À propos de la santé mentale et de la toxicomanie

Différentes manifestations cliniques des symptômes de dépression

Extrait de la publication de CAMH : La dépression du post-partum : Guide à l’intention des fournisseurs de services sociaux et de santé de première ligne

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Humeur dépressive

Les femmes admettent rarement qu’elles sont déprimées. Elles peuvent utiliser d’autres termes pour communiquer leur dépression: elles se diront découragées, abattues, tristes, irritables, nerveuses, engourdies ou vides. Elles peuvent être au bord des larmes, pleurer plus que d habitude ou se dire incapables de pleurer à cause du vide qu’elles ressentent. Elles se disent souvent incompétentes, surtout en ce qui a trait à leur rôle de mère, et parlent de leur incapacité à faire face à la situation ou de leur crainte d’être considérées comme de «mauvaises mères». Elles se comparent parfois à d’autres femmes qui viennent d’avoir un enfant ou à d’autres membres de leur famille, ce qui accroît leur sentiment d’incompétence.

Certaines mères ne se sentent tout simplement pas capables de divulguer leur état psychologique et préfèrent communiquer leur détresse en insistant sur des symptômes d’ordre physique, comme des maux d’estomac, de tête ou de dos. D’autres se préoccupent de la santé du bébé et consultent à maintes reprises le médecin ou l’ i n firmière de santé publique même si on lui affirme que le bébé est en bonne santé.

Dépression accompagnée d’anxiété

Il arrive très souvent que les femmes souffrant de DPP soient aussi anxieuses. Elles s’inquiètent par exemple de la santé du bébé et doutent de leur compétence en tant que mères ou de leur capacité à prendre soin du bébé.

Bien que l’anxiété accompagne souvent une dépression, certaines personnes ne manifesteront que de l’anxiété sans éprouver d’humeur dépressive ni une perte d’intérêt ou de plaisir. (Veuillez vous reporter à la section sur l’anxiété post-partum à la page 11.)

Anhédonisme

Les femmes atteintes de DPP peuvent ne plus s’intéresser ou ne plus prendre plaisir à des activités qu’elles trouvaient auparavant agréables, comme être avec leur bébé, regarder leur émission de télévision favorite, lire, passer du temps avec leur partenaire, leur famille ou leurs amis.  

Changement sur le plan du poids et de l'appétit

Les professionnels de la santé considèrent habituellement le changement de poids comme un symptôme s’il y a une prise ou une perte pondérale importante (sans que la personne suive activement de régime). Il peut toutefois être difficile d’évaluer ce changement après un accouchement. Il est alors préférable de s’enquérir de l’appétit des mères et du plaisir qu’elles prennent à manger. On peut par exemple leur demander si elles ont envie de manger (même si elles n’ont pas le temps de se préparer de la nourriture), si elles prennent plaisir à manger et si elles aiment encore leurs plats préférés.

Troubles du sommeil

Les troubles du sommeil sont des symptômes courants de la dépression, mais sont extrêmement difficiles à évaluer chez les nouvelles mamans. Il peut être plus indiqué de s’informer auprès de la mère de sa capacité à dormir et à se reposer quand elle en a l’occasion – par exemple, peut-elle dormir en même temps que le bébé ? Peut-elle dormir, faire une sieste ou se reposer si quelqu’un d’autre surveille le bébé ? A-t-elle de la difficulté à s’endormir ? Si elle se réveille durant la nuit, peut-elle se rendormir ? A-t-elle de la difficulté à se réveiller le matin et se sent-elle reposée après avoir dormi ?

Fatigue

Il est difficile d’estimer le degré réel de fatigue chez les nouvelles mères. La fatigue associée à la dépression se définit comme un sentiment accablant d’épuisement quelle que soit la durée du sommeil ou du repos.

Lenteur ou agitation psychomotrice

La lenteur psychomotrice fait référence à un sentiment de ralentissement sur le plan physique, à une motricité ralentie ou à une sorte de torpeur. L’agitation psychomotrice est au contraire un sentiment de nervosité et d’irascibilité. L’entourage de la mère aura probablement observé ces comportements et passé des commentaires à ce sujet.

Sentiment excessif de culpabilité ou d'inutilité

Certaines personnes ressentent une grande culpabilité ou un sentiment d’inutilité excessif et inapproprié. Cela n’est pas simplement relié au fait d’être malade; c’est un phénomène beaucoup plus profond. Ces personnes peuvent interpréter de façon négative certains gestes ou activités de façon à confirmer leur piètre estime d’ellesmêmes. Par exemple, elles pourraient se dire que les autres mères ne leur parlent pas parce qu’elles sont de mauvaises personnes et ne méritent pas d’avoir des amis. Leur culpabilité prend parfois des proportions démesurées. Dans certains cas, par exemple, elles se sentiront responsables de la pauvreté dans le monde ou encore d’un malheur survenu à une autre personne.

Diminution de la concentration, incapacité d'avoir les idées claires

Le manque de concentration est défini, selon les cliniciens, comme un ralentissement de la pensée, une incapacité à se concentrer sur une tâche ou à terminer un travail, ou une difficulté à prendre des décisions simples. Certaines femmes se plaignent de ne pas «avoir les idées claires» devant des tâches pourtant simples.

Pensées morbides ou suicidaires récurrentes

Les pensées morbides ou suicidaires constituent une caractéristique courante de la dépression. Bien souvent, elles n’expriment pas simplement une peur de mourir mais une préoccupation face à la mort. Si ces femmes n’utilisent pas nécessairement des mots comme suicide, mort ou meurtre, elles affirmeront peutêtre qu’elles-mêmes et leur bébé seraient mieux morts ou encore que le monde est un endroit horrible pour un bébé et qu’il serait préférable de ne pas en faire partie. Certaines femmes sentent qu’elles ne peuvent plus continuer à vivre mais, ne pouvant supporter l’idée d’abandonner leur bébé, songent à mourir avec leur enfant.

D’autres entretiennent des pensées de violence envers leur enfant qui les effraient profondément ou dont elles ont honte – même si la vaste majorité de ces femmes ne passeraient jamais aux actes. Elles peuvent, par exemple, imaginer combien il serait facile d’ é t o u ffer ou de noyer le bébé ou de le jeter par la fenêtre. Certaines femmes se disent qu’elles seraient mieux de s’endormir à jamais, mais elles ne feraient jamais rien de délibéré pour se blesser. Ces pensées peuvent devenir une obsession, mais la plupart des femmes ne passent à aux actes (voir le chap. 6).

Bien qu’ils soient grandement médiatisés, les cas d’infanticide et de suicide sont rares chez les personnes souffrant de dépression du post-partum. On estime que l’infanticide survient dans un à trois cas par 50 000 naissances (Brockington et Cox-Roper, 1988; Jason et coll., 1983). Selon les professionnels de la santé, 62 p. 100 des mères qui commettent un infanticide se suicident ensuite (Gibson, 1982). Le suicide est un facteur de risque de la dépression dont on doit tenir compte. L’évaluation de ce risque est abordée au chapitre 6.

La dépression du post-partum

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