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Autres types de troubles de l’humeur post-partum

Extrait de la publication de CAMH : La dépression du post-partum : Guide à l’intention des fournisseurs de services sociaux et de santé de première ligne

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Autres types de troubles de l’humeur post-partum

Cette section décrit les autres troubles de l’humeur qui peuvent survenir à la suite de la naissance d’un enfant.

Les troubles affectifs du post-partum se divisent en trois catégories, soit le blues («baby blues» ou syndrome du troisième jour), la DPP et la psychose puerpérale ou post-partum, dont les symptômes et la gravité diffèrent et qui nécessitent des interventions différentes (voir le Tableau 1-1). La section traite également de l’anxiété post-partum.

TABLEAU 1-1
Apparition, durée et traitement
des principaux troubles de l’humeur post-partum

Trouble Prévalence Apparition Durée Traitement
 Blues 30-75 %  3e ou 4e jour heures ou jours pas de traitement nécessaire à part du réconfort
 Dépression 10-15 % dans les quelques semaines suivant l'accouchement à 12 mois plus tard semaines ou mois traitement généralement nécessaire
 Psychose  puerpérale 0,1-0,2 %  au cours des 2 premières semaines, le plus souvent  dans la première semaine semaines ou mois hospitalisation habituellement nécessaire
Tableau adapté avec la permission de Nonacs et Cohen, 1998

 

Blues du post-partum ou « baby blues »

Le blues du post-partum est le trouble de l'humeur périnatal le plus courant et toucherait entre 30 à 75 p. 100 des femmes. Il survient dans les heures ou jours suivant l'accouchement et atteint son point culminant le troisième ou quatrième jour. Les symptômes ne durent que quelques jours et se résorbent habituellement au bout d’une semaine. Généralement, les femmes atteintes sont des mères heureuses qui réagissent de façon plus « émotive » aux stimuli. Elles peuvent rapidement passer de la joie aux larmes, devenir brusquement irritables, au bord des larmes ou anxieuses et vivre des perturbations sur le plan du sommeil et de l’appétit. Des chercheurs ont suggéré que certains de ces comportements pouvaient résulter des rapides changements hormonaux qui s’opèrent chez ces femmes.

Il s’agit d’un cafard léger qui ne nécessite habituellement pas de traitement, sinon du soutien et du réconfort. Par définition, le cafard est de courte durée et ne persiste pas plus de deux semaines. Si la plupart des femmes atteintes se sentent bien par la suite, jusqu’à 20 p. 100 d'entre elles développeront une dépression majeure au cours de la première année suivant la naissance du bébé. Cela peut se produire à la suite de l’aggravation des symptômes du « baby blues », soit plus tard, après que la mère s’est remise de son blues.

« Baby pinks » Ou euphoire post-partum

Alors que le «baby blues» fait référence à des changements d’humeur pouvant passer de la joie à la tristesse, certaines femmes se sentent légèrement euphoriques après la naissance de leur bébé. Cet état, que l’on nomme le « baby pinks », peut durer de quelques heures à quelques jours. (Glover et coll., 1994). Tout comme le « baby blues », il n’a pas besoin d’être traité et peut même passer inaperçu aux yeux de certains qui considèrent cette réaction comme « normale » à la naissance d’un enfant.

Dans certains cas, les symptômes du « baby blues » et du « baby pinks » nécessitent des soins. L’une des principales caractéristiques de ces deux états est que les changements d’humeur sont légers et passagers. Si ces changements sont extrêmes – par exemple s’ils durent plus que quelques jours ou sont plus intenses -, ils peuvent êtres signes de problèmes plus graves nécessitant un examen et un suivi (voir le chap. 6).

Anxiété post-partum

Comme c’est le cas pour la dépression, l’anxiété qui se déclare après un accouchement n’est pas différente, sur le plan clinique, de celle qui survient à tout autre moment de la vie. Toutefois, il existe peu de données scientifi q u e s sur cet état comparativement aux autres troubles post-partum. Selon les études, entre quatre et 15 p. 100 des femmes éprouveraient de l’anxiété après la naissance de leur bébé (Wenzel et coll., 2003 ; Matthey et coll., 2003 ; Heron et coll., 2004).

Certaines femmes sont anxieuses uniquement durant la grossesse ou après l’accouchement, tandis que d’autres le sont avant et après la naissance du bébé. Dans le cadre d’une récente étude britannique d’envergure auprès de 8 323 femmes enceintes, Heron et coll. (2004) ont observé que 7,3 p. 100 d’entres elles avaient indiqué souffrir d’un haut niveau d’anxiété durant leur grossesse. Parmi ces dernières, 1,4 p. 100 ont éprouvé une anxiété marquée dans les huit semaines suivant l’accouchement. Parmi les femmes qui ne se disaient pas très anxieuses durant la grossesse, 2,4 p. 100 ont dit éprouver une très grande anxiété post-partum.

