Traitement du trouble obsessionnel-compulsif par les médicaments
Le trouble obsessionnel-compulsif : Guide d’information
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Sans traitement, le trouble obsessionnel-compulsif peut être une maladie chronique incapacitante. Outre la thérapie cognitivo-comportementale,
la pharmacothérapie (traitement par les médicaments) peut aider à réduire les symptômes du trouble obsessionnel-compulsif.
Comme précisé dans la partie intitulée « Régulation de la chimie du cerveau », des recherches ont montré qu’un grand nombre de personnes touchées par un trouble obsessionnel-compulsif bénéficiaient
de l’usage des médicaments qui augmentent les concentrations de sérotonine, substance responsable de la transmission des messages
dans le cerveau.
Les principaux médicaments qui produisent cet effet sont connus sous le nom d'inhibiteurs du recaptage de la sérotonine (IRS).
Ces médicaments sont ceux qui sont prescrits le plus couramment dans le traitement du trouble obsessionnel-compulsif et sont
également utilisés pour traiter la dépression. Les IRS appartiennent à la catégorie des antidépresseurs.
La plupart des médecins qui traitent le trouble obsessionnel-compulsif au moyen de médicaments prescriront un IRS. Ce médicament
aide à réduire les symptômes du trouble obsessionnel-compulsif chez environ 70 pour 100 des personnes qui l’utilisent. Pour
celles qui n’en retirent pas les bienfaits recherchés, d’autres traitements médicamenteux peuvent procurer un soulagement.
D’autres médicaments peuvent aussi être prescrits pour soulager des symptômes particuliers et utilisés en même temps que les
IRS. Voici un aperçu de l’éventail de traitements médicamenteux possibles, ainsi qu’un examen des effets secondaires et d’autres
questions d’intérêt.
Il existe deux types d’IRS. Les plus récents sont les inhibiteurs spécifiques du recaptage de la sérotonine (ISRS), qui agissent
en premier lieu sur les neurotransmetteurs sérotoninergiques. Les ISRS actuellement disponibles au Canada sont la fluoxétine
(Prozac), la fluvoxamine (Luvox), la sertraline (Zoloft), la paroxétine (Paxil) et le citalopram (Celexa). Le citalopram est
le plus récent de tous et aucune recherche n’a encore prouvé son efficacité. Ces médicaments semblent tous avoir la même efficacité,
bien que certains puissent produire de très bons résultats chez un individu et aucun résultat chez un autre.
La clomipramine (Anafranil), premier IRS à avoir été mis au point, est celui qui a été étudié le plus en profondeur. Les recherches
effectuées jusqu’à présent révèlent que la clomipramine peut être légèrement plus efficace que les ISRS, environ 80 pour 100
des usagers notant une réduction des symptômes du trouble obsessionnel-compulsif.
Cependant, on sait que la clomipramine comporte un ensemble d’effets secondaires plus complexe que les nouveaux IRS. C’est
pourquoi la plupart des médecins conseillent aux personnes ayant un trouble obsessionnel-compulsif d’essayer l’un des nouveaux
ISRS pour commencer. Bien que tous les IRS soient efficaces, les nouveaux ISRS ont des effets secondaires moins prononcés.
En quoi consiste le traitement aux IRS ?
Pour optimiser les résultats, les IRS devraient être pris régulièrement, en général une fois par jour. La plupart des médecins
recommandent de commencer par une faible dose, quitte à l’augmenter lentement si le patient tolère bien le médicament. Les
personnes qui prennent des IRS peuvent éprouver des effets secondaires ; la dose idéale devrait procurer le plus grand bien-être
et le moins d’effets secondaires possible.
Lorsqu’il entreprend un traitement aux IRS, le patient devrait continuer pendant trois mois au moins. Ainsi, il peut régler
le dosage correctement et les bienfaits du médicament ont le temps de se faire sentir. Lorsque ces médicaments agissent bien,
leurs effets sont graduels. Habituellement, plusieurs semaines s’écoulent avant qu’on ne remarque le moindre changement dans
les symptômes. Puis, petit à petit, les obsessions et les compulsions deviennent moins intenses. Il est important de comprendre
que, bien que ces médicaments puissent être très utiles à certaines personnes, il est rare qu’ils procurent un soulagement
de tous les symptômes du trouble obsessionnel-compulsif.
Si un IRS particulier n’a aucune action bienfaisante après une période d’essai de trois mois, les médecins recommandent souvent
d’en essayer un autre. Certaines personnes réagissent bien à un médicament mais pas du tout à un autre. Une personne qui ne
bénéficierait pas du premier médicament pourrait choisir en second lieu la clomipramine.
