À propos de la santé mentale et de la toxicomanie

L'aide offerte aux proches et aux familles

La Dépression : Guide d'information

Lorsqu’on voit un être cher aux prises avec la dépression, on peut se sentir triste, inquiet, effrayé, impuissant et angoissé. On peut se sentir coupable, en colère et frustré. Tous les épisodes dépressifs sont ennuyeux, mais lorsqu’il s’agit d’une première expérience, un tel épisode est particulièrement déroutant. On peut ne pas comprendre ce qui arrive et se demander pourquoi la personne touchée ne se rétablit pas d’elle-même. Si on ne reçoit pas d’information sur la dépression, on peut présumer que la personne malade est paresseuse et se sentir frustré et contrarié si, après lui avoir donné des conseils bien intentionnés, elle ne fait pas le nécessaire pour s en sortir.De plus, si le membre de sa famille qui est déprimé parle de suicide, il est naturel de beaucoup s'inquiéter.

Les membres de la famille et les conjoints doivent se renseigner le plus possible sur la dépression. Le fait de connaître et de comprendre cette maladie permet de mieux aider et soutenir les êtres chers, de s’occuper de ses propres sentiments et d’expliquer la situation aux membres de la famille élargie, aux amis et aux collègues. On peut obtenir des renseignements auprès du médecin traitant, d’un travailleur social ou de professionnels de la santé mentale. Outre le présent document, il existe plusieurs ouvrages à l’intention des patients et des familles qu’on peut habituellement se procurer dans les bibliothèques publiques. Dans bien des collectivités, on trouve aussi des groupes d’entraide et de soutien et des groupes psychopédagogiques qui visent à répondre aux besoins des familles.

Comment établir des rapports avec une personne déprimée

Souvent, les membres de la famille ne savent pas comment aborder la personne déprimée. Ils peuvent avoir peur de poser trop de questions et indisposer par inadvertance la personne qui leur est chère. Par contre, ils ne veulent pas que la personne malade pense qu’ils ne s’intéressent pas à elle ou cherchent à l’éviter.

Il faut essayer d’être positif, compréhensif et aussi patient que possible. Le simple fait de reconnaître que la dépression est une maladie peut aider la personne touchée à se sentir moins coupable de la situation.

Conseil pour communiquer

  1. Parlez calmement et doucement.
  2. Concentrez-vous sur un seul sujet à la fois. Il se peut que la personne malade ait de la difficulté à se concentrer.
  3. Si la personne est silencieuse et renfermée, brisez la glace en disant des phrases neutres et inoffensives, comme « Il fait un peu chaud ici ».
  4. Soyez patient et attendez. La personne peut avoir besoin de temps pour réagir.
  5. Votre écoute est très précieuse pour le membre de votre famille ou votre ami. La dépression fait en sorte que les personnes parlent longuement de leurs malaises, mais elles ne sont peut-être pas prêtes à discuter des solutions à leurs problèmes. Le fait d’écouter et de faire savoir à la personne que vous avez compris ce qu’elle disait lui apporte un appui important. Vous n’avez pas à trouver de solutions immédiates.
  6. Si le membre de famille ou votre ami est irritable, vous devrez probablement aller moins vite, diminuer vos attentes et utiliser une approche très neutre. Des commentaires neutres sur le temps, le souper ou d’autres sujets du quotidien représentent la façon la plus sûre d’engager une conversation. Soyez à l’écoute des occasions de répondre aux interventions de la personne déprimée. Les conversations au sujet de décisions importantes ne seront probablement pas productives. Il se peut que vous deviez prévoir de telles discussions plus tard.

Les personnes modérément déprimées peuvent entendre vos bonnes suggestions, mais être incapables de les mettre en application. Évitez de les questionner sur ce qui les déprime. Ne les blâmez pas d’être déprimées et ne leur dites pas de sortir de leur léthargie. De tels commentaires renforceraient leurs sentiments de culpabilité, de solitude et d’isolement. Souvent, les personnes déprimées ne savent pas ce qui les affecte ou ce qui les aiderait.

