Quelles sont les causes du trouble obsessionnel-compulsif ?
Le trouble obsessionnel-compulsif : Guide d’information
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« D’aussi loin que je me souvienne, ma famille et mes amis m’ont toujours considéré comme un éternel inquiet. C’est à l’âge
de 16 ans environ que mes troubles obsessionnels-compulsifs ont débuté. Je venais d’entrer à l’école secondaire et tous les
changements que cela comportait me stressaient. Un de mes amis avait eu une intoxication alimentaire et j’ai développé la
crainte de m’empoisonner. Je me rappelle encore que ce qui avait commencé comme une toute petite inquiétude a fait boule de
neige et est devenu la hantise de ma vie. »
Malgré d’importantes recherches sur les causes possibles du trouble obsessionnel-compulsif, aucune réponse claire n’est ressortie
des études dont il a fait l’objet. Comme dans la plupart des cas d’affections psychiatriques, différents facteurs peuvent
être en cause. Pour le moment, tout ce qu’on peut dire, c’est que le trouble obsessionnel-compulsif semble provenir d’une
combinaison de facteurs psychologiques et biologiques. Nous examinerons diverses théories dans ce chapitre et les traitements
appropriés aux chapitres 3 et 4.
De nombreuses théories psychologiques ont été avancées pour expliquer le développement du trouble obsessionnel-compulsif.
Les plus populaires sont la théorie comportementale et la théorie cognitive.
Théorie comportementale
La théorie comportementale suppose que les personnes touchées par un trouble obsessionnel-compulsif associent certains objets
ou certaines situations à la peur et qu’elles apprennent à prévenir les choses qu’elles redoutent ou à adopter des rites qui
les aident à dissiper leurs peurs.
Ce cycle de peurs, d’évitements et de rites peut débuter en période de stress affectif intense, par exemple au moment de commencer
un nouvel emploi ou lors de la rupture d’une relation. En pareilles situations, on se laisse plus facilement gagner par la
peur et l’anxiété. Souvent les choses auxquelles on ne réagissait pas auparavant commencent à susciter un sentiment de crainte.
Par exemple, quelqu’un qui a toujours pu utiliser des toilettes publiques peut, en période de stress, associer le siège des
toilettes à la possibilité d’attraper une maladie.
Une fois un lien établi entre un objet et le sentiment de crainte, les personnes atteintes d’un trouble obsessionnel-compulsif
évitent les choses qu’elles redoutent au lieu de les confronter ou de tolérer la peur qu’elles en ont. Par exemple, une personne
qui craint d’attraper une maladie en utilisant des toilettes publiques évitera de le faire. Si elle doit les utiliser, elle
suivra des règles d’hygiène ritualisées et élaborées qui l’inciteront par exemple à nettoyer le siège ou la porte des toilettes
ou à suivre une méthode systématique de nettoyage. Ces actions réduisant temporairement le niveau de crainte, la personne
n’est jamais mise à l’épreuve, elle n’arrive pas à assumer sa peur, et son comportement empire. La peur peut s’étendre à d’autres
choses comme par exemple les douches et les lavabos publics.
En thérapie comportementale (examinée en détail au chapitre suivant), les personnes touchées par un trouble obsessionnel-compulsif apprennent à confronter et à réduire leur anxiété sans adopter
de comportements d’évitement ou ritualisés. Lorsque les craintes sont confrontées directement, elles finissent par s’estomper.
Théorie cognitive
Alors que la théorie comportementale s’intéresse essentiellement à la façon dont les personnes ayant un trouble obsessionnel-compulsif
associent la peur à un objet, la théorie cognitive s’intéresse à l’habitude qu’ont les personnes touchées par un trouble obsessionnel-compulsif
de mal interpréter leurs pensées.
La plupart des gens ont des pensées intrusives ou importunes, semblables à celles que mentionnent les personnes ayant un trouble
obsessionnel-compulsif. Par exemple, les parents qui éprouvent du stress en s’occupant d’un nourrisson peuvent avoir une pensée
intrusive, où ils s’imaginent faire du mal à l’enfant. La plupart des gens réussiraient à rejeter une telle pensée. Cependant
les personnes prédisposées aux troubles obsessionnels-compulsifs pourraient exagérer l’importance de cette pensée et réagir
comme si elle constituait une menace réelle. « Je dois être un danger pour les enfants si je leur fais du mal en pensée »,
se disent-elles. Cela peut causer un niveau élevé d’anxiété et d’autres sentiments négatifs tels que la honte, la culpabilité
et le dégoût.
