Comprendre la dépression
La Dépression : Guide d'information
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« La dépression est un châtiment cruel. Elle ne s’accompagne ni de fièvre, ni d’éruption, et n’est pas détectable à l’analyse
sanguine. Elle ne s’accompagne que de l’érosion du moi, tout aussi insidieuse qu’un cancer. De plus, comme pour le cancer,
il s’agit d’une expérience solitaire. Une chambre en enfer avec votre seul nom inscrit sur la porte. Je me rends compte que,
à certains moments, tout le monde se retrouve dans une telle chambre. Mais cette prise de conscience ne m’apporte pas un grand
réconfort maintenant. »
Martha Manning
Auteure/thérapeute ayant vécu une dépression majeure
Undercurrents (1994)
Bien des gens ont de la difficulté à comprendre la douleur et l’isolement qui accompagnent le trouble psychiatrique de la
dépression. On utilise le terme dépression autant pour parler du sentiment de tristesse et de désespoir que pour désigner
le trouble mental. Tout le monde peut parfois se sentir triste, découragé ou mélancolique, souvent à la suite d’une déception,
de la perte d’un être cher ou d’un autre événement traumatisant. Il s’agit alors d’une réaction normale et le cafard disparaît
habituellement assez rapidement. Par contre, pour environ 10 à 15 p. 100 des hommes et 15 à 25 p. 100 des femmes, la déprime
persiste et se transforme en problème de santé mentale plus grave, généralement appelé dépression clinique ou majeure.
Qu’est-ce que la dépression clinique ou majeure?
La dépression est bien plus grave que la simple tristesse. La dépression clinique est un « trouble de l’humeur ». Cela signifie
que l’état émotif d’une personne est anormalement faible et que celle-ci ne peut pas retrouver seule la bonne humeur. Le principal
symptôme de la dépression majeure est l’état de tristesse et de désespoir qui persiste plus de deux semaines et qui porte
atteinte au rendement professionnel, scolaire ou social. Cet état de cafard profond peut être déroutant, car certains symptômes
de la dépression touche le comportement,comme le fait de bouger ou de parler lentement, alors que d’autres sont émotifs ou
cognitifs, comme le fait de se sentir désespéré et d’avoir des idées noires. Ces symptômes sont très différents des symptômes
physiques associés à d’autres maladies, comme la douleur ressentie lorsqu’on se fracture une jambe ou la fièvre accompagnant
une infection grave.
Comment diagnostique-t-on la dépression?
Afin de poser un diagnostic, le médecin vous demandera si vous avez éprouvé les symptômes suivants :
- changements sur le plan de l’appétit et du poids;
- troubles du sommeil, soit un besoin excessif ou un manque de sommeil;
- perte d’intérêt dans le travail, les loisirs, les gens; modification des sentiments à l’endroit des membres de votre famille
et de vos amis;
- sentiment d’incompétence ou de désespoir; culpabilité excessive;
- préoccupations concernant l’échec ou la médiocrité et perte de l’estime de soi; certaines pensées obsessionnelles et difficiles
à enrayer;
- agitation ou perte d’énergie; vous vous sentez impatient et ne pouvez rester en place ou vous vous sentez trop fatigué et
faible pour faire quoi que ce soit;
- pensée lente, oublis, manque de concentration et difficulté à prendre des décisions;
- diminution des pulsions sexuelles;
- tendance à pleurer facilement ou à avoir envie de pleurer sans en être capable;
- pensées suicidaires ou occasionnellement meurtrières;
- parfois, ne plus avoir le sens des réalités, entendre peut-être des voix (hallucinations) ou avoir des idées bizarres (délire).
La gravité des troubles dépressifs peut varier. Une personne qui, pendant deux semaines ou plus, présente moins de cinq des symptômes de la dépression majeure fait l’objet
d’un diagnostic de dépression mineure. Lorsqu’une personne présente au moins cinq de ces symptômes pendant un minimum de deux
semaines, il s’agit d’un « épisode de trouble dépressif majeur ». Cependant, bien des gens sont aux prises avec la dépression
pendant des semaines, des mois ou même des années avant de consulter un médecin ou un professionnel de la santé mentale. Il
n’est pas rare que certaines personnes tentent de se débrouiller seules lorsqu’elles sentent qu’elles « perdent » le moral,
jusqu’à ce qu’elles atteignent un degré de souffrance intolérable. Les personnes aux prises avec la dépression peuvent aussi
être beaucoup plus sensibles aux commentaires des autres et obtenir peu ou pas de réconfort de leurs proches et amis qui tentent
de les encourager ou de leur venir en aide.
La capacité ou la volonté d’une personne de se faire traiter influe sur la durée de l’épisode de dépression. En cas de traitement,
un épisode peut ne durer que de deux à six semaines. Toutefois, sans traitement, les épisodes peuvent durer de six à dix-huit
mois ou même davantage. En moyenne, ils durent environ cinq mois.