Si votre partenaire ou un membre de votre famille est en dépression plus grave ou chronique, il est normal que vous trouviez que sa compagnie est particulièrement épuisante. Des contacts courts et fréquents sont souvent la meilleure façon d’entretenir des rapports avec une personne profondément déprimée. Si la personne est hospitalisée, les membres de la famille peuvent lui rendre visite à tour de rôle. Durant les visites, faites un effort particulier pour écouter la personne déprimée plutôt que de lui dire ce qu’elle devrait faire. Évitez les visites très longues qui sont épuisantes pour le patient et le visiteur.

Comment s’occuper de ses proches

Lorsqu’une personne souffre d’une maladie grave, il est naturel que les membres de la famille s’inquiètent et soient stressés. En s’efforçant de réconforter ou d’aider l’être cher, les membres de la famille peuvent abandonner leurs propres activités. Avec le temps, ils peuvent devenir isolés de leur réseau d’amis ou constater que les soins apportés à la personne déprimée ont pris la place de la plupart de leurs activités quotidiennes. Souvent, la situation est bien implantée lorsqu’on se rend compte de son épuisement émotif et physique. Ce stress peut entraîner des troubles du sommeil, de l’épuisement ou une irritabilité chronique.

Il est important de reconnaître ces signes de stress et de prendre soin de sa propre santé mentale et physique. Il est essentiel de connaître ses propres limites et de se réserver du temps. Il faut avoir un bon réseau de soutien composé d’amis fiables et de membres de la famille. Trouvez une personne avec qui vous pourrez parler de la situation. Certaines personnes ont de la difficulté à comprendre la maladie mentale. Il est donc compréhensible de vouloir bien choisir les personnes qui offriront leur soutien. Pensez à obtenir du soutien professionnel pour vous-même et à participer à un groupe d’entraide ou à un programme de soutien familial qui pourrait être offert dans un hôpital local ou une clinique communautaire de santé mentale. Gardez des activités à l’extérieur de la famille et qui ne concernent pas la personne malade. Reconnaissez et acceptez le fait que la situation vous inspire des sentiments négatifs. Ces sentiments sont normaux et ne devraient pas provoquer de culpabilité.