Bien des mères se sentent anxieuses, dépassées et apeurées à la suite de la naissance de leur bébé. Cela est bien compréhensible étant donné les changements qu’entraîne le rôle de nouveau parent. Dans certains cas toutefois, l’anxiété est telle qu’elle nuit à la vie quotidienne de la mère et a des répercussions sur son caractère et son mode de fonctionnement.

Diagnostic

La classification officielle des troubles anxieux du DSM-IV englobe un éventail de troubles pouvant être de nature particulière, par exemple une phobie spécifique (peur des hauteurs, des araignées), le trouble panique ou le trouble obsessionnelcompulsif. Lorsqu’il n’y a pas de cause ou de situation précise entraînant l’anxiété, on parle alors d’anxiété généralisée.

L’anxiété post-partum peut être généralisée ou reliée à des situations particulières (p. ex. le bain du bébé, transporter le bébé dans la voiture, faire les emplettes). Elle peut aussi être axée uniquement sur l’enfant (p. ex. l’alimentation ou la respiration du bébé, compétence parentale). L’anxiété prend généralement la forme d’une inquiétude, peur ou appréhension constante ou excessive. La mère peut paraître nerveuse, tendue et toujours sur le qui-vive. Elle peut même éviter certaines situations lorsque la peur éprouvée est trop grande.

L’anxiété est souvent accompagnée de symptômes physiques ou de crises de panique, notamment:

  • sueurs;
  • palpitations ;
  • nausée;
  • étourdissement;
  • envie irrésistible de fuir.

Les femmes anxieuses ne ressentent pas constamment la morosité ou l’anhédonisme (perte de plaisir) caractéristique de la dépression. Toutefois, comme nous l’avons mentionné précédemment, les femmes souffrant de DPP peuvent éprouver de l’anxiété.

Psychose puerpérale ou post-partum

Contrairement au « baby blues » et à la DPP, la psychose du post-partum (ou puerpérale) est la forme la plus grave et la plus rare de troubles de l’humeur postpartum et survient dans un ou deux cas par 1 000 accouchements. Les symptômes se manifestent rapidement, souvent dans les 48 à 72 heures suivant la naissance du bébé, et la plupart des cas se déclarent dans les deux premières semaines de la période post-partum. Certaines études (p. ex. Jones et Craddock, 2001) laissent entendre que la psychose du post-partum aurait une cause génétique ou biologique et serait plus courante chez les femmes ayant reçu un diagnostic de trouble bipolaire ou ayant des antécédents familiaux de troubles de l’humeur.

Les symptômes les plus courants sont un état dépressif ou euphorique extrême (manie) similaire à ce que l’on observe dans les cas de trouble bipolaire (ou psychose maniaco-dépressive). Les femmes atteintes peuvent passer rapidement de la manie à la dépression et vice- versa, ou avoir des accès « euphoriques » (manie) suivis d’accès de dépression. Souvent, elles affichent des comportements bizarres ou déviants et sont confuses ou perplexes.

La plupart des femmes atteintes de psychose du post-partum affichent des symptômes psychotiques. Les cliniciens définissent le délire comme des idées fixes fausses, en opposition avec la réalité, et qui sont jugées inacceptables aux yeux de la culture de la personne atteinte. Le délire tourne souvent autour des sentiments de persécution, d’amour et de culpabilité. Quant aux hallucinations, les cliniciens les définissent comme des distorsions des perceptions sensorielles en l’absence de tout stimulus extérieur. Les hallucinations les plus répandues sont de nature auditive (entendre des bruits ou des voix que personne d’autre n’entend) ou visuelle (voir des choses ou des gens que les autres ne peuvent pas voir) (Dubovsky et Buzan, 1999). Une mère pourrait par exemple croire que son bébé a des pouvoirs spéciaux ou une intelligence supérieure (elle croit qu’elle pourra écrire un livre à succès ou qu’elle est une artiste de renom, qu’elle et son enfant passeront à la télévision à cause de ces talents spéciaux). Certaines femmes entendent des voix qui les incitent à faire ou dire des choses (positives ou négatives).

Comme il a été mentionné précédemment, si les cas d’infanticide et de suicide sont rares, ils constituent néanmoins des risques graves chez les femmes souffrant de psychose du post-partum. Les symptômes de la psychose du postpartum changent rapidement; une femme lucide et calme durant le premier entretien peut devenir suicidaire et psychotique quelques heures plus tard.

La nature de la psychose est tout à fait imprévisible et même un psychiatre chevronné peut avoir de la difficulté à la détecter (voir Spinelli, 2004). Toute femme qui manifeste des changements d’humeur extrêmes (de l’euphorie à la morosité) ou des symptômes psychotiques doit obtenir immédiatement des soins psychiatriques (voir le chap. 6).

La dépression du post-partum

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