Il n’est pas rare de devoir essayer deux ou trois IRS avant de trouver celui qui donne les meilleurs résultats. Les gens essaient
généralement trois médicaments ou plus dans la catégorie des IRS avant d’envisager une autre solution.
Vous devriez consulter votre médecin pour savoir si vous pouvez prendre des IRS pendant une grossesse ou l’allaitement. Dans
certains cas, le bienfait du médicament est nettement plus important que les risques qu’il comporte.
Pendant combien de temps devrais-je prendre un IRS ?
Après avoir trouvé l’IRS qui convient, les médecins conseillent généralement au patient de prendre le médicament pendant six
à douze mois au moins. Dans certains cas, il vaut mieux prendre le médicament longtemps, car son interruption pourrait engendrer
un risque élevé de rechute. Même pris pendant des périodes prolongées, ces médicaments sont sans danger et ne créent aucune
dépendance.
Si la personne commence à se sentir mieux et arrête de prendre le médicament trop tôt ou trop brusquement, le risque de rechute
s’accroît. La décision d’interrompre l’utilisation du médicament ne devrait être prise que sur le conseil d’un médecin. Les
directives suivantes peuvent aider à réduire le risque de rechute après l’interruption d’un médicament :
- Réduire la dose graduellement en étalant cette réduction sur une certaine période detemps, éventuellement plusieurs mois.
- Obtenir un suivi régulier d’un professionnel de la santé pour aider à surveiller la gravitédes symptômes du trouble obsessionnel-compulsif.
- Combiner la thérapie cognitivo-comportementale et les médicaments et utiliser les techniquesapprises pour maîtriser les symptômes
qui peuvent se manifester après l’interruptionde la prise de médicaments.
Effets secondaires des IRS
Les personnes qui prennent des IRS peuvent ressentir des effets secondaires. Dans certains cas, ces effets sont légers et
acceptés volontiers en échange des bienfaits que procure le médicament. Dans d’autres cas, les effets secondaires peuvent
être plus gênants. Les gens subissent souvent les effets secondaires des IRS avant d’en éprouver les bienfaits.
En général, les effets secondaires des IRS diminuent avec le temps, ce qui permet aux patients de développer à la longue une
assez bonne tolérance à ces médicaments. Certains effets secondaires peuvent être atténués en réglant la dose ou en la prenant
à un moment différent de la journée. Les effets secondaires des IRS sont sans conséquences permanentes et disparaîtront complètement
lorsque le patient cessera de prendre ses médicaments. Lorsque vous prenez des IRS ou tout autre médicament, il est important
de discuter avec votre médecin des effets secondaires qui vous dérangent.
On trouve généralement les effets secondaires des nouveaux IRS plus faciles à maîtriser que ceux de la clomipramine, mise
au point il y a plus longtemps. Bon nombre des effets secondaires courants des nouveaux médicaments sont les mêmes que ceux
des médicaments moins récents, par exemple : sécheresse de la bouche, transpiration, constipation, vertiges, tremblements
et effets secondaires sexuels tels qu’une baisse de la libido, une lenteur de l’orgasme ou une incapacité de l’atteindre.
La prise de poids est considérée comme un problème plus important chez les patients qui prennent de la clomipramine, bien
qu’elle accompagne parfois une utilisation prolongée d’ISRS.
Parmi les autres effets secondaires courants des ISRS, notons la nausée, l’insomnie et les maux de tête.
La clomipramine peut également causer des vertiges accompagnés de changements soudains de posture et une vision trouble. Les
effets secondaires, comme les épisodes maniaques et les convulsions, sont possibles mais rares. Les personnes qui ont des
antécédents révélant des troubles cardiaques particuliers devraient utiliser la clomipramine avec prudence, car ce médicament
agit sur la transmission des pulsions électriques vers le coeur.
Interactions médicamenteuses des IRS
Avant de prendre des IRS, il est toujours bon de vérifier auprès de votre médecin ou de votre pharmacien l’interaction qu’ils
pourraient avoir avec les autres médicaments sur ordonnance ou en vente libre que vous prenez déjà.
En règle générale, les IRS sont des médicaments sans danger. Cependant, pris en même temps que les antihistaminiques terfénadine
(Seldane) et astémizole (Hismanal), ils peuvent être dangereux. Avec d’autres types d’antihistaminiques, il n’y a pas de danger.