Préoccupations des familles concernant les épisodes aigus

  1. Respect du traitement
    Bien que de nombreuses personnes soient désireuses de se faire traiter pour la dépression, d’autres hésitent à admettre leurs difficultés. Certaines personnes déprimées craignent que le fait d’admettre leur dépression est un signe de faiblesse ou qu’elles seront pointées du doigt pour avoir des problèmes psychiatriques. D’autres personnes essaient de s’en sortir seules et ce n’est qu’une fois qu’elles sont profondément déprimées qu’elles se rendent compte que leur problème peut être traité.Si l’état d’un de vos proches vous inquiète, mais qu’il ne reçoit pas de traitement, le simple fait de lui dire qu’il peut obtenir de l’aide peut être suffisant pour qu’il fasse les démarches nécessaires. Certaines personnes doivent parcourir un long chemin parsemé d’embûches avant d'accepter le fait qu’elles souffrent d’une maladie dont elles devront tenir compte toute leur vie. Certaines personnes doivent traverser plusieurs épisodes dépressifs avant d’accepter l’aide des médecins et des thérapeutes. En tant que membre de la famille, il peut être très difficile d’être témoin de ce cheminement sans répéter sans cesse à la personne qu’elle devrait prendre ses médicaments ou consulter son médecin. Les tentatives répétées pour persuader quelqu’un peuvent mener à des discussions animées et à des épreuves de force. Si vous êtes très proche de la personne déprimée et sentez qu’elle pourrait ne pas être réceptive à vos observations indiquant que quelque chose ne va pas, il est parfois plus efficace de demander à une autre personne de confiance de lui parler.
  2. La personne suicidaire
    Les personnes déprimées au point de penser au suicide peuvent refuser de se faire traiter parce qu’elles se sentent désespérées et bonnes à rien. Dans de tels cas, une personne de confiance devrait insister pour que la personne déprimée consulte son médecin ou se rende à l’urgence d’un hôpital local. La plupart des personnes accepteront d’aller à l’hôpital. Toutefois, si la personne refuse, vous pouvez demander à un médecin de faire une consultation à domicile et d’attester que la personne doit être hospitalisée. Si ce n’est pas possible, on peut aller voir un juge de paix qui préparera une ordonnance d’attestation qui permettra au personnel affecté aux urgences d’hospitaliser la personne.
    Bien qu’il s’agisse d’une décision douloureuse et difficile, il est parfois nécessaire de faire appel à la police afin de faire hospitaliser une personne malade. Les membres de la famille se sentent souvent très coupables de prendre cette décision, même si elle est nécessaire pour sauver la vie de la personne. Il est important de ne pas oublier que les personnes qui menacent de se suicider appellent souvent à l’aide et doivent donc être prises au sérieux. Les pensées suicidaires surviennent habituellement à l’occasion d’un état émotif temporaire durant lequel une personne a besoin de se trouver en sécurité.
    Si la personne hospitalisée est très malade et affaiblie, il est parfois préférable pour elle et sa famille que les visites soient fréquentes, mais de courte durée. Les longues conversationsne sont pas bénéfiques aux patients très malades, car ceux-ci peuvent retourner sans cesse dans leur tête les idées négatives ou se concentrer sur leurs sentiments de désespoir. Des visites fréquentes et brèves vous permettront de garder contact avec la personne touchée et lui montreront que vous la soutenez.
    Pour certains patients, il est très difficile de tolérer l’hospitalisation. Pour cette raison, ils peuvent vouloir quitter l’hôpital avant que le personnel médical juge que leur humeur et leur omportement soient stabilisés. Pour les membres de la famille, cette situation est particulièrement difficile, car ils peuvent prévoir les problèmes qui surviendront à la maison si la personne redevient gravement malade et doit être de nouveau hospitalisée. Certains patients seront sensibles aux préoccupations de leurs amis et des membres de leur famille et accepteront de prolonger leur séjour à l hôpital. On obtient plus facilement une telle collaboration en fixant des objectifs précis lors de l’admission. À titre d’exemple, il pourrait être utile de préciser clairement que la personne devra redevenir stable grâce à la médication et suivre un programme de jour ou consulter un thérapeute communautaire avant de quitter l’hôpital.
    La plupart des compétences territoriales en Amérique du Nord ont adopté des lois en matière de santé mentale qui ne permettent l’hospitalisation involontaire que si les personnes menacent d’attenter à leur vie ou à celle d’autrui, ou ne peuvent pas prendre soin d’elles-mêmes. Bien des personnes malades qui pourraient tirer avantage d’une hospitalisation ne répondent pas à ces critères et peuvent donc quitter l’hôpital contre l’avis du médecin.
