de suivi dans laquelle vous réitérerez vos messages clés. Si vous ne pouvez parler à votre député, laissez-lui
un message auprès de son adjoint. Sachez ce que vous allez dire, soyez poli et n’oubliez pas de laisser vos nom, adresse et
numéro de téléphone.
Envoyez une lettre à un ministère fédéral comme Santé Canada ou Justice Canada. Une lettre, envoyée par la poste ou par courrier
électronique, est un moyen très efficace de transmettre des messages clés aux députés. Veillez à utiliser la bonne adresse.
Décrivez dans vos propres mots l’expérience que vous avez vécue, cernez les enjeux et les messages clés et n’oubliez pas de
remercier la personne à qui vous vous adressez. Une lettre est un excellent moyen pour les politiciens de faire la connaissance
des personnes touchées par les problèmes de santé mentale et liés à l’utilisation d’une substance. Vous pouvez jouer un rôle
clé à cette fin.
Voici quelques suggestions pour vous préparer à communiquer avec les représentants du gouvernement :
- Pour obtenir les coordonnées des représentants des gouvernements provinciaux et territoriaux, cliquer ici.
- Pour savoir qui est votre député fédéral, il suffit d’entrer votre code postal sur le site suivant.
- Pour obtenir des renseignements sur les ministres et les ministères fédéraux, visitez le site suivant. Vous trouverez les coordonnées du Conseil des ministres.
- Pour de plus amples renseignements sur la façon de communiquer avec votre député.
4. Communiquez de façon efficace avec les médias.
Il se peut que le journal ou la station de radio ou de télévision de votre localité accepte de parler de l’expérience que
vous avez vécue et des enjeux clés. Soyez clair et concis. Préparez-vous avant de rencontrer le journaliste et ne vous éloignez
pas de vos messages clés. Vous pouvez également communiquer avec des organismes locaux, provinciaux, territoriaux ou nationaux
avant de rencontrer les médias.
Cette liste a été dressée à partir des conseils formulés par la Société canadienne de la schizophrénie.
Des études ont démontré que certaines campagnes de sensibilisation entraînent une hausse modérée des connaissances générales
au sujet de la maladie mentale et de l’abus d’une substance, mais qu’elles ont peu d’effets sur les attitudes négatives. Par
exemple, la sensibilisation aux caractéristiques biochimiques des troubles concomitants n’a pas amélioré les attitudes envers
les personnes ayant des problèmes de santé mentale et liés à l’utilisation d’une substance (Read et Harre, 2001).
Toutefois, les attitudes s’améliorent lorsque les gens entrent en contact avec des personnes ayant des troubles concomitants.
Cela laisse croire que les campagnes de sensibilisation et anti-préjugés devraient comprendre un élément personnel, par exemple
des témoignages de clients ou de familles au sujet de leurs difficultés et de leurs triomphes.
Je pense que les familles et les personnes aux prises avec la maladie sont les mieux placées pour parler des préjugés. Nous
avons maintenant des personnes qui sont prêtes à se lever et à dire oui, j’ai la schizophrénie et oui, j’ai pris des drogues
et de l’alcool. Je connais trois ou quatre personnes qui peuvent m’accompagner quand je visite des écoles secondaires et parler
de leur maladie aux élèves. Le mois dernier, un jeune homme m’a accompagné lorsque j’ai pris la parole devant des étudiants
en médecine de première année. Les gens veulent entendre des personnes aux prises avec la maladie raconter leur histoire.
Vous trouverez ci-après une liste de personnes connues qui ont eu un problème de santé mentale, un problème lié à l’utilisation
d’une substance ou ces deux types de problèmes.
Saviez-vous que ces personnes (et la liste est loin d’être complète !) se sont battues ou continuent de se battre avec ces
problèmes ?
Êtes-vous surpris d’apprendre que certaines personnes figurent sur cette liste ? Dans l’affirmative, pourquoi cela vous surprend-il
?
- Paula Abdul (chanteuse/danseuse) a été aux prises avec un trouble de l’alimentation (boulimie).
- Patty Duke Astin (comédienne) a écrit un livre au sujet de son trouble bipolaire intitulé A Brilliant Madness: Living with Manic Depression Illness, qui a été publié en 1992.
- Drew Barrymore (comédienne) a fait une dépression clinique et a été aux prises avec des problèmes liés à l’utilisation d’une substance à
un très jeune âge.
- Ludwig van Beethoven (compositeur allemand) avait un trouble bipolaire.