Les personnes qui finissent par redouter leurs propres pensées tentent généralement de neutraliser les sentiments qui en découlent.
Elles le font parfois en évitant les situations qui risquent de déclencher de telles pensées, parfois en observant des rites
consistant à se laver ou à prier.
La théorie cognitive suppose que tant que les gens interprètent leurs pensées intrusives comme des pensées « catastrophiques
» et qu’ils persistent à croire qu’il y a du vrai dans ces pensées, ils continueront à souffrir et à adopter des comportements
d’évitement ou ritualisés.
Selon la théorie cognitive, les gens qui associent un danger exagéré à leurs pensées le font à cause de croyances erronées,
acquises au cours de leur vie. Les chercheurs pensent que les croyances suivantes peuvent contribuer de près au développement
et à l’entretien d’obsessions :
- un sens exagéré des responsabilités ou la conviction qu’on doit prévenir le malheur des autres ou les préjudices qu’ils peuvent
subir
- la conviction que certaines pensées sont très importantes et devraient être maîtrisées
- la conviction qu’en quelque sorte le fait d’imaginer une chose ou d’éprouver le besoin dela faire augmentera le risque qu’elle
se réalise
- la tendance à surestimer un danger
- la conviction qu’il faut toujours être parfait et que les erreurs sont inacceptables
« La première fois que j’ai eu un trouble obsessionnel-compulsif, j’ai cru que je perdais la tête. Alors que je n’avais jamais
eu ce genre d’idées auparavant, voilà qu’elles m’envahissaient complètement. Je savais que ce que je ressentais était déraisonnable
mais j’éprouvais tout de même ce sentiment terrifiant : ‘et si ceci ?’, ‘et si cela ?’. Et s’il y avait la moindre chance
que ces choses arrivent ? Même si je savais qu’il n’y avait qu’une chance sur 1000, je demeurais possédé par la crainte que
quelque chose de catastrophique pourrait m’arriver ou arriver à quelqu’un d’autre. »
En thérapie cognitive (qui fait l’objet d’une étude détaillée au chapitre suivant), les gens désapprennent leurs croyances erronées et changent leur manière de penser. Ce faisant, ils arrivent à éliminer
la souffrance associée à de telles pensées et à cesser leurs comportements compulsifs.
Régulation de la chimie du cerveau
Les recherches sur les causes et les effets biologiques du trouble obsessionnel-compulsif ont révélé un lien entre ce trouble
et des concentrations insuffisantes de sérotonine, substance chimique présente dans le cerveau. La sérotonine est l’un des
messagers chimiques du cerveau qui transmettent des signaux entre les cellules cérébrales. Elle joue un rôle dans la régulation
de l’humeur, de l’agression, des impulsions, du sommeil, de l’appétit, de la température du corps et de la douleur. Ainsi,
tous les médicaments utilisés dans le traitement du trouble obsessionnel-compulsif augmentent les concentrations de sérotonine
nécessaires à la transmission des messages.
Changements dans l’activité cérébrale
Les techniques modernes d’imagerie cérébrale ont permis aux chercheurs d’étudier l’activité de régions précises du cerveau.
Ces études ont montré que les personnes ayant un trouble obsessionnel-compulsif avaient une activité supérieure à la normale
dans trois régions du cerveau que voici :
Le noyau caudé, constitué de cellules cérébrales spécifiques dans les noyaux gris centraux et situé au fond du centre du cerveau
Cette partie du cerveau sert de filtre aux pensées qui viennent d’autres régions. Le noyau caudé joue également un rôle important
dans la gestion des comportements récidivistes et répétitifs.
Lorsque le traitement du trouble obsessionnel-compulsif au moyen de médicaments ou d’une thérapie réussit, l’activité de cette
région du cerveau diminue généralement. Cela montre que les médicaments et un changement dans la façon de penser peuvent modifier
le fonctionnement physique du cerveau.