La dépression et le trouble bipolaire
La dépression survient aussi dans les cas de trouble bipolaire ou de maladie affective bipolaire (maniaco-dépression). Le
trouble bipolaire est un trouble de l’humeur, mais il est caractérisé par des épisodes de dépression et de manie. Durant un
épisode de manie, une personne a une perception exagérée de sa propre importance ou de son pouvoir. Cette perception peut
entraîner un engagement excessif dans des activités pouvant avoir des conséquences fâcheuses (p. ex., investissements insensés,
dépenses folles, imprudences sexuelles). Les personnes en épisode de manie ont aussi moins besoin de sommeil, parlent très
rapidement et leurs pensées défilent à toute allure. Bon nombre d’entre elles ne se rendent pas compte que leur comportement
est inhabituel. Toutefois, avant un épisode de manie, les personnes entrent généralement dans une phase d’hypomanie, durant
laquelle elles affichent des symptômes moins marqués de la manie (troubles du sommeil, sentiment d’excitation) et elles sont
conscientes qu’elles se dirigent vers un épisode de manie. Cet avertissement leur permet de consulter un médecin et de peut-être
éviter de tomber dans un plein épisode de manie. Bien que la dépression majeure et le trouble bipolaire provoquent tous deux
des symptômes semblables, il s’agit de troubles distincts qui nécessitent des traitements différents.
Les différentes formes de dépression
La dépression majeure se subdivise en deux formes, chacune ayant des symptômes légèrement différents. Il est important que
le diagnostic soit précis, car les différentes formes de dépression ne répondent pas toutes aux mêmes traitements.
La dépression typique et la dépression atypique
En plus d’afficher des éléments révélateurs de la dépression, certaines personnes ayant des symptômes typiques ont tendance à avoir des troubles du sommeil (insomnie, sommeil écourté et réveils fréquents durant la nuit), à avoir moins
d’appétit et à perdre du poids. Les personnes ayant des symptômes atypiques affichent elles aussi les éléments révélateurs de la dépression majeure, mais elles ont tendance à manger et dormir excessivement.
La soirée, et non pas la matinée, représente la partie la plus difficile de la journée. Alors qu’une personne ayant des symptômes
typiques ne réagit habituellement pas beaucoup, la dépression atypique se caractérise par la « réactivité ». Ainsi, la personne
pourra réagir positivement à un événement agréable, comme la visite d’un proche, mais deviendra vite déprimée lorsque la source
de ce plaisir disparaîtra. Ces sautes d’humeur peuvent être très difficiles à vivre pour la personne concernée et les membres
de sa famille.
Le trouble affectif saisonnier
Ou la dépression saisonnière
Le trouble affectif saisonnier représente en fait une sorte de dépression qui dépend du temps et de la saison. Les symptômes
apparaissent habituellement durant l’automne et l’hiver et la personne touchée se sent mieux au printemps et à l’été. Les
personnes souffrant de dépression saisonnière ont habituellement plusieurs symptômes, notamment une tristesse qui dure pendant
plusieurs mois, une augmentation de l’appétit (hyperphagie) et du sommeil (hypersomnie), par exemple des rages d’aliments
riches en glucides qui entraîne la prise de poids. La dépression saisonnière est plus courante dans les régions au climat
nordique où les heures d’ensoleillement diminuent considérablement en hiver. Bien qu’il ne soit pas rare de connaître des
changements d’humeur durant ces périodes de faible ensoleillement, les personnes souffrant de dépression saisonnière ressentent
des symptômes beaucoup plus forts qui nuisent à leurs relations avec les autres.
La dépression postpartale ou postnatale
Bien que toutes les formes de dépression puissent avoir des causes multiples, la dépression postpartale est liée à un événement
précis, soit la naissance d’un enfant. Son apparition peut être rattachée à des déséquilibres biochimiques et hormonaux, à
des problèmes émotifs et à des circonstances sociales. Environ 13 p. 100 des femmes souffriront de dépression postpartale
qui se caractérise par les principaux symptômes de la dépression clinique qui persistent pendant quatre semaines ou plus et
sont assez graves pour nuire au fonctionnement socioaffectif de la mère. Cette dépression est différente du syndrome du troisième
jour ou des « bleus du post-partum » que ressentent bon nombre de femmes à la suite de l’accouchement. Les femmes ayant vécu des épisodes de dépression avant
la grossesse peuvent être plus vulnérables à la dépression postpartale. Les enjeux émotifs, comme le fait de désirer ou non
la grossesse, ou si la mère recevra le soutien du père et de la famille élargie, peuvent aussi influer sur le déclenchement
de la dépression. Les responsabilités amenées par la venue d’un nouveau-né combinées aux symptômes de la dépression peuvent
rendre la situation très délicate sur le plan social. Les membres de la famille et les amis peuvent se demander comment la
mère d’un nouveau-né peut ne pas se réjouir de cet heureux événement. Cette situation peut faire en sorte que la nouvelle
maman se sente encore plus isolée et hésitante à demander de l’aide.