On sait également que les IRS réduisent l’efficacité de certains médicaments couramment prescrits.
Si vous prenez des IRS, il est préférable de ne pas boire d’alcool, car ses effets sur votre comportement, intensifiés par
les IRS, deviendraient plus difficiles à maîtriser. De plus, l’alcool peut diminuer l’efficacité des IRS.
Pour les personnes qui essaient plusieurs IRS sans obtenir de résultats, d’autres médicaments peuvent aider. Dans certains
cas, d’autres types d’antidépresseurs sont plus efficaces. Dans d’autres cas, l’IRS est accompagné d’un second médicament.
Autres antidépresseurs
Ces médicaments agissent aussi sur la sérotonine, messager chimique du cerveau, mais pas de la même façon que les IRS.
Médicaments moins récents (inhibiteurs de la monoamine oxydase)
Les inhibiteurs de la monoamine oxydase (IMAO) sont des antidépresseurs efficaces, connus pour leur action bienfaisante limitée
dans le traitement du trouble obsessionnel-compulsif. Les deux IMAO disponibles sur le marché sont la phénelzine (Nardil)
et la tranylcipramine (Parnate). Comparées aux IRS, toutes deux sont moins efficaces dans le traitement de l’obsession et
ont des effets secondaires plus complexes. Les IMAO ne sont utilisés pour traiter le trouble obsessionnel-compulsif que si
les ISR ne donnent pas de résultats satisfaisants.
Médicaments plus récents
Les antidépresseurs venlafaxine (Effexor) et néfazodone (Serzone) sont parfois prescrits dans le traitement du trouble obsessionnel-compulsif.
Les preuves de leur efficacité ne sont pas concluantes.
Dans certains cas, un second médicament pris avec un IRS peut s’avérer très utile dans le traitement des symptômes du trouble
obsessionnel-compulsif. L’accompagnement d’un médicament primaire par un second médicament est appelé « augmentation ».
Médicaments pour apaiser l’anxiété
Benzodiazépines
Ces médicaments, à l’action apaisante, peuvent aider à réduire l’anxiété et favoriser le sommeil. Toutefois, on ne sait pas
très bien s’ils réduisent l’intensité des obsessions ou des compulsions. Les gens qui essaient de soulager leurs symptômes
grâce à la thérapie cognitivocomportementale devraient s’abstenir de prendre des benzodiazépines, car elles agissent sur la
mémoire à court terme et l’apprentissage.
Bien que ces médicaments puissent aider à réduire l’anxiété, ils devraient être utilisés avec prudence. Lorsque vous commencez
à prendre un de ces médicaments, évitez de conduire ou de faire fonctionner de la machinerie tant que vous ne vous serez pas
habitué à l’effet du médicament. La consommation d’alcool pendant un traitement aux benzodiazépines est à éviter, la combinaison
des deux étant dangereuse. L’usage prolongé de benzodiazépines peut entraîner une accoutumance. Ainsi, le sevrage de personnes
habituées à ces médicaments devrait se faire sous surveillance médicale.
Le clonazépam (Rivotril), qui peut jouer un rôle dans la régulation des concentrations de sérotonine, est un bon choix pour
les personnes ayant un trouble obsessionnel-compulsif. Parmi les autres médicaments de remplacement prescrits communément,
notons le lorazépam (Ativan), l’alprazolam (Xanax), le diazépam (Valium), l’oxazépam (Serax) et le témazépam (Restoril).
Buspirone
La buspirone (Buspar) allège les symptômes de l’anxiété mais on ne sait pas encore très bien dans quelle mesure elle apaise
les obsessions et les compulsions. Pour le moment, il semble que la buspirone puisse aider une minorité de personnes touchées
par un trouble obsessionnel-compulsif.
Antipsychotiques
Pris en même temps qu’un IRS, certains antipsychotiques, tels l’halopéridol (Haldol) et la pimozide (Orap), peuvent réduire
modestement les symptômes du trouble obsessionnel-compulsif. Ces médicaments sont particulièrement utiles pour soulager les
symptômes des personnes qui ont un tic ou la maladie de Gilles de la Tourette.
Malheureusement, ils ne sont pas sans risque. Les gens qui prennent un antipsychotique pendant des mois ou des années peuvent
développer des mouvements involontaires. Cette affection est appelée « dyskinésie tardive ». Pour chaque année d’utilisation
d’un antipsychotique, le risque de développer une dyskinésie tardive augmente de cinq pour cent. Les effets de la dyskinésie
tardive ne sont pas toujours réversibles.