Le cortex orbito-préfrontal, situé dans la région antérieure du cerveau
Le niveau d’activité du cortex orbito-préfrontal aurait une incidence sur le comportement social. Il existe un lien entre
une activité réduite ou une lésion de cette région et le sentiment de désinhibition, la tendance à porter de mauvais jugements
et le manque de sentiment de culpabilité. Une activité plus intense de cette partie du cerveau peut donc causer une plus grande
inquiétude pour des préoccupations sociales, par exemple : être méticuleux, soigné et préoccupé par la propreté et avoir peur
d’agir de manière inappropriée. Toutes ces préoccupations sont des symptômes d’un trouble obsessionnel-compulsif.
La circonvolution du corps calleux, au centre du cerveau
C’est de la circonvolution du corps calleux que proviendrait la réponse affective aux pensées obsessionnelles. Cette région
du cerveau nous dit de céder à des compulsions pour apaiser notre anxiété. Elle est reliée de près au cortex orbito-préfrontal
et aux noyaux gris centraux par divers parcours des cellules cérébrales.
Les noyaux gris centraux, le cortex orbito-préfrontal et la circonvolution du corps calleux ont tous de nombreuses cellules
cérébrales affectées par la sérotonine. D’après les chercheurs, les médicaments qui accroissent le niveau de sérotonine pour
la transmission des messages peuvent modifier le degré d’activité de ces régions du cerveau.
Rôle du streptocoque dans le trouble obsessionnel-compulsif
Certains chercheurs estiment que les cas où des enfants développent soudainement un trouble obsessionnel-compulsif ou la maladie
de Gilles de la Tourette peuvent être liés à une infection récente par un streptocoque, bactérie causant l’angine streptococcique
commune. Dans ces cas là, pour combattre l’infection, l’organisme forme parfois des anticorps qui peuvent réagir par erreur
aux noyaux gris centraux, région du cerveau jouant un rôle dans le trouble obsessionnel-compulsif.
Cependant, rien ne prouve que le streptocoque joue un rôle dans l’apparition de troubles obsessionnels-compulsifs chez les
adultes. Et dans la plupart des cas touchant des enfants, les symptômes se manifestent graduellement, et non soudainement
comme précisé plus haut. Donc, pour le moment, le lien entre l’infection streptococcique et le trouble obsessionnel-compulsif
n’est pas confirmé. Des recherches plus approfondies sur ce lien éventuel pourraient permettre de mieux comprendre les causes
des troubles obsessionnels-compulsifs.
On a souvent l’impression que le trouble obsessionnel-compulsif est « de famille ». En effet, près de la moitié de tous les
cas révèlent une tendance génétique. Les études de recherche montrent que frères et soeurs, parents et enfants d’une personne
ayant un trouble obsessionnel-compulsif courent un risque plus élevé de développer eux-mêmes un trouble obsessionnel-compulsif
que les personnes qui n’ont pas d’antécédents familiaux de cette affection.
On se demandera peut-être si le trouble obsessionnel-compulsif peut s’« enseigner » d’un membre de la famille à un autre.
Mais si tel est le cas, pourquoi les symptômes du trouble obsessionnel-compulsif varient-ils souvent entre les membres d’une
même famille ?
Les scientifiques à la recherche des gènes éventuellement liés au trouble obsessionnel-compulsif n’ont pas réussi à les trouver.
Cela dit, on pense tout de même que certains gènes pourraient contribuer à la régulation de la sérotonine et se transmettre
de génération en génération. Une étude menée auprès de vrais jumeaux a révélé que si un jumeau développait un trouble obsessionnel-compulsif,
l’autre était susceptible de le développer à son tour, ce qui laisse supposer que la tendance à développer des obsessions
et des compulsions pourrait être génétique. D’autres études ont démontré une relation entre le trouble obsessionnel-compulsif
et la maladie de Gilles de la Tourette. Les familles des personnes atteintes de la maladie de Gilles de la Tourette semblent
également avoir des taux élevés de troubles obsessionnels-compulsifs, d’où un lien génétique possible entre ces deux affections.