    Dans de telles situations, essayez de négocier avec la personne malade quel serait le moment idéal pour quitter l'hôpital. Que doit-il être fait durant l’hospitalisation pour que vous sentiez que la personne puisse retourner à la maison en toute sécurité? Pourriez-vous discuter de ces questions à l’occasion d’une rencontre de planification du congé en compagnie de la personne malade, du médecin et de tout autre professionnel qui a travaillé auprès d’elle?
    Parfois, vous pouvez faire patienter la personne en disant que cette rencontre doit avoir lieu pour que vous consentiez à son retour à la maison. Les membres de la famille se sentent souvent coupables d’insister sur ces conditions, car ils craignent que le patient se sente rejeté. Toutefois, une sortie prématurée et une mauvaise planification de la sortie ont souvent pour conséquence une rechute et une situation encore plus compliquée.
  3. Comment favoriser le mieux possible le rétablissement
    Une fois la personne malade stabilisée, vous remarquerez probablement que son état s’améliore lentement, mais graduellement. Avec le temps, elle pourrait vouloir cesser de prendre ses médicaments, en raison des effets secondaires, ou interrompre la psychothérapie, en raison du temps qu’elle demande. Les encouragements que vous porterez à la personne aimée pour qu’elle poursuive son traitement pourraient être très importants. L’arrêt prématuré des médicaments peut entraîner une rechute. La réduction ou l’arrêt de la médication devrait être supervisé par un médecin. La psychothérapie est plus efficace si le client et le thérapeute s’entendent pour dire que le travail affectif est terminé ou que les séances prévues mutuellement ont toutes été suivies.
    Les membres de la famille, le conjoint ou la conjointe et les amis sont des personnes importantes dans le réseau de soutien d’un patient. Le simple fait d’être présent et de garder un intérêt pour la personne déprimée représente une contribution importante au processus de rétablissement. Une fois rétablis, des patients ont déclaré avoir grandement apprécié la présence et la tolérance des membres de leur famille et de leurs amis.
    La personne en voie de rétablissement entrera graduellement dans une phase de transition au cours de laquelle elle reprendra ses anciennes responsabilités. Elle pourrait tirer avantage de conseils sur les étapes à franchir en premier. Essayez de faire des choses avec la personne, plutôt que pour elle. Si vous donnez votre opinion avant qu’on vous la demande, la personne pourrait croire que vous cherchez à la contrôler. Encouragez la personne à être aussi active que possible. Reconnaissez que la personne est adulte et indépendante et peut opter pour des activités ou des comportements que vous n’approuvez pas. Essayez de ne pas dire à la personne qu’elle a fait un mauvais choix juste parce qu’elle est malade. Une telle déclaration peu être très blessante et compliquer votre relation.
    Au fur et à mesure que la santé de la personne s’améliore, vous devriez la traiter de plus en plus comme une personne en bonne santé. Il faudra l’inclure dans les activités familiales, les discussions et lui faire reprendre ses responsabilités à la maison. Dans certaines familles, on règle les problèmes par des discussions et des débats vigoureux où on laisse libre cours à l’hostilité et à la colère. Des recherches montrent que les patients qui se remettent d’une dépression courent un plus grand risque de rechute s’ils sont exposés à de tels conflits. Les membres de la famille et les amis intimes doivent être sensibles auxbesoins de la personne en voie de rétablissement et comprendre qu’elle ne puisse peutêtre pas gérer les émotions très vives associées à un conflit ou à une dispute. Il serait bon de prendre en considération les autres façons de régler les conflits familiaux, comme la consultation familiale.
  4. Se préparer à une rechute ou à une crise
    Les patients et leur famille évitent souvent de parler des crises aiguës, car ces événements sont pénibles à reconnaître et qu’il est gênant d’en parler. Toutefois, la meilleure façon de gérer une crise est de savoir quoi faire avant qu’elle ne survienne. Bien qu’il soit préférable de se concentrer sur le maintien du bien-être, une certaine planification d’une éventuelle crise peut créer un sentiment de sécurité pour la personne malade et son réseau de soutien.
    Si possible, lorsque la personne déprimée va mieux, il faut discuter des mesures à prendre si elle redevenait malade ou suicidaire. Pourriez-vous vous rendre tous les deux à un rendez-vous chez le médecin pour discuter de l’état de la personne déprimée et de l’éventualité d’une crise? Si la personne devenait malade, auriez-vous reçu à l’avance la permission de communiquer avec son médecin? Auriez-vous son consentement pour l’amener à l’hôpital et savez vous quel hôpital elle préfère? Si l’être cher était gravement malade, seriez-vous autorisé à prendre des décisions? Pourriez-vous mettre les conditions par écrit de sorte que les instructions soient suivies?
    Une bonne relation avec le médecin traitant et des préarrangements peuvent permettre de maîtriser une situation d'urgence.
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