Bien que les antipsychotiques plus récents semblent comporter moins de risques de provoquer ce grave effet secondaire, on
a signalé des cas où certains de ces médicaments ont aggravé le trouble obsessionnel-compulsif. La rispéridone (Risperidol),
nouvel antipsychotique mis à l’essai chez des personnes ayant un trouble obsessionnel-compulsif, a une action bienfaisante
limitée.
Régulateurs de l’humeur
Lithium
Le lithium est prescrit couramment pour le traitement du trouble bipolaire et parfois pour le traitement du trouble obsessionnel-compulsif.
Bien qu’il puisse aider dans une large mesure à soulager les symptômes de la dépression souvent associée au trouble obsessionnel-compulsif,
il semble très mal réussir à calmer les obsessions et les compulsions.
L-tryptophan
Le L-tryptophane est un amino-acide naturel présent dans certains aliments. Le corps humain en a besoin pour produire de
la sérotonine.
Compte tenu des résultats cliniques selon lesquels les concentrations de sérotonine auraient une incidence sur le trouble
obsessionnel-compulsif, certains pensent que les symptômes du trouble obsessionnel-compulsif peuvent être soulagés si l’on
donne au corps humain ce dont il a besoin pour produire cette substance. Chez les personnes qui ont essayé le L-tryptophane
conjointement avec un IRS, les bienfaits, dans les rares cas où il y en a eu, ont été très limités.
Bien qu’il soit tout à fait sans danger, le L-tryptophane peut favoriser le sommeil ; il est donc préférable de le prendre
le soir.
Certaines herbes peuvent favoriser la réduction des symptômes du trouble obsessionnel-compulsif, mais leur efficacité n’a
pas encore été éprouvée. Les personnes qui souhaitent essayer d’autres formes de traitement devraient consulter un médecin
bien renseigné, pour les raisons suivantes :
- Comme les médicaments, la phytothérapie peut avoir des effets secondaires indésirableset interagir avec des médicaments sur
ordonnance ou en vente libre ou avec d’autresplantes médicinales.
- En Amérique du Nord, l’industrie phytothérapeutique n’étant pas réglementée, la qualitéet l’efficacité des produits à base
d’herbes médicinales ne sont pas toujours égales.
Les deux types de traitements aux herbes médicinales susceptibles d’aider les personnes touchées par un trouble obsessionnel-compulsif
sont les traitements qui ont un effet sédatif et ceux qui n’en ont pas.
Phytothérapie à effet sédatif
On croit que les effets sédatifs de certaines herbes médicinales atténuent les symptômes de l’anxiété. Ces plantes comprennent
notamment la camomille allemande, le houblon, le kava, la mélisse-citronnelle, la fleur de passiflore, la véronique en écusson,
la valériane et le gota cola. On sait que les composés de ces remèdes traditionnels agissent sur les systèmes du cerveau un
peu de la même façon que les médicaments de la catégorie des benzodiazépines.
Des recherches effectuées sur des animaux ont démontré les effets sédatifs de ces herbes mais, jusqu’à présent, aucune étude
de ce genre n’a été faite sur des humains.
Bien que ces plantes semblent sans danger, elles doivent être utilisées avec prudence, car elles pourraient augmenter les
effets sédatifs d’autres médicaments et ceux de l’alcool.
Phytothérapie sans effet sédatif
D'autres herbes, comme l’herbe de Saint-Jean (millepertuis), le Ginkgo biloba et l’huile de primevère, ont également été suggérées
pour le traitement du trouble obsessionnel-compulsif et les troubles anxieux qui s’y rattachent. On connaît moins bien l’action
de ces plantes sur l’anxiété que celle de la phytothérapie à effet sédatif.
On croit que l’herbe de Saint-Jean fonctionne un peu comme les antidépresseurs inhibiteurs de la monoamine oxydase. Des recherches
récentes sur ce traitement aux herbes médicinales ont montré que l’herbe de Saint-Jean était plus efficace qu’un placebo dans
le traitement de la dépression légère ou modérée, mais la confirmation de ces résultats exigerait des recherches plus poussées.
L’efficacité de l’herbe de Saint-Jean dans le traitement de l’anxiété et en comparaison des ISRS n’a jamais été étudiée.
L’herbe médicinale Ginkgo biloba et l’huile de primevère ont également été recommandées pour le traitement de l’anxiété. Comme
pour l’herbe de Saint-Jean, cependant, il existe peu de preuves de l’efficacité de ces remèdes.