La dépression psychotique
Dans certains cas, la dépression peut devenir grave au point que la personne affectée perde le sens des réalités et devienne
psychotique. La psychose s’accompagne d’une rupture avec la réalité alors qu’apparaissent des hallucinations (la personne
entend des voix ou voit des personnes ou des objets qui n’existent pas) ou des délires (perceptions sans fondement dans la
réalité). Le délire peut être qualifié de paranoïaque, c’est-à-dire que la personne croit qu’on complote contre elle. Les
hallucinations et les délires peuvent être très sévères ou négatifs, ce qui peut aggraver l’état dépressif. Lorsqu’une personne
déprimée affiche aussi des symptômes de psychose, elle doit être traitée à l’aide de médicaments antidépresseurs et antipsychotiques.
La dysthymie
La dysthymie est un état dépressif chronique caractérisé par des symptômes modérés de dépression, comme : le manque d’appétit
ou l’hyperphagie, l’insomnie ou l’hypersomnie, la baisse d’énergie et la fatigue, la piètre estime de soi, le manque de concentration,
la difficulté à prendre des décisions et le sentiment de désespoir. Si au moins deux de ces symptômes sont présents pendant
deux ans ou plus, et que la personne n’entre pas dans un épisode de dépression majeure durant cette période, on peut alors
poser un diagnostic de dysthymie. Bien que la dysthymie ne soit pas aussi grave que la dépression majeure, elle peut nuire
à la capacité de travailler, d’étudier ou d’entrenir des relations importantes. Une personne peut souffrir de dysthymie et
par la suite entrer en dépression majeure. On parle alors de dépression double.
La dépression et les troubles de la personnalité
Parfois, les personnes déprimées peuvent aussi se faire dire par leur médecin qu’elles ont un trouble de la personnalité.
Qu’est-ce que cela signifie et en quoi cela touche-t-il la dépression? La personnalité caractérise la manière d’être d’une
personne dans sa façon de penser, de réagir et d’entretenir des relations avec les autres. La personnalité est décrite en
termes de traits, soit ce qui caractérise la façon de penser et de ressentir en général, les comportements habituels et la
manière d’échanger avec les autres.
Un trouble de la personnalité porte sur la qualité des traits de personnalité d’une personne. Il signifie que la personne
semble avoir des pensées, des sentiments, des comportements et des relations qui diffèrent considérablement des habitudes
culturelles de son entourage. Non seulement ses habitudes diffèrent-elles de la norme, mais elles font aussi en sorte que
la personne se sent dépréciée et nuisent à sa capacité de bien fonctionner au travail et dans sa vie personnelle.
Lorsqu’on diagnostique un trouble de la personnalité chez une personne, on détermine de quel genre de trouble il s’agit. À
titre d’exemple, une personne qui aurait une personnalité paranoïaque aura des problèmes à faire confiance à d’autres personnes
dans la plupart des aspects de sa vie, même s’il n’y a pas de fondement à ses soupçons. Cette méfiance profonde envers les
autres complique le traitement de la dépression, car elle empêche la personne de nouer et de conserver des liens avec d’autres
personnes qui pourraient lui offrir le soutien dont elle a besoin, y compris un médecin.
Bon nombre de personnes possèdent certains de ces traits de caractère sans qu’ils n’entraînent d’importantes répercussions
dans leur vie. Par exemple, si une personne met beaucoup de temps avant d’accorder sa confiance, mais qu’elle peut croire
avec le temps à la bienveillance d’un ou de deux amis ou membres de sa famille, nous allons considérer qu’il s’agit d’un trait
de caractère de cette personne, mais que cet état de chose n’empêchera pas la personne d’avoir une vie satisfaisante. On ne
diagnostiquerait pas un trouble de la personnalité chez cette personne.
Voici quelques exemples des nombreux troubles de la personnalité. Personnalité schizoïde : la personne a beaucoup de difficulté
à s’attacher à d’autres personnes; personnalité limite : la personne fait preuve d instabilité dans ses relations interpersonnelles
et est souvent impulsive, parfois autodestructrice; personnalité obsessionnelle-compulsive : la personne est perfectionniste
et se concentre sur les moindres détails en ne tenant pas compte des opinions des autres.
Bien que les troubles de la personnalité se manifestent différemment chez chaque personne, ils empêchent tous la personne
touchée de vivre agréablement avec elle-même et son entourage. La personne déprimée et ayant un trouble de la personnalité
a non seulement besoin de se sentir mieux, mais a aussi besoin de trouver de nouvelles façons de se découvrir et d’interagir
avec le reste du monde. Dans ces situations, on encouragera souvent la personne concernée à avoir recours à la pharmacothérapie
et à une forme de dialogue psychothérapeutique.