- Jim Carrey (comique/comédien) a fait une dépression clinique.
- Winston Churchill (ancien premier ministre britannique) a eu un trouble bipolaire.
- Francis Ford Coppola (réalisateur des films Le parrain et Apocalypse Now) a eu un trouble bipolaire.
- Patricia Cornwell (écrivaine de romans à énigmes et à suspense) a eu un trouble bipolaire et un trouble de l’alimentation (anorexie et boulimie).
- Charles Darwin (naturaliste, auteur de la théorie de l’évolution intitulée « The Origin of Species ») avait un trouble panique grave.
- Carrie Fisher (comédienne – a joué le rôle de la princesse Leia dans La guerre des étoiles) a eu un trouble bipolaire et des problèmes liés à l’utilisation d’une substance.
- F. Scott Fitzgerald (écrivain, auteur de Gatsby le magnifique) a fait une dépression clinique.
- Judy Garland (comédienne, chanteuse, a joué le rôle de « Dorothy » dans Le magicien d’Oz) a fait une dépression clinique et a été aux prises avec des problèmes liés à l’utilisation d’une substance.
- Linda Hamilton (comédienne, Terminator, Terminator II) a un trouble bipolaire.
- Sir Anthony Hopkins (comédien britannique, Nixon et Le silence des agneaux) a fait une dépression clinique.
- Margot Kidder (comédienne, a joué le rôle de « Lois Lane » dans Superman) a eu un trouble bipolaire.
- Marilyn Monroe (comédienne) a fait une dépression clinique et a été aux prises avec des problèmes liés à l’utilisation d’une substance.
- Alanis Morissette (chanteuse, musicienne) a fait une dépression clinique.
- Dolly Parton (chanteuse country, comédienne) a fait une dépression clinique.
- George S. Patton (général américain, chef militaire pendant la Deuxième Guerre mondiale) a fait une dépression clinique.
- Cole Porter (parolier américain, compositeur de musique à Broadway [« Anything Goes », « Can-Can », « Night and Day »]) a fait une dépression
clinique, a été aux prises avec l’alcoolisme et a eu un délire paranoïde et un trouble obsessionnel-compulsif.
- James Taylor (musicien, chanteur) a eu un trouble bipolaire.
- Léon Tolstoy (écrivain, auteur de Guerre et paix) a fait une dépression clinique et a été aux prises avec l’alcoolisme.
- Barbra Streisand (chanteuse, comédienne) a une phobie sociale.
- Margaret Trudeau Kemper (épouse de l’ancien premier ministre canadien Pierre Trudeau) a un trouble bipolaire.
- Robin Williams (comédien) a un trouble bipolaire.
Lorsque, après des années d’intervention, les familles n’obtiennent pas les résultats escomptés, certaines se sentent paralysées
et épuisées.
Il y a une ‘Course à la vie’ pour guérir le cancer. Tout le monde est prêt à venir en aide aux personnes qui ont le cancer.
On fait du porte à porte pour recueillir des fonds pour la recherche et le soutien aux personnes atteintes du cancer. Et la
schizophrénie ? Les gens assistent à la marche pour la schizophrénie mais ils ne sont pas d’un grand soutien. Ils n’encouragent
pas et n’applaudissent pas les participants. Ça va être encore plus difficile pour la maladie mentale et l’abus de substances.
Il y a relativement peu de personnes ayant des troubles concomitants et de familles qui s’affichent comparativement au pourcentage
de personnes aux prises avec ces maladies. Il n’y a tout simplement pas assez de héros ni de modèles de comportement positif.
Ce que nous voyons, ce sont les familles dévouées qui ont fait progresser les choses dans ce domaine.
On soulève constamment des questions comme le nombre insuffisant de logements pour les personnes ayant des troubles concomitants,
le manque de reconnaissance du fardeau que porte la famille et l’absence de services et de soins de relève pour les familles.
Malheureusement, personne ne s’en occupe. Malgré ces obstacles, les familles continuent de déployer des efforts afin que les
personnes ayant des troubles concomitants soient traitées de façon juste et équitable. Il se peut que les familles doivent
interrompre leurs interventions de temps à autre afin de se reposer et de se ressourcer.
Malgré leurs expériences négatives, les familles ont trouvé des moyens de composer avec les préjugés et d’y survivre. Un grand
nombre d’entre elles ont fait le point sur leur croissance et leur épanouissement après avoir fait face aux préjugés et considèrent
que leurs expériences leur ont permis d’apprendre à outrepasser les effets des idées préconçues et de la discrimination.